AU FIL DES HOMELIES

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GUÉRISON, SIGNE DE COMMUNION DANS LA FOI

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – C

(10 mars 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

ans l'évangile de saint Jean, on a coutume d'appeler la première partie "le livre des signes", parce que du chapitre premier au chapitre douzième le rythme profond qui scande le récit c'est précisément une succession de"signes", c'est-à-dire de miracles que le Christ opère pour mani­fester qui Il est. Le "signe" que nous venons de lire est le second, et il est opéré encore à Cana en Galilée, après un premier pèlerinage de Jésus à Jérusalem.

Tout d'abord, il est important de remarquer que ce signe, contrairement à ce qu'on pense, ne s'adresse pas à un païen, car "le fonctionnaire royal" c'est certainement un officier du roi Hérode, petit-fils d'Hérode le Grand plus connu à cause du massacre des innocents et qui exerçait son règne sur quatre provinces du nord de la Palestine. Par conséquent c'est toujours un "signe" à Israël qui est donné, comme le premier aux noces de Cana, comme prati­quement tous les signes seront donnés à Israël dans ceux que saint Jean nous rapporte. Simplement cha­cun de ces signes a pour fonction de manifester l'un des "dons" que le Christ vient apporter au monde.

Le premier don que Jésus avait fait à Cana, c'était le don de la joie de la communion divine. C'était le premier qui manifestait, qu'à travers ce signe des noces humaines, le but profond de la venue du Christ sur la terre était celui des noces entre Dieu et l'humanité. Et le signe de changer l'eau en vin mani­festait que Jésus désirait que ces noces s'accomplis­sent dans la joie éternelle. Le signe que nous voyons maintenant s'accomplir a un autre fruit. Il ne s'agit plus de la joie de la communion qui est visée à la fin des temps mais de la vie de l'homme qui est menacée par la maladie et par la mort. Ainsi l'économie, l'agencement des signes que saint Jean nous rapporte se précise. Pour arriver à la joie de la communion éternelle entre l'humanité et son Dieu, il faut une œu­vre de salut qui passe par la confrontation à la mort et à la souffrance. Et l'attitude qui est alors requise de l'homme n'est plus simplement la joie de la commu­nion mais la foi totalement enracinée dans la puis­sance de Celui-là seul qui peut sauver. Tel est le sens de la lecture de ce texte au cours de ce carême.

Pour parvenir à la communion de Pâques, et c'est notre but, communion qui est véritablement les épousailles de l'humanité avec le Dieu Sauveur, dans la personne de Jésus, il faut passer par cette épreuve de souffrance et de mort, qui ne peut être vécue que dans la foi. Et ce que Jean ajoute comme note parti­culière à ce miracle, à ce qu'il en a remarqué, c'est que la foi est la foi d'un père pour son enfant. Cela veut dire que le mystère de la foi n'est pas un mystère que nous vivons tout seuls. Il est un mystère dans lequel, invisiblement, nous nous appuyons tous les uns sur les autres. C'est le père qui croit à la Parole du Christ, c'est le fils qui reçoit la vie.

Ainsi en va-t-il pour nous. Lorsque nous vivons, chacun, cet itinéraire de rencontre de Dieu à travers nos souffrances, à travers nos combats contre toutes ces morts qui nous menacent au plus intime de nous-mêmes, nous sommes invisiblement portés par la foi de personnes que nous ne connaissons pas, et peut-être que, à tel ou tel moment, la victoire qui est remportée dans notre cœur sur la mort, nous la devons à quelqu'un qui a cru véritablement à la puissance de la Parole de Dieu. Et, inversement, sans doute que, à certains moments, l'assurance même du témoignage de notre foi est source de salut dans le mystère de la communion des Saints pour d'autres personnes qui sont confrontées à ce danger de perdre la vie de la terre ou la vie de communion avec Dieu.

Qu'ainsi cet évangile d'aujourd'hui nous af­fermisse dans la véritable foi en la puissance de la Parole du Seigneur, dans la véritable perspective que le Christ a ouverte pour nous par sa mort et sa Résur­rection. C'est vrai que, aujourd'hui encore, nous avons à faire face, quotidiennement, en nous et autour de nous, à l'œuvre du péché et de la mort. Mais nous savons que, par la communion de la foi, qui tisse et qui fait l'Église, déjà le Christ nous a donné les signes de la victoire.

 

AMEN


 

 

 
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