AU FIL DES HOMELIES

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UNE LITURGIE DONNÉE ET REÇUE

Os 14, 2-10

(3 avril 2000)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

D

ans la première lecture, nous avons lu le tout dernier verset du livre d'Osée, qui s'appelle le retour sincère d'Israël à Dieu. Et ces versets dans le livre d'Osée se présentent cette fois comme une liturgie de vraie pénitence, car il y a déjà eu un parallèle dans le livre d'Osée, au chapitre sixième où il y a presque de manière similaire les mêmes paroles et le même appel à la pénitence : "Venez, retournons-nous vers Dieu, Il a déchiré, Il nous guérira, Il a frappé, Il pansera nos plaies, après deux jours Il nous fera revivre, et le troisième jour Il nous relèvera, et nous vivrons en sa présence". Pourtant, le Seigneur dit que le problème, c'est que la fidélité d'Israël est comme une pluie de printemps qui arrose la terre, qui se dissipe aussitôt la rosée du matin. Le parallèle est presque flagrant, lorsque le Seigneur demande cette fois-ci à Israël : "Munissez-vous de paroles et revenez à Dieu". Les Paroles ? Israël s'en était déjà muni : "Venez, retournons au Seigneur". Et ce que dit le Seigneur quand Il lui demande de se munir de paroles, c'est du même acabit : "Enlève toutes nos fautes et prend ce qui est bon, au lieu de taureaux, nous t'offriront nos lèvres, et nous dirons Notre Dieu". Et le Seigneur répond à ce moment-là : "Je les guérirai de leur infidélité, je les aimerai de bon cœur, puisque ma colère s'est détournée". Et là, la pluie, ce n'est pas celle qui tombe et s'évapore aussitôt, c'est la rosée, et cette rosée vient de Dieu : "Je serai comme la rosée pour Israël". Quelque chose de léger, qui rafraîchit. Et le Seigneur promet alors à Israël de fleurir tel un jardin, les plus beaux fruits et les plus belles feuilles sont promises à Israël.

       La question que je pose est celle-ci : quelle différence y a-t-il, il Le dernier texte des derniers versets du livre d'Osée sont une liturgie. Mais, ce n'est pas la liturgie qu'Israël avait inventée en disant : "Venez, montons à la montagne du Seigneur, revenons à Lui, convertissons-nous, allons-y, Il nous sauvera". C'est le Seigneur qui donne la liturgie, et c'est toute la différence entre le chapitre sixième et le chapitre quatorzième. "Munissez-vous de vos paroles et dites". Dieu donne les mots, Il donne la Parole et c'est de ces mots, c'est de cette Parole qui lui appartient et qu'Il donne aux hommes, que les hommes n'inventent pas, mais que les hommes reçoivent, c'est de ce don gratuit que naît la liturgie sincère de pénitence. Structurellement parlant, il n'y a guère de différences, entre le premier et le second texte, et pourtant, la différence majeure c'est l'action de Dieu au cœur de la pénitence, et c'est ainsi que cette pénitence devient liturgie, et non pas comme le pensait Israël, faire une liturgie pénitentielle.

       Cela en ce temps de Carême est très important pour nous. Combien de fois, depuis combien de jours et combien de semaines disons-nous : "Montons, convertissons-nous, allons vers le Seigneur, Il nous sauvera." Vous vous trompez ! Ce n'est pas la peine de monter, ce n'est pas la peine de venir, ce n'est pas la peine de se convertir, Il ne sauve pas. Ca, c'est notre liturgie à nous, c'est notre auto-célébration, si ce n'était que cela, ça n'a pas de sens !

       Si nous recevons le Carême comme un don, si nous recevons la liturgie comme le cadeau du Seigneur, si ce sont ses paroles à Lui de conversion, même si nous n'avons pas envie de nous convertir, si ce sont ses paroles de joie, ou de pénitence, si ce sont ses paroles d'action de grâces, de miséricorde ou de pardon, qu'Il met sur nos lèvres, alors que notre cœur n'est peut-être ni dans la pénitence, ni dans le pardon, ni dans l'action de grâces ni dans quoique ce soit, peu importe, cela signifiera que c'est bien un don, que cette liturgie nous est bien donnée, qu'elle est bien gratuite, qu'elle appartient bien à Dieu, qu'elle descend de Dieu, comme Jérusalem, comme l'Église, belle et resplendissante, et qui devient un cadeau.

       Oui, que le Carême et la fête de Pâques ne soient pas la somme de nos efforts, de notre volonté qui ne deviennent que velléitaires en ce domaine, mais bien le cœur ouvert qui accepte ce que Dieu lui donne au jour le jour, d'avancée, de progrès vers la sainteté, c'est ce que nous célébrons dans cette liturgie. Faisons attention de ne pas nous tromper de chants, de liturgie et de mots.

 

       AMEN

 

 
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