AU FIL DES HOMELIES

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LA FOI DES CATÉCHUMÈNES

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – A

(22 mars 1993)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

e passage relativement peu connu de l'évan­gile de saint Jean est un parallèle au récit plus connu de la guérison du fils du centurion en saint Matthieu, ce passage est une catéchèse sur la foi. C'est la raison pour laquelle nous le lisons en ce temps de carême où dans la foi, les catéchumènes s'avancent, grandissent croissent vers la plénitude de leur baptême. Le carême nous invite à accompagner ces catéchumènes sur ce chemin de foi et à revivre nous-mêmes cet itinéraire de la foi.

Dans ce miracle de Jésus, il y a comme trois phases successives de la foi de ce fonctionnaire royal. La première phase c'est une confiance en la réputation de thaumaturge de Jésus. Il vient trouver Jésus parce que son enfant est malade et va mourir. Il pense que Jésus peut guérir son enfant. Cette foi initiale est déjà extrêmement méritoire, mais elle a encore un côté simplement commençant. Le fonctionnaire royal at­tend de Jésus un miracle, un événement extraordi­naire. Sa foi est une demande d'une réalisation concrète qui soit la guérison de son fils. C'est ce qui nous arrive toutes les fois que nous demandons à Dieu telle ou telle grâce, la guérison d'un malade de notre famille, la grâce de trouver du travail ou de réussir dans telle ou telle entreprise.

Une autre limite de cette foi du fonctionnaire royal c'est qu'il pense que le résultat escompté s'ob­tiendra par la présence physique de Jésus. "Descends auprès de mon fils avant qu'il ne meure !" Il pense que la force de guérison qui émane de Jésus pourra se réaliser par un contact direct, physique entre Jésus et son enfant. C'est ce qui fait que Jésus souligne le ca­ractère encore insuffisant de la foi de cet homme. "Si vous ne voyez des signes et des prodiges, vous ne croyez pas !" Votre foi a besoin de "se mettre sous la dent" quelque chose de concret, du merveilleux, un miracle. Jésus en appelle donc de cette foi encore intéressée à une dimension plus profonde. Pour y faire accéder cet homme, Jésus lui dit : Je ne descends pas avec toi, je ne vais pas t'accompagner, je ne vais pas me rendre auprès de ton fils en train de mourir. Va, ton fils vit ! Contente-toi de ma parole. Ne demande pas une démarche à la manière des charlatans ou des guérisseurs, ma parole doit te suffire. "Va ton fils vit !" Et l'homme crut à la parole que Jésus lui avait dite. Deuxième étape dans la foi de cet homme. Devant l'autorité de la parole de Jésus, il ne demande pas de voir, il ne demande pas de constater, il croit. Et il se met en route. Il est passé de la confiance en un homme capable de faire des miracles dont la réputa­tion est brillante à une adhésion obscure, sans preu­ves, dans la nuit, à la Parole de Jésus. Il descend et voici qu'une réponse à ce geste de confiance en la parole du Christ va lui être donnée. Des serviteurs viennent et lui disent : "Ton fils est guéri !"

Alors va se passer comme une troisième étape qui curieusement dans l'évangile semble un peu ré­gressive. Cet homme va vérifier si la guérison est bien la conséquence de la parole de Jésus. Au lieu de se réjouir purement et simplement de l'accomplissement de ce qu'il avait désiré, de la réalisation de la parole de Jésus, il demande à quelle heure s'est opérée la guérison. "C'est à telle heure" disent les serviteurs et il reconnaît que c'est à l'heure où Jésus lui avait dit : "Ton fils vit !" La démarche de cet homme revient un petit peu sur ses pas car il essaie d'asseoir sa foi non plus sur une confiance obscure, non plus sur une ac­ceptation sans condition de la parole de Jésus, mais sur une espèce de vérification. Et là il retombe dans un défaut que nous avons souvent. Nous voudrions bien croire à la Parole de Jésus, nous voulons bien croire aux articles de la foi chrétienne, mais nous ai­merions mieux avoir quelques preuves pour nous asseoir et nous appuyer sur quelques arguments pour retrouver notre équilibre. Pourtant quelque chose se passe dans le cœur de cet homme. Devant l'évidence qui lui est ainsi fournie, ses réticences se brisent et il croit avec toute sa maison. C'est-à-dire lui et sa fa­mille sont comme emportés dans quelque chose qui les dépasse et la foi proprement dite va enfin accéder dans leur cœur.

Je crois que pour les catéchumènes quelque chose d'analogue se passe. Ils sont venus pour toutes sortes de raisons, bonnes en général, plus ou moins profondes, plus ou moins essentielles. Puis au cours de leur catéchèse Jésus les a appelés à aller plus loin Ils ont eu contact avec sa Parole et un certain abîme s'est creusé devant eux où ils n'avaient plus de points de repère. Ils ont continué à marcher dans la nuit et certains d'entre eux traversent même des crises où il leur semble que cette démarche de foi leur échappe. Puis au moment de leur baptême, ce sera non pas une preuve, non pas une évidence mais une sorte de forte présence de Dieu qui va dépasser leurs espérances, dépasser leur recherche, dépasser ce qu'ils avaient voulu obtenir et qui va les plonger, au sens littéral dans une foi plus vaste que celle qu'ils avaient imagi­née ou déjà découverte. Ils seront comme immergés dans la foi de l'Église, dans la totalité du mystère de Dieu comme ce fonctionnaire royal a la fin de cet épisode.

Ceci d'ailleurs sera non pas une fin, mais le commencement d'un commencement sans fin car les catéchumènes se seront pas arrivés au terme de leur cheminement au moment de leur baptême. Nous le savons bien nous-mêmes qui avons déjà été baptisés. Tout au long de notre vie, nous ne cesserons de croî­tre, de grandir dans ce mystère de Dieu, dans cette familiarité avec la foi, dans cet approfondissement de notre cœur au contact de la Parole de Dieu.

Alors accompagnons nos catéchumènes sur ce chemin de foi. Progressons à notre tour dans ce che­min de foi. Sachons que nous n'aurons jamais fini d'entrer dans le mystère de Dieu et qu'Il nous appelle toujours plus loin, non pas tellement dans des preuves mais dans une nuit qui est confiance, et par là-même évidence, même si nous ne pouvons pas nous appuyer sur des motifs, sur des preuves, sur des circonstances exactes, mais parce que, peu à peu, la présence de Dieu nous envahit, nous remplit et nous transforme.

 

 

AMEN

 

 
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