AU FIL DES HOMELIES

IVRESSE TRINITAIRE DE LA MISÉRICORDE

Os 14, 2-10

(31 mars 2003)

Homélie du Frère Yves HABERT

T

outes les pages de l'Ancien Testament résonnent d'une sorte de cri de souffrance qui se déplie sur toutes ses pages. Il y a l'immense cri de souffrance de Job, cet appel au Rédempteur, cette certitude que quelque part, son rédempteur est vivant, que sous la poussière, il verra. Il y a la souffrance de Jérémie que l'on entend comme une longue plainte, tous les soirs aux vêpres, échos quelquefois assez bouleversant d'ailleurs de la plainte de ceux qui sont sous les bombes ou confrontés à l'extrême détresse en Irak ou ailleurs. Et puis, il y a la souffrance très particulière aussi d'Osée. 

       Le passage que nous venons d'entendre, c'est la conclusion, c'est le sommet, c'est la restauration. Souffrance d'Osée qui est un mari trompé. Cet homme avait une femme, et cette femme l'a trompé. Cette femme quand elle est devenue vieille, est revenue à son mari. Elle est devenue vieille parce qu'il y a un verset (c'est peut-être un peu mon interprétation), mais dans le livre d'Osée, quand il est dit que là elle répondra comme aux jours de sa jeunesse, cela prouve qu'elle est arrivée à un certain âge et que lassée de ses amants, elle revient vers son mari. Souffrance de cet homme trompé. Je crois que le Christ par sa venue n'est pas venu expliquer la souffrance, mais la remplir de sa présence, comme dit Claudel. Le Christ est venu appliquer sur chacune de ces souffrances une réponse particulière, comme Il répondra à Job à Noël, comme Il répondra à Jérémie en nous faisant revenir du long exil de la mort. Il répond aussi à Osée avec ce texte et la réconciliation. 

       Pour moi ce texte, cette finale d'Osée me parle beaucoup de la réconciliation. Ce n'est pas un effort, ce n'est pas une tension, c'est un assentiment, c'est un "amen", que l'on doit dire à la miséricorde de Dieu. C'est une confession de la miséricorde dans une confession des péchés, une confession de la miséricorde comme intérieure à la confession des péchés : "enlève toutes fautes, prends ce qui est bon. Assur ne nous sauvera pas. C'est auprès de toi que l'orphelin trouve compassion". Etonnante figure d'un Dieu qui est vivant, parce que la confession est confession d'un Dieu vivant. La confession n'est pas confession d'une idole, n'est pas confession de quelque chose qui serait incapable de nous sauver, d'une idole muette. Mais la confession est inséparablement une confession trinitaire, et la confession d'une joie trinitaire. Je crois que c'est cela l'intuition de base. 

       C'est peut-être ceci qui nous fait courir vers ce sacrement, qui nous fait donner notre assentiment. Confession d'un Dieu qui sur la croix applique sur chacune de nos plaies, chacune de nos souffrances, en quelque sorte, sans faire le tri de cette tristesse qui est inséparable du péché, sans faire le tri de cette culpabilité qui quelquefois se confond avec le remords, sans faire le tri de tous les embrouillaminis de notre vie, Il applique ainsi chacune de ses plaies pour nous sauver. 

       C'est cette espèce d'allégresse, cette allégresse que j'ai à pardonner, moi j'ai l'allégresse sans les clous. Le Christ a eu l'allégresse de sauver l'humanité mais avec la souffrance qui l'a accompagné. Et puis, allégresse du Père qui serre son Fils à la Résurrection, le troisième jour, dont l'évangile est comme un écho, comme une annonce, comme une préfiguration. Allégresse de ce Père qui trouve son Fils vivant. Et allégresse de l'Esprit Saint, avec cette in­sistance dans le livre d'Osée sur le parfum. Je crois que toute confession nous parfume, mais ce n'est plus nous qui versons le parfum sur les pieds de Jésus, mais c'est Jésus qui verse le parfum sur nos pieds, nos pieds fatigués, usés, racornis, endoloris. 

       Vraiment, la confession nous permet d'entrer dans toute cette dimension trinitaire, dans toute cette vie trinitaire, dans un Dieu qui est là pour nous partager le froment et la vigne, puisque ce texte d'Osée annonce aussi de façon mystérieuse l'Eucharistie. 

       Et puis, "comme un cyprès verdoyant, c'est de moi que vient ton fruit". La confession, confession de la grâce de Dieu qui vient nous sauver est aussi appel à la grâce pour que notre vie porte du fruit, un beau fruit, un fruit qui demeure, un fruit savoureux, un fruit comestible, quelque chose que les pauvres auraient envie de saisir, quelque chose qui donne envie. 

 

       AMEN  

 
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