AU FIL DES HOMELIES

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LA VOCATION PROPHÉTIQUE DE L'ÉGLISE

Os 14, 2-10 ; Jn 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – A

(7 mars 2005)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

J

ésus lui-même avait dit : "Aucun prophète ne jouit d'égards dans son propre pays". C'est pour cette raison que les indications de lieu dans ce court passage d'évangile sont si importantes. Jésus vient de discuter avec la samaritaine, et les samaritains rejetés par les juifs, il y a passé deux jours. Puis, il arrive à Cana de Galilée, la Galilée, le carrefour des nations, ce pays si mélangé et aussi méprisé par les juifs. Or, même les Galiléens est-il dit étaient montés à Jérusalem à la fête, et ils viennent accueillir Jésus. C'est dans ce pays que ce fonctionnaire royal demande un signe. Il n'est pas forcément un étranger, mais, le fonctionnaire royal, quand on sait ce qu'était la royauté à cette époque sous la pression de l'empire romain, était un personnage très mal vu. Les fonctionnaires royaux font aussi partie de ceux qui sont mis à l'écart.

Et pourtant, Jésus va poser un signe le second signe qu'il pose à Cana, signe pour un fonctionnaire royal qui habite Capharnaüm. On peut supposer que c'est donc quelqu'un qui n'est pas recommandable, et il le fait après avoir traversé la Samarie. Pour nous, peut-être nous arrêtons-nous au fait que Jésus n'a même pas besoin d'aller voir l'enfant malade, puisqu'il le guérit à distance. Jésus le guérit sur la foi de ce fonctionnaire royal et il le guérit par sa parole. Mais ce qui me semble aussi important, c'est qu'il fasse un second signe à Cana, et qu'ensuite, ce signe soit prophétique, étant mis en parallèle avec ce que Jésus vient de dire, qu'on n'a aucun égard pour le prophète dans son propre pays.

Saint Jean le soulignera de manière remarquable lorsqu'il montre que Jésus est bien crucifié en-dehors des murs de Jérusalem, il n'est pas dans le cœur de la ville sainte, mais il est en-dehors, à l'extérieur. Il est donc important de souligner la dimension prophétique de cet acte. Pourquoi ? Parce que le prophète est bien celui qui, par ses actes et par sa parole est capable de bousculer, de changer ce qui est établi, de déranger l'homme dans ses habitudes, surtout dans ses habitudes religieuses. Une religion, dès lors qu'elle est installée, a tendance à s'institutionnaliser de plus en plus, et à ne plus laisser vivre au cœur d'elle-même une dimension prophétique, voire même charismatique.

Qu'est-ce que cela signifie ? Finalement, le religieux est d'abord pour mettre en relation, et c'est éminemment vrai pour la foi chrétienne. Notre foi doit nous mettre en relation avec Dieu. Mais si la religion devient une barrière, parce que trop institutionnalisée, elle ne joue plus son rôle, elle ne joue plus sa fonction. Ce n'est pas parce que nous penserions que la religion catholique et la vraie et que l'Église est par conséquent une, sainte, catholique et apostolique, qu'elle serait dispensée d'une dimension prophétique dans son exercice.

En effet, l'Église a peut-être trop tendance à l'instar de ce qui s'est passé pour le judaïsme, de régulariser, de ritualiser, d'enfermer, de ne plus faire que de la règle ou de la rubrique. Et dès lors que l'Église verse dans cette tendance, à faire du canonique, du rubricisme, elle enferme la dimension prophétique qui est au cœur même de sa mission. Cela est d'autant plus important qu'une religion, comme par exemple le catholicisme, ne doit pas vivre et n'est pas faite pour elle-même. L'Église en elle-même n'a aucun intérêt, si c'est pour se survivre dans ses institutions. L'Église est sacramentelle, et comme elle est sacramentelle, elle doit signifier une réalité qui la dépasse, celle d'un Dieu qui se fait proche, et qui nous donne son salut, et parce qu'elle est sacramentelle, elle en devient le moyen, c'est-à-dire ce par quoi l'homme doit accéder à l'éternité, à la grandeur, à la miséricorde, à la bienveillance de Dieu. Cette sacramentalité de l'Église doit faire jouer cette vocation prophétique où encore aujourd'hui, l'Église devrait être capable de bousculer et de déranger les habitudes de n'importe quel homme religieux, alors que parfois, elle a tendance à enfermer et à rubricard. Quand nous sommes baptisés, nous sommes dits prêtres, prophètes et rois, nous le sommes comme Jésus lui-même l'a été. Nous n'avons pas à rentrer dans le conventionnel, Jésus n'y est pas rentré non plus. Il est allé en Samarie, il est allé en Galilée et il n'a pas forcément guéri d'abord des juifs qui se pensaient les seuls à pouvoir recevoir la grâce de Dieu. Jésus a agi au cœur même d'une humanité qui avait besoin d'entendre et de vivre de Dieu.

Que notre Église sache qu'aujourd'hui sa seule vocation, ce n'est pas de se survivre, mais c'est bien de faire entendre et de faire vivre Dieu dans notre mon de. C'est cela la vocation prophétique de l'Église.

 

 

AMEN

 

 
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