AU FIL DES HOMELIES

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LES SIGNES DU SALUT UNIVERSEL

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de Carême – A

(11 mars 2002)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

'évangile de saint Jean est construit d'une façon assez précise à la fois avec des nota­tions géographiques, et des événements soi­gneusement ordonnés, triés, classés. L'épisode que nous venons d'entendre, la guérison du fils du fonc­tionnaire royal se situe à la fin de ce qu'on pourrait appeler : la première semaine de Jésus. Jésus va à Cana, en Galilée, et là, Il change l'eau en vin. Ensuite, il monte à Jérusalem, il change le cœur d'un judéen, le pharisien Nicodème. Il redescend en Samarie, Il change le cœur d'une femme, la samaritaine, et enfin Il revient au point de départ à Cana, et là, Il change en chant de joie le deuil du centurion.

On est parti de Cana, on est revenu à Cana. Cette première semaine de Jésus c'est, pour ainsi dire, la semaine des grands changements et des grands bouleversements. Le premier Cana, c'est un change­ment programmatique, l'eau est changée en vin, l'An­cienne Alliance va devenir la Nouvelle, le monde ancien va devenir le monde nouveau, mais d'une cer­taine manière le pouvoir qu'a Dieu de changer le monde ne s'exerce que symboliquement à travers ce qui est contenu dans les jarres. Dans le deuxième changement, celui de Nicodème, ce changement est déjà beaucoup plus ciblé, il s'agit d'un docteur en Israël, quelqu'un qui est infiniment proche de l'attente du Royaume et de la venue du Salut. Et Jésus, je ne sais pas s'Il convertit vraiment Nicodème, mais en tout cas, Il lui ouvre le cœur au programme qu'il doit accomplir pour l'humanité, "renaître une seconde fois", non pas en rentrant dans le sein de sa mère comme le comprend Nicodème dans un premier mo­ment, mais renaître une seconde fois de l'Esprit. Le troisième moment, c'est cette femme, complètement emmurée dans cette vie quotidienne un peu stupide, qui consiste à changer de mari et à aller tous les jours au puits, et Jésus change le cœur de cette femme, et le cœur des gens du village de Sychar, car à ce moment-là Il annonce la Parole à ceux qui sont dans une situa­tion tout à fait étrange, puisque "samaritain" signifie "hérétique", ceux qui transforment, ceux qui défigu­rent la vérité même de la tradition israélite. Et là pourtant, Jésus obtient un succès retentissant. On peut imaginer que le fonctionnaire royal, et son fils, est celui qu'on désigne parfois par "l'officier", est un païen. Effectivement, il a pu habiter cette Galilée dans laquelle les villages juifs et les villages païens, hellé­nistiques étaient tous mélangés les uns près des au­tres. Et donc, ici, c'est le dernier volet du changement, non plus simplement les habitants du village de Cana qui célèbrent la noce, non plus les docteurs en Israël, non plus les hérétiques samaritains qui reçoivent quand même quelque chose de la Tradition, mais ici, les païens, tout simplement.

C'est sans doute ce qui se passe ici de plus bouleversant, le signe du changement va porter sur la vie de l'enfant. C'est le père qui va intercéder pour l'enfant. D'une certaine manière ce n'est qu'indirecte­ment qu'il y aura un changement dans le cœur du père à cause de la guérison de son fils. Ce que Jésus veut faire dans un premier temps, c'est rendre ce fils, sans doute d'origine païenne, à la vie. C'est le signe le plus fort des quatre, parce qu'il est destiné à celui qui est le plus éloigné de tous les interlocuteurs et de tous les témoins des changements opérés par Jésus. C'est le signe par lequel nous est annoncé que l'œuvre de Jé­sus devient vraiment universelle, adressée à tous. C'est le signe que la conversion n'est pas simplement adressée à une catégorie de gens, mais que la conver­sion, c'est le programme de l'humanité tout entière. Désormais, il n'y a plus dans le monde aucun homme dont je puisse dire qu'il n'est pas appelé à ce change­ment que vient inaugurer le Christ. Désormais, il n'est plus d'homme que je puisse condamner pour impossi­bilité de changement. C'est cela que veut dire l'appel du Christ adressé à la foi de cet homme sans doute païen pour la guérison de son fils. C'est lui qui d'une certaine manière donne le témoignage le plus pur de sa foi, parce qu'il ne voit rien se faire, c'est après seu­lement qu'il constate. Les autres étaient les témoins directs de l'œuvre et du changement opérés par Jésus, ici, c'est un peu un miracle par "internet", c'est à dis­tance. C'est d'autant plus touchant de voir que jean souligne cet aspect-là : on est obligé de constater après que c'est bien à l'heure où Jésus avait dit la parole, que la guérison s'est effectuée. C'est parce que les païens n'ont pas la chance d'avoir le regard éveillé comme le sont les fils de la Promesse, les fils d'Abraham, même s'ils sont samaritains. C'est que les païens sont obligés d'accepter d'une certaine manière que l'œuvre du Salut et de la conversion leur soit destinée sans que vraiment ils s'en aperçoivent. Mais du coup, l'œuvre de Dieu est d'autant plus grande, parce qu'à ce moment-là, Il donne à cet homme, à cet officier royal la possibilité même d'adhérer dans la foi.

Aujourd'hui, nous sommes plutôt du côté de l'officier royal, nous sommes du côté des païens, nous sommes de ceux qui doivent témoigner par la foi, qu'effectivement le Royaume est bien pour nous et pour le monde entier. Essayons de faire de ce temps de Carême un véritable temps d'annonce, de procla­mation de ce Salut, non pas simplement réservé à nous, à nos chapelles religieuses, mais que ce soit véritablement le sens d'une conversion et d'un chan­gement que Dieu veut pour le monde entier.

 

 

AMEN

 

 
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