AU FIL DES HOMELIES

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GÉOGRAPHIE SPIRITUELLE

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de Carême – A

(20 avril 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

I

 

l semble que, pour l'évangéliste saint Jean, il y ait une géographie spirituelle ou plus exactement une géographie de ce changement qu'on appelle la conversion.

En effet, vous avez remarqué avec quelle insistance, il souligne le fait que les deux premiers signes accomplis par Jésus l'aient été en Galilée et spécialement à Cana. Qu'est-ce à dire ? Il s'agit évidemment du premier signe qui était le changement de l'eau en vin, et du second qui est la guérison de ce fils d'un fonctionnaire royal. A vrai dire, là aussi, il y a changement. Non seulement le changement que le petit enfant qui était proche de la mort soit guéri, mais surtout le changement par lequel le fonctionnaire royal lui-même qui, lui aussi, cherchait des signes, devient un croyant. C'est là, je pense, un des aspects très importants du récit. Ce que saint Jean veut nous manifester, c'est que le fonctionnaire royal a cru sur parole. Il a cru parce que Jésus lui a dit : "Va ! Ton fils vit !" Et même si le fils ne vivait pas à cet endroit-là puisqu'il a fallu le temps pour que les envoyés rejoignent le maître, le père de cet enfant qui était à une certaine distance, ce qu'il est important de comprendre c'est qu'il y a eu double miracle. A la fois l'enfant a été guéri, mais l'enfant a été guéri parce que le Christ a changé le cœur de son père, comme auparavant Il avait changé l'eau en vin.

Or tout ceci se passe à Cana en Galilée. Pour tous les Juifs de l'époque, la Galilée c'est la terre du mélange, du brassage des peuples. "De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ?" La Judée c'est l'identité du peuple qui est resté pur de toute contamination. La Galilée, au contraire c'est le symbole même du mélange entre les païens et les Juifs qui vivent au milieu de ces païens. A tel point que les fouilles d'archéologie semblent révéler que la Galilée, à l'époque de Jésus, était une sorte de constellations de petites villes, de petits villages juxtaposés les uns aux autres, et la plupart du temps, il y avait un village ou une ville païenne et immédiatement à côté une village ou une ville juive. Ceci signifie clairement que Jésus a voulu accomplir un signe à Cana parce qu'Il voulait, déjà, radicalement changer le cœur de cette population. Elle était mélangée. C'était un lieu duquel on pensait qu'il ne pouvait rien sortir de bon. C'était du Judaïsme déclassé et du paganisme appauvri. Or Jésus vient changer cela. Il vient changer ce peuple qui attend simplement des signes. Il vient le changer en un peuple de croyants.

C'est une invitation pour nous, pour vivre ce temps de Carême et peut-être plus spécialement dans les temps que nous vivons aujourd'hui. D'une certaine manière, nous vivons un christianisme galiléen, c'est-à-dire que la manière dont nous sommes croyants est extrêmement difficile et complexe. Notre être de croyant lui-même est pétri d'une multitude de racines contraires à la foi. Ne sommes-nous pas des païens d'origine ? D'autre part, à cause de ce monde tel qu'il va, nous sommes bourlingués de ça de là, au vent de beaucoup de doctrines ou de beaucoup d'idées nouvelles. Nous vivons un christianisme galiléen et, de temps en temps, nous avons besoin, comme le fonctionnaire royal, d'aller au-devant de Jésus et de le supplier de faire que nous, qui demandons toujours plus ou moins des signes, nous devenions vraiment des croyants. Et je crois qu'alors le Seigneur nous donnera le signe véritable dont nous avons besoin : "Va ! Ton fils vit !" C'est le grand mystère de notre vie. "Va !" Avance-toi vers Dieu ! Va vers ton Seigneur ! Et ton fils est vivant. C'est la régénération du baptême au plus intime de nous-mêmes.

Que ce temps qui nous rapproche de Pâques nous fasse découvrir, en profondeur, à quel point nous sommes des Galiléens et à quel point la force de la Parole de Dieu qui a changé l'eau en vin, qui a fait de ce fonctionnaire royal un véritable croyant, lui et toute sa famille, fera aussi de nous, par la mort et la résurrection du Seigneur, par le corps et le sang que nous allons recevoir, un peuple véritable de croyants.

 

AMEN

 
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