AU FIL DES HOMELIES

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SEIGNEUR, VIENS VITE !

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – A

(26 mars 1990)

Homélie du Frère Michel MORIN

 

S

eigneur, viens vite, avant que ne meure mon petit enfant !" Il y a toujours en nous un petit enfant qui meurt. Il y a toujours dans l'humanité un fils bien-aimé qui meurt. Cette parole de ce fonctionnaire romain, étranger par rapport à la foi juive doit être aussi notre propre conviction. Une conviction qui repose sur l'affection que nous avons pour nous-mêmes et que nous avons pour les autres. Une conviction qui repose sur cette joie qui jaillit même dans le cœur d'un païen. Jésus dira d'ailleurs qu'Il a trouvé plus de foi chez les païens que chez les juifs. Peut-être d'ailleurs pourrait-il le dire aussi aujourd'hui : il y a plus de foi chez certains hommes droits que chez certains chrétiens.

Cette conviction qui monte du cœur de ce père ne veut entrer dans aucune discussion avec le Seigneur. Lorsque Jésus arrive à Cana et qu'on vient lui dire de faire un signe pour guérir cet enfant, Jésus se met un peu en colère comme s'Il était agacé. "Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croyez pas." Et cet homme, extrêmement simple dans l'humilité de son amour pour son enfant et de sa confiance dans ce Seigneur, arrête le Christ dans sa réflexion et lui dit : "Seigneur, viens vite, avant que ne meure mon petit enfant !" Cette attitude est fonda­mentale pour un croyant.

Il y a en nous un enfant qui meurt c'est-à-dire il y a en nous quelque chose que le Christ peut, cha­que jour, faire passer de la mort à la vie, comme nous venons de le chanter à l'instant dans le psaume. Il y a en nous quelque chose qui meurt. Ce qui meurt c'est un trait, un aspect, une dimension du visage même de Jésus, le Fils Bien-Aimé qui est inscrit dans notre chair. Ce qui meurt en nous par notre péché, par notre faute, comme dit le prophète Osée : "C'est ta faute qui te fait trébucher", ce qui meurt en nous c'est un trait du visage du Christ. Et si nous étions vraiment atten­tifs à cet enfant, Fils de Dieu, qui repose au fond de notre être car Il en est l'identité réelle, alors nous pourrions nous aussi nous adresser à Dieu et lui dire : Seigneur, il y a au fond de moi un petit enfant qui meurt et ce petit enfant, c'est le tien. C'est la foi que nous avons reçue dans notre baptême et que nous ne vivons pas, c'est l'amour du Christ que nous avons en nous et que nous délaissons, ce petit enfant qui meurt c'est aussi dans le cœur de nos frères celui qui meurt chaque fois que nous ne faisons pas pour eux ce que Jésus a fait pour nous.

Il nous faut entrer dans cette compréhension actuelle de ce miracle. Il ne faut pas en rester à l'as­pect purement historique en se disant : Tant mieux pour lui, il a eu ce qu'il voulait, ce fonctionnaire. Et moi qui passe tant de temps à prier et à demander, je n'ai jamais rien. Quelle impiété ! Quelle impiété ! La suite du texte nous invite à y réfléchir. L'homme, une fois son enfant guéri, s'inquiète du moment où il a été guéri. Pourquoi ? Pour savoir, par une sorte de conviction plus profonde, que vraiment c'est Jésus Lui-même qui l'a guéri. Et pourquoi ? Pour entrer dans la foi. Pour entrer plus profondément dans la fois. Lorsqu'il découvre qu'à l'heure même où la pa­role de Jésus était prononcée à distance son enfant fut guéri, "alors il crut et toute sa maison avec lui !" Il y a un regard que nous devons porter sur nous-mêmes et sur nos frères, un regard qui nous fait découvrir, chaque jour, que Dieu vient faire vivre en nous ce qui meurt. Et c'est ce regard-là qui nourrit notre foi et la foi de l'Église. "Il crut, lui et toute sa maison !" C'est cette action de grâces et cette foi qui nous est propo­sée à la fin du livre d'Osée comme étant la sagesse et l'intelligence.

"Qui est sage pour comprendre ces choses, intelligent pour les connaître ? Droites sont les voies du Seigneur, les justes y marcheront !" La route que le Christ nous ouvre, elle passe à l'intérieur de nous-mêmes et elle est tracée à chaque fois que Lui-même vient guérir en nous, vient sauver et ressusciter quel­que chose qui meurt, quelque chose qui est mort. Et si nous entrons dans cette connaissance intime et réelle de ce que le Christ fait pour nous et pour nos frères, alors nous sommes sûrs d'avancer et de marcher dans la lumière "sur la terre des vivants". Alors nous com­prendrons avec sagesse et avec intelligence le mystère de la mort et de la résurrection du Christ que nous fêterons solennellement dans quelques semaines, d'autant plus profondément, avec d'autant plus de conviction que nous L'aurons suivi quotidiennement dans notre propre vie et celle de nos frères à chaque fois qu'un petit enfant meurt et que le Christ le ressus­cite en nous.

 

 

AMEN

 

 
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