AU FIL DES HOMELIES

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SIGNE ORDINAIRE OU EXTRAORDINAIRE ?

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – C

(30 mars 1992)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

ésus a ouvert les yeux de l'aveugle-né, et à tra­vers lui les yeux de tous les hommes, afin qu'ils puissent "voir les signes" qu'Il accomplit devant eux, les signes du salut qu'Il propose à chacun de nous.

Le signe, dans un instant, l'eucharistie que nous allons célébrer est "le signe-massue", le "signe-choc" de l'Église. Il est évident, objectif, incontourna­ble, radical. Sa présence totale est donnée à travers le pain et le vin, indépendamment de nos opinions, de nos sentiments, de nos humeurs. Signe total. Un théologien parlait de ce coup de forgeron que Dieu donne par chaque eucharistie pour forger l'Église à travers les siècles. Coup silencieux apparemment, mais coup qui donne chaque jour un fondement sup­plémentaire à l'Église que nous formons. Un sacre­ment-référence, le signe-référence. Or nous ne voyons que le pain et le vin et ils sont le corps et le sang du Christ.

Nous trouvons là une définition exacte du si­gne. Premièrement le signe a une apparence ordinaire. Nous voudrions bien que les signes nous dirigent, nous indiquent la volonté de Dieu et sortent de l'ordi­naire, justement pour que nous puissions les recon­naître comme venant de Dieu. Or ils en sortent pas de l'ordinaire, ils s'immergent dans l'ordinaire. C'est la première définition des signes. Quand on vit vingt-deux ans avec le même conjoint comme il arrive au­jourd'hui à un couple de la paroisse, c'est un signe tout à fait ordinaire et aussi un sacrement puisque Dieu s'est révélé présent à travers toute leur vie, pendant vingt-deux ans et ce n'est pas fini. Est-ce extraordinaire ? Non ! Donc, signe ordinaire cela veut dire qu'il n'y a pas de signe extraordinaire. Il n'est pas merveilleux, il ne sort pas du cadre habituel de nos vies, mais il est dans nos vies comme le pain et le vin sont dans nos vies et pourtant sont le corps et le sang du Christ.

Signe ordinaire qui cache une autre réalité que nous ne pouvons découvrir que par la foi. Je peux être confronté au signe ordinaire et ne pas voir ce qu'il transporte si je ne le regarde pas avec la foi. Et le re­gard de foi me fait "traverser" l'ordinaire de ce signe pour y lire la puissance, le poids, le symbole de pré­sence divine qu'il transportait. Pourquoi cette démar­che supplémentaire au signe ? C'est pour que nous puissions le recevoir dans la foi, pour que nous res­tions libres par rapport aux signes. Si le signe s'impo­sait comme un signe extraordinaire qui, en plus, im­posait à nos esprits la présence de Dieu, nous ne se­rions pas libres.

Nous avons à déduire de ces deux éléments, le côté ordinaire du signe et son côté caché qui nous mène, par la foi, à la volonté de Dieu, qu'il nous faut essayer de voir dans nos vies quels sont les signes de Dieu. Souvent ils sont justes devant nous, à portée de vue. Notre aveuglement vient du fait que nous vou­drions voir plus loin comme si nous pouvions donner quelque élan pour discerner des signes divins. Alors nous essayons de "sentir", de flairer à quoi pourraient ressembler des signes de Dieu dans notre vie. Or ils sont là, au bout de notre nez. Il nous manque simple­ment non pas la bonne vision pour les voir mais la foi pour les déchiffrer.

A travers l'eucharistie que nous allons célé­brer, nous pourrons de nouveau apprendre à lire et déchiffrer ce qu'est le signe de Dieu. A travers ce don total du pain et du vin qui est le corps et le sang du Christ, Dieu se révèle totalement, sans pour autant rien contraindre en nous, pour nous donner la vie. En nos vies, Dieu a écrit déjà sa présence. Sachons la lire pour que nous puissions y rester fidèles jusqu'à la mort.

 

 

AMEN

 

 
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