AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI DE L'OFFICIER ROYAL

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – A

(30 mars 1987)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

I

l y a deux miracles dans ce passage de l'évangile. Le premier concerne la foi du fonctionnaire royal, le second concerne la guérison de son fils, mais le second est semblable au premier parce que le Christ n'a qu'une seule parole.

Ce fonctionnaire vient trouver Jésus pour de­mander la guérison de son enfant et Jésus lui dit cette parole extrêmement dure que personne d'entre nous n'oserait dire à un père qui vient nous dire que son enfant est mourant : "Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas !" C'est une parole très forte, mais Jésus n'a pas l'habitude d'approcher la souffrance de la même façon que nous. Cependant le fonctionnaire, aussitôt, Ici répète : "Seigneur, des­cends, avant que ne meure mon petit !" Et Jésus lui dit : "Va ! ton fils vit !" Puis l'homme crut à la parole et se mit en route. C'est le premier miracle c'est le plus important.

Le Christ est venu pour purifier notre foi. Le Christ est venu nous livrer une parole qui n'explique rien. Jésus n'a pas dit au fonctionnaire : Voilà ce que je vais faire, voilà ce qui va se passer. Il ne s'est pas adressé à sa raison, ni même peut-être à son affecti­vité, car le fonctionnaire était en droit de demander encore des signes avant de partir. Jésus s'est adressé à sa foi. Et c'est cette parole de foi qui a suffi pour que cet homme croie et se mette en route. Et, au bout de son chemin, il découvrira cette vérité de la parole du Christ, puisque son enfant sera sauvé au moment même où Jésus a prononcé cette parole : "Ton fils vit !"

Mais, entre le miracle de la foi purifiée, forti­fiée du fonctionnaire et le constat de la guérison de son fils, il y a la marche et la route. Frères et sœurs, tous les jours, le Christ vous dit et nous dit : "Va ! ton fils vit !" Est-ce que nous croyons ? c'est-à-dire est-ce que nous nous mettons en route ? Se mettre en route, vers quoi ? Et bien nous pourrions dire que, ici, le fonctionnaire royal est le symbole de notre foi et que son fils est le symbole de notre vie, c'est-à-dire de tout ce que nous sommes, de tout ce qu'il y a de plus pré­cieux en nous, de tout ce que nous chérissons, per­sonnellement ou autour de nous, et à bon droit. Mais en même temps ceci est malade, souvent proche de la mort, cause de souffrance, car qu'est-ce que la souf­france si ce n'est l'amour blessé, si ce n'est le bien torturé ? Et c'était cela que le fonctionnaire royal sentait si fort dans son cœur, pour venir vers le Christ et lui crier sa misère et son désir d'être sauvé. Pas simplement que son fils soit guéri, mais que son amour soit sauvé.

Nous marchons parce que nous avons la foi, mais nous ne voyons rien, tant que nous ne serons pas au bout du chemin. Le Christ nous demande simple­ment d'aller et de croire que notre vie est sauvée, même si nous savons qu'elle est encore torturée par le péché et blessée par le mal. Et puis, un jour, au bout de notre route, au moment Où nous arriverons dans la demeure (c'est-à-dire au ciel), lorsque nous quitterons notre chemin terrestre, nous nous apercevrons que notre vie a été guérie au moment même, et à chaque instant, où nous aurons entendu cette parole de Jésus : "Va ! ta vie est sauvée !"

Ainsi il ne faut pas demander à la parole de Dieu ce qu'elle ne peut pas nous donner c'est-à-dire la vision de notre salut. Le fonctionnaire a cru sans voir. Dans cette foi, il s'est mis en route, "espérant contre toute espérance" comme le dira saint Paul, et il a marché vers sa demeure pour y découvrir que son fils, son amour, sa vie, lui-même était sauvé, non pas à partir du moment où il arrive, mais à partir du mo­ment où il est parti. C'est cela notre foi chrétienne. Ne demandons pas de signes, d'explications, de raisons, de réponses. Ne passons pas notre énergie à cela, ce serait la gâcher. Mais, forts de la parole de Dieu, le­vons-nous et marchons vers la fin de notre vie. Et à ce moment-là, nous découvrirons que, depuis toujours, nous sommes sauvés, nous sommes aimés et vivants, dans la Résurrection du Christ.

 

AMEN

 

 

 
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