AU FIL DES HOMELIES

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SIGNES ET PRODIGES

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – C

(6 mars 1989)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

S

i vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croirez pas !" Depuis quelques jours, selon l'antique tradition de l'Église, nous avons commencé de lire l'évangile de saint Jean, plus exactement la première moitié, celui que la recherche moderne a appelé "le livre des signes". Parfois, par bonheur, Il y a quelques coïncidences entre la Tradition et les inventions modernes. Ce livre s'appelle "le livre des signes" parce que saint Jean l'a rédigé autour de sept "signes" dont le premier est celui de Cana, le second celui que nous venons de lire, la guérison du fils du fonctionnaire royal, et le septième, le "signe des signes" la résurrection de Lazare.

Après le livre des signes, on entrera dans le livre de la réalité, alors, on ne sera plus dans les si­gnes qui annoncent quelque chose comme les pan­neaux du code de la route annoncent le virage ou le croisement qui se trouve deux cents mètres plus loin, mais on entrera dans la réalité même de la Pâque du Christ.

Saint Jean a jugé bon d'écrire son évangile de cette manière-là pour nous montrer que l'on n'entre dans la réalité de la Pâque qu'à travers les signes et que, précisément la condition du chrétien, c'est d'en­trer dans la Pâque du Christ à travers les signes. Vous comprenez pourquoi la liturgie, avec son sens péda­gogique extraordinaire, nous fait lire les signes pour qu'ensuite nous vivions la Pâque. Nous suivons la pédagogie des signes pour entrer dans la Pâque.

Il y a même une finesse de plus. C'est que, parmi les signes que l'on donne, un des premiers qui n'est pas à sa bonne place chronologique c'est la gué­rison de l'aveugle-né puisque, précisément, pour lire les signes, il faut avoir les yeux ouverts. Ainsi donc, les yeux éveillés sur les signes présentés par le di­manche de l'aveugle-né, nos yeux s'ouvrent sur le mystère des signes et nous découvrons les signes et les paroles de Jésus qui vont nous conduire à la réalité de la Pâque, de la Passion que nous lirons le Vendredi Saint, pour ensuite proclamer l'évangile de Marie-Madeleine au tombeau au matin de Pâques.

On ne sait plus si c'est l'évangile qui est litur­gique ou si c'est la liturgie qui est évangélique. Mais les deux choses sont tellement interpénétrées l'une à l'autre qu'on ne peut faire une lecture vraie de la Pa­role de Dieu que dans le cadre de la liturgie. Cela se vérifie spécialement pour les textes que nous allons lire ces temps-ci.

Or pour ce qui concerne la guérison du fils du fonctionnaire royal, j'attire votre attention sur un petit détail : Jésus met une distance entre le prodige qu'Il va faire et le fait de le constater. Il guérit "à distance". Il ne va pas au chevet du malade ou du mourant. Il laisse une distance entre Lui-même, la réalité du salut, et le signe du salut qui sera accompli. Il faudra que le fonctionnaire se renseigne pour vérifier que c'est bien à cette heure-là que le signe a eu lieu. C'était déjà le cas dans le signe de Cana. Jésus avait mis une dis­tance entre la demande de Marie et la pénurie et le moment où Il a accompli le signe. "Mon heure n'est pas encore venue !" - "Femme, que me veux-tu ?"

Tout se passe comme si les deux signes ac­complis à Cana, à travers ces deux signes Jean nous montre ce qu'est un signe. C'est quelque chose qui est distant, dans le temps c'est le délai que Jésus met aux noces de Cana pour accomplir le miracle, ou dans l'espace, c'est le délai que met Jésus pour agir à dis­tance, pour précisément signifier que les signes ou­vrent une réalité qui s'accomplit effectivement mais sur laquelle nous n'avons pas prise.

Il y a un délai de temps avant que Jésus transforme l'eau en vin, il y a un délai d'espace entre Jésus qui veut guérir l'enfant et l'enfant qui est au loin. Les signes ne nous donnent pas une maîtrise sur la réalité, mais la réalité se livre à nous à travers les signes. C'est une des lois fondamentales de notre existence.

Dieu ne cesse d'accomplir, dans notre vie, des signes, mais malheur à nous si nous croyons nous emparer de Dieu à l'occasion des signes. Il y aura toujours une distance soit dans l'espace soit dans le temps. C'est la distance de la transcendance de Dieu et de l'œuvre du salut. Par conséquent si nous vivons ce temps du carême, il faut effectivement que nous le vivions comme le temps des signes. Nous n'avons pas de prise sur Dieu, c'est Dieu qui ouvrira, dans le mystère de sa Pâque, notre regard et notre cœur à la réalité qu'Il est Lui-même.

 

AMEN

 

 

 
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