AU FIL DES HOMELIES

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 LE SALUT PAR L'EAU

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Lundi de la quatrième semaine de carême- B

(22 mars 1982)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Piscine de Bethesda- fouilles

 

L

 

es textes dont nous venons d'entendre la lecture, le récit de l'arche de Noé et celui de la guérison du paralytique de la piscine de Bethesda, ont été choisis en ce temps de carême parce qu'ils sont une catéchèse sur le baptême. Ils étaient lus aux catéchumènes pour que, les approfondissant et les méditant, ils découvrent davantage le sens de leur baptême. S'ils nous sont lus aujourd'hui, à nous qui sommes baptisés, c'est parce qu'ils doivent nous aider à approfondir cette grâce baptismale qui est dans notre cœur. J'aimerais simplement insister sur quelques traits de ces récits.

Tout d'abord, ce qui est important, c'est la foi. En effet parfois on dit : c'est injuste que tous les hommes aient péri au temps de Noé alors que Noé fut le seul juste. Ce que l'on oublie de dire c'est que Dieu a proposé le salut à Noé mais que si Noé n'avait pas cru à cette parole il aurait péri avec tous les autres. S'il n'avait pas eu confiance dans le Seigneur qui lui demandait de construire une arche, sûrement Noé aurait été perdu comme tous les autres. Car le monde était perdu par son péché. Normalement il était déjà mort. L'eau du déluge ne fait que sanctionner la mort intérieure que ces hommes avaient déjà commis dans leur propre cœur. Si Noé, le seul juste n'avait pas, outre sa justice, accepté de croire au Seigneur, il n'aurait jamais été sauvé lui non plus. C'eût été la fin de l'histoire de l'humanité. C'est par la foi qu'il a été sauvé. C'est par la foi de Noé que nous vivons aujourd'hui.

De même, pour ce paralytique, ce n'était pas l'envie qui lui manquait, ce n'était pas les efforts et la patience, les trente-huit années qu'il avait passé à attendre qu'on le jette dans l'eau, c'est précisément la foi dans la parole du Seigneur qui lui manquait. Et à partir du moment où il a cru à cette proposition du salut, de guérison que le Seigneur lui a faite, à ce moment-là, il a été guéri. Voilà la première exigence concernant notre vie baptismale.

La deuxième réalité, c'est que là où dans le récit du déluge, l'eau était pour certains l'occasion de la mort, elle est devenue en réalité l'eau du salut qui portait l'arche de Noé et qui lui a permis de survivre. De même cette eau de la piscine de Bethesda qui était une eau bouillonnante à la fois pleine d'espérance et pleine de désespérance, car chaque fois que l'eau s'agitait et que le paralytique voyait un autre plonger avant lui, devait se développer dans son cœur un pessimisme et un désespoir profond à la pensée que son tour avait été pris par un autre, de la même façon pour nous, tous les événements et toutes les réalités du monde peuvent être cause d'espérance ou de désespérance, cause de notre propre perte ou au contraire cause de notre salut. Ce ne sont pas les événements qui tuent. C'est nous, dans la manière même dont nous vivons ces événements qui nous tuons ou qui au contraire nous laissons sauver par le Christ. Ainsi de l'eau. L'eau peut être ce qui noie, ce qui étouffe. Le Seigneur en a fait cette eau du salut jaillissant en vie éternelle.

Enfin un dernier trait plus particulier au récit de déluge. C'est que Dieu a sauvé Noé et que lorsque Noé fut sauvé, toute l'humanité recommença, à partir du lui. C'est dire que ce récit du déluge est d'une grande espérance. En Noé, nous sommes déjà, tous, d'une manière ou d'une autre, préformés, configurés, appelés à recevoir le salut en Jésus-Christ. C'est une des choses que nous avons le plus de mal à comprendre. Mais, parce que toute l'humanité est enracinée dans la chair de Noé et dans sa descendance, dans cette famille qui a été sauvée de l'eau, du désastre du péché, parce que nous sommes enracinés dans cette famille qui se tient sous la promesse de Dieu : "Désormais, je ne ferai plus de déluge ", cela veut dire que nous sommes tous, déjà, virtuellement sauvés. Tous, toute l'humanité d'aujourd'hui, même ceux qui ne croient pas encore, même les plus grands pécheurs portent en eux un témoignage de l'alliance de Noé, c'est-à-dire qu'ils peuvent être sauvés. Et cela devrait être pour nous l'occasion d'une grande espérance et d'une grande joie. C'est vrai que notre monde, dans son visage qui nous est quotidien, ressemble plus à un monde à la veille du déluge qu'a un monde sauvé du déluge. Et pourtant notre foi nous impose de croire que nous vivons un monde sous le châtiment du déluge, mais un monde qui est sorti du déluge et qui est appelé à participer au salut en Jésus-Christ. Bien entendu il y faut beaucoup de patience, au moins autant qu'à ce paralytique au bord de sa piscine. Mais il ne suffit pas de se tenir au bord de l'eau. Encore faut-il que soit annoncée la parole de Jésus : "Maintenant, je le veux, sois guéri."

Que nous, qui avons reçu l'eau du baptême, ayons à cœur d'annoncer que tout homme, quel qu'il soit, dans quelque situation qu'il se trouve, est toujours un descendant de Noé, c'est-à-dire quelqu'un qui, sans cesse, est appelé à être sauvé, est appelé à recevoir la Parole de la vie et l'eau qui jaillira pour la vie éternelle.

 

AMEN

 

 
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