AU FIL DES HOMELIES

Osée 14, 2-10 ; Jean 4, 43-54

Lundi de la quatrième semaine de carême – A

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, ce passage d'évangile nous montre la complexité de la démarche de foi. Il y a plusieurs étapes dans l'attitude de ce fonctionnaire royal. Tout d'abord, il apprend que Jésus est là et selon la rumeur, il a entendu parler des prodiges et des guérisons que Jésus accomplit, et il vient donc lui demander de descendre pour guérir son enfant.

Il a une certaine ouverture du cœur à l'égard des actes accomplis par Jésus, et il pense que Jésus peut sauver son fils, il lui demande donc de venir chez lui pour cela. Jésus est assez sceptique sur l'attitude de foi de cet homme. Il dit : "si vous ne voyez des signes et des prodiges vous ne croirez pas". Il pense donc que la foi de ce fonctionnaire royal est subordonnée aux prodiges qu'il peut accomplir, aux signes. Ce n'est pas une adhésion à la personne de Jésus, c'est une recherche sinon du merveilleux, du moins de l'efficace. Ne sachant à quel saint se vouer, comme on le dit de façon familière, ce fonctionnaire royal à tout hasard vient chercher un prophète dont il a entendu parler pour qu'il vienne à sa maison et qu'il guérisse son enfant. C'est une attitude très différente de celle qui nous est rapportée par saint Matthieu dans un récit assez analogue, où le centurion vient trouver Jésus et lui dit: "Je ne suis pas digne que tu viennes dans ma maison, mais dit seulement une parole et mon fils sera guéri". Ici, le fonctionnaire royal voudrait que Jésus vienne en chair et en os se mesurer avec la maladie de son enfant.

Devant la réponse un peu sévère de Jésus, le fonctionnaire royal garde sa supplication : "Descends, avant que ne meure mon petit enfant". Il pense toujours que la présence physique de Jésus est nécessaire pour que son enfant soit guéri. Jésus tout à la fois répond à sa demande et la dépasse et comme pour le serviteur du centurion, c'est à distance qu'il opère la guérison. Jésus lui dit : "Va, ton fils vit".

A ce moment-là se produit déjà un premier bouleversement dans le cœur du fonctionnaire royal. Devant cette affirmation de Jésus, il est saisi et il va accorder sa confiance à la parole de Jésus. Jésus a fait bien davantage qu'il lui demandait, il voulait que Jésus vienne pour guérir son enfant et Jésus lui dit : "Ton fils est vivant". Et voici que le fonctionnaire royal est tenté de le croire au point qu'il se met en route pour retourner chez lui ayant obtenu ainsi une réponse à ce qu'il demandait.

Un nouvel épisode va encore avoir lieu. Les serviteurs qui sont partis à sa recherche le rencontrent alors qu'il approche de Capharnaüm et ils lui disent qu'effectivement, son enfant est guéri. Nous attendrions qu'à ce moment-là le fonctionnaire royal se prosterne et dise à Dieu sa gratitude devant cette merveilleuse intervention de Jésus, mais nous sommes un peu troublés par ce que fait le fonctionnaire royal ? Il s'informe auprès des serviteurs pour savoir à quelle heure son fils avait été guéri, et il reconnaîtra que c'est à l'heure où Jésus lui a dit : ton fils est vivant. Sa foi est encore bien chancelante puisqu'il lui faut une preuve. Il a fait confiance à la parole de Jésus, mais sa confiance n'est que partielle puisque devant l'accomplissement de cette parole, il a besoin encore de vérification.

Tout ceci nous montre que l'acte de foi n'est pas une chose facile et simple, et souvent dans notre propre cœur comme dans celui du fonctionnaire royal il y a des va-et-vient dans notre façon de croire. A certains moments, nous faisons confiance et nous sommes prêts à obéir, et puis à d'autres moments, nous avons besoin de preuves, de confirmations, de signes visibles et tangibles. Nous sommes comme cet homme, des hésitants de la foi. Demandons au Seigneur de nous donner une foi plus totale, plus profonde, plus spontanée. Demandons lui de saisir notre cœur en profondeur et de ne pas nous laisser seulement rechercher des preuves et des confirmations, mais que ce soit la personne même du Christ qui soit la raison d'être de notre foi. Nous croyons parce que c'est lui et parce que nous avons mis en lui toute notre confiance et toute notre foi.

 

AMEN

 

 

 

 
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