AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME, SACREMENT DE LA FOI

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – C

(14 mars 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

E

 

n continuant cette lecture de saint Jean qui occupe toute la deuxième partie du carême, c'est aussi l'initiation des catéchumènes au baptême sur laquelle nous continuons de méditer. Cet évangile d'aujourd'hui nous invite à réfléchir sur un aspect fondamental du baptême, le baptême comme sacrement de la foi.

En effet, nous voyons dans ce passage de la guérison de l'enfant du fonctionnaire royal de Capharnaüm, toute une évolution de la foi dans le cœur de cet homme.Il y a d'abord cette foi hésitante, encore imparfaite, cette foi contre laquelle d'ailleurs Jésus s'insurge : "Si vous ne voyez pas des signes et des prodiges, vous ne croirez pas !" Cet homme veut que Jésus vienne chez lui, qu'Il se rende présent auprès de son enfant pour que, par quelque geste, quelque parole, une action de thaumaturge, Jésus puisse accomplir le prodige que cet homme désire. C'est une foi qui a besoin de preuves, qui a besoin de s'appuyer sur quelque chose de concret. C'est une foi qui recherche l'évidence de ce qui est proposé, foi imparfaite, foi commençante, foi balbutiante encore.

Et puis, il y a ce moment décisif où le cœur de cet homme va accepter de se laisser entièrement retourner. Jésus ne descend pas avec lui. Jésus n'opère aucun prodige Jésus ne pose ni acte, ni geste, Il lui dit simplement : "Ton enfant est vivant !" Et l'évangile nous dit : "L'homme crut et il retourna chez lui." C'est à ce moment-là que cet homme entre vraiment dans la foi véritable. Il n'a rien de plus entre les mains qu'au moment où il est venu vers Jésus. Il n'a aucune évidence, aucune preuve. Il ne s'est rien passé, mais Jésus lui a dit : "ton fils est vivant !", alors il croit. Alors il oriente totalement sa vie sur cette parole de Jésus et il s'en va, il quitte le Christ, parce qu'il est désormais certain que le Christ a opéré ce qu'il demandait bien qu'il n'en ait aucune preuve, aucune démonstration, aucune manifestation encore de ce que Jésus lui a dit. C'est à ce moment-là que, véritablement, la foi est née dans son cœur, cette foi qui ne s'appuie pas sur des réalités concrètes, sur des choses tangibles, mais une foi qui repose uniquement sur la parole de Dieu, uniquement sur la confiance de cet homme en Dieu, uniquement sur cette relation interpersonnelle qui vient de s'établir entre lui et Dieu, et cela suffit. C'est la naissance de la foi.

Enfin il y a cette troisième étape qui est comme la récompense gratuitement donnée par Dieu à celui qui a cru. Quand cet homme approche de chez lui, les serviteurs viennent lui dire que, effectivement, son fils est guéri, que son fils est vivant. Et cette preuve lui est donnée par surcroît : "C'est à l'heure même où Jésus lui parlait que son enfant a guéri". Et alors sa foi reçoit, en quelque sorte, comme une surabondance gratuite, comme quelque chose qui n'était pas nécessaire mais qui lui est donnée par surcroît. La foi reçoit cette lumière qui permet à cet homme d'épanouir totalement son intelligence dans l'adhésion de foi donnée jusque-là dans la nuit.

C'est bien ainsi que se passent les choses dans notre cœur. Habituellement, nous sommes mal croyants, car nous voudrions des preuves, nous voudrions pouvoir toucher les promesses de Dieu, nous voudrions pouvoir nous appuyer sur quelque chose d'humain, quelque chose de tangible, quelque chose de concret. Mais il faut que nous acceptions de passer par la nuit. Il faut que nous acceptions de passer par ce qui est véritablement la foi et sans quoi la foi n'est pas la foi, c'est-à-dire une confiance totale, absolue, donnée à la personne du Christ, à la personne de Dieu. Et il faut que nous acceptions de jouer toute l'orientation de notre vie sur cette unique confiance que nous faisons au Christ. Il n'y a pas d'autre raison de croire que la lumière du Visage du Christ qui nous séduit, qui saisit notre cœur et sur laquelle nous jouons la totalité de notre vie. C'est cela la foi, c'est avoir rencontré cette présence mystérieuse, invisible du Christ à un niveau assez profond pour lui donner toute notre vie, sans preuves. S'il y avait des preuves, ce ne serait plus la foi, ce serait je ne sais quelle religion fiction. Et si nous sommes passés par cette nuit de la confiance absolue faite sans aucune preuve, sans aucun appui humain, si nous avons accepté de donner toute notre vie au Christ parce que c'est Lui, et pour aucune autre raison, à ce moment-là une lumière va petit à petit naître dans notre cœur, comme cette réponse gratuite que Dieu nous fait et qui, petit à petit, va nous montrer que toute cette parole de Dieu est source de vie, est source d'intelligence, transformation de notre regard, illumination de l'univers et du monde et que toutes choses prennent un sens nouveau et une saveur nouvelle à partir de cette foi. Mais il faut d'abord être passé par ce don total de nous-même au Christ, sans quoi nous ne pourrons jamais connaître cette lumière, nous ne pourrons jamais connaître cette saveur, nous ne pourrons jamais connaître cette vision du monde.

Frères et sœurs, c'est cela qui se passe dans le cœur des catéchumènes quand ils viennent pour le baptême. Ils se sont préparés, laborieusement, au baptême, chacun selon ses capacités, chacun selon son âge. Cette année, les catéchumènes de notre paroisse sont des enfants et leur cheminement est plus simple et plus spontané que celui d'un adulte, mais il a fallu qu'ils passent par ce don total d'eux-mêmes au Christ qui leur permettra de dire : "Je crois !" Je crois parce que c'est Toi ! Je crois parce que Tu m'aimes ! Je crois parce que Tu m'as donné Ta vie et je te donne ma vie. Et, à ce moment-là, entrés dans leur vie de chrétiens, ils connaîtront, comme nous-mêmes, petit à petit cet approfondissement du cœur, cette dilatation de l'âme qui nous fait entrer dans les vues de Dieu et qui nous fait, peu à peu, voir toutes choses avec le regard de Dieu.

Nous qui sommes baptisés depuis tant d'années, en accompagnant ces enfants pendant ce Carême, pendant ce cheminement de la foi, laissons-nous immerger dans la foi pure, dans ce don sans limites de nous-même et de notre intelligence au Christ. C'est à partir de là que nous sommes devenus chrétiens et il faut que, chaque jour, nous nous plongions à nouveau dans cette foi pour que notre vie chrétienne soit une vie rayonnante, une vie pleine.

 

AMEN

 
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