AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI DU FONCTIONNAIRE ROYAL

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – B

(18 mars 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

e texte d'aujourd'hui nous invite à réfléchir sur la foi. Nous voyons dans ce fonctionnaire royal plusieurs attitudes, plus ou moins parfaites, qui touchent à la foi et sur lesquelles Jésus va se prononcer.

Il y a d'abord la démarche fondamentale, initiale, de la foi de cet homme qui vient demander à Jésus de guérir son fils. S'il demande cela c'est qu'il croit que Jésus a le pouvoir de donner la santé ou, au contraire, de laisser les choses aller leur cours. Il reconnaît en Jésus le maître de la vie et de la mort. "Il Le priait de descendre guérir son fils qui allait mourir!" C'est déjà reconnaître à Jésus des pouvoirs divins puisque être maître de la vie et de la mort appartient en propre à Dieu.

Et pourtant, curieusement, au moment de cette démarche semblable à celle de beaucoup d'autres malades de l'évangile, Jésus a une réaction négative. "Si vous ne voyez des signes et des prodiges vous ne croirez donc pas !" Jésus discerne peut-être dans le cœur de cet homme un attachement excessif aux manifestations visibles, tangibles de la puissance de Dieu. Peut-être discerne-t-il que la foi de cet homme est trop liée à des résultats. Plus probablement, à travers cet homme, c'est à nous tous, à l'ensemble des auditeurs ou des foules qui le suivent, que Jésus s'adresse. Il veut nous faire comprendre que, même si c'est par la foi que cet homme est venu demander la guérison de son fils, la foi n'est pas d'abord une manière de demander des signes, des miracles ou des prodiges. Là, nous avons déjà à nous interroger car parfois nous nous tournons vers Dieu quand nous "ayons besoin de Lui", quand nos difficultés nous amènent à penser à Lui. Quand nous avons l'occasion d'interroger les gens pour la préparation à un baptême ou à un mariage sur leur vie de prière, beaucoup avouent ne penser à Dieu que lorsqu'ils ont un secours à demander. Nous-mêmes qui prions sans doute plus souvent, sommes plus attirés par des intentions qui suscitent notre piété ou notre ferveur, et nous avons plus souvent une prière de demande qu'une prière de louange. Jésus voudrait que nous dépassions cette demande, cette prière intéressée Il voudrait que nous ne liions pas la foi avec les merveilles, les miracles, les prodiges, les signes. Il invite donc cet officier royal, et nous avec lui à une foi plus gratuite, plus profonde aussi.

Le fonctionnaire royal insiste : "Seigneur, descends avant que ne meure mon petit enfant !" Il y a là une nouvelle étape dans la foi, c'est l'obstination, la ténacité la persévérance. A plusieurs reprises dans l'évangile, Jésus a loué cette persévérance dans la prière. Souvenez-vous de la cananéenne que Jésus avait renvoyée de façon même brutale, en lui disant : "Il n'est pas bon de prendre le pain des petits enfants pour le donner aux chiens", voulant dire par là qu'Il ne s'occupait que des juifs et pas des étrangers. Mais elle avait tellement insisté que Jésus, "admirant sa foi", avait acquiescé à sa demande, Il en va de même ici. Devant l'insistance de cet homme, Jésus lui dit : "Va ! ton fils vit !"

A ce moment-là, cet homme fait un pas considérable dans la foi car sur cette seule parole de Jésus, sans aucune preuve, sans rien de tangible, "l'homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il se mit en route." Il n'en demande pas plus Jésus lui a affirmé "ton fils vit !"cet homme estime que tout est accompli, et il s'en va sans insister davantage, sur que cette parole du Seigneur est porteuse de vie et de vérité.

Jésus a donc accepté de répondre à cette foi imparfaite, mais persévérante, à cette foi encore matérielle et pauvre, mais insistante, à cette foi tellement liée à l'affectivité de cet homme, mais une affectivité presque désespérée, découragée et qui en appelle à lui avec insistance. Jésus a répondu et Il a ainsi conduit cet homme à aller plus loin dans la foi, à s'attacher à sa seule Parole, sans rien à quoi il puisse s'accrocher, et cet homme est parti. Et alors Jésus va, à ce moment-là, lui donner un signe. Au moment où il approche de sa maison, les serviteurs viennent lui annoncer que l'enfant est définitivement guéri Jésus a donc réalisé la merveille que cet homme avait demandée. Mais cet homme qui avait cru prend quand même ses précautions et veut faire des vérifications. Ce n'est peut-être pas ce qu'il y a de mieux dans son attitude. Il demande à quelle heure son enfant a été guéri, et constatant que c'était celle où Jésus lui avait dit : "Ton enfant est vivant", il est alors entièrement pris par la foi, tant il est vrai que le Seigneur sait que nous sommes fragiles et faibles et qu'Il accepte de nous donner des signes, inutiles et supplémentaires comme cette coïncidence des heures, pour nous permettre de nous approfondir dans la foi et d'aller avec plus de sécurité.

Je crois qu'il faut retenir de cette page que le Seigneur est plein de miséricorde pour ces êtres de peu de foi que nous sommes, comme ce fonctionnaire royal. Certes notre foi est insuffisante, elle est imparfaite, elle est souvent trop matérielle, attachée à des tas de détails et surtout à des tas de besoins ou d'intérêts qui sont les nôtres, mais le Seigneur sait que nous sommes faits de chair et de sang. Il sait que nous sommes poussière, que nous retournerons à la poussière. Il nous invite à aller plus loin, à aller plus profond, mais Il a pitié de nous et malgré notre imperfection Il nous répond déjà. Mais que ce ne soit pas pour en rester à cette foi imparfaite.

Que cette miséricorde du Seigneur qui accepte de répondre même à ceux qui n'en sont pas encore très loin sur le chemin de la rencontre de Dieu, que cette miséricorde du Seigneur nous invite à laisser se creuser en nous la profondeur de cet appel de Dieu pour arriver à la foi vraie qui est celle du cœur et qui croit sans avoir de preuves.

 

AMEN

 
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