AU FIL DES HOMELIES

Photos

SIGNE BAPTISMAL SANS EAU

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

(24 mars 2009)

Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

 

Jérusalem : Piscine de Bezatha 

F

rères et sœurs, vous avez remarqué que c'est sans doute un paradoxe d'utiliser ce texte de l'homme guéri à la piscine de Bezatha comme catéchèse pour le baptême, parce que Jésus donne le mauvais exemple, l'homme est guéri sans être plongé dans la piscine. On se trouve devant un de ces cas un peu paradoxaux de l'évangile de Jean, où pour montrer quelque chose, il prend le contre-pied symbolique de ce qu'on attendrait. Ce qu'on attendrait, c'est que Jésus lui dise : écoute, plonge-toi et tant pis si l'ange ne vient pas, je m'arrangerai pour te guérir. Ce serait à ce moment-là éminemment baptismal, puisqu'il y aurait le rite visible, et ensuite, il y aurait la puissance de la parole du Christ. On réaliserait presque par avance la célèbre formule de saint Augustin pour désigner le baptême : la parole arrive sur l'élément de l'eau et cela fait le sacrement. 

       Là, précisément, cela fait partie de ces complications dans saint Jean, la plupart du temps, sa théologie sacramentelle est assez libre, le signe est comme court-circuité ! Evidemment, l'évangile a d'autres buts et d'autres visées, et notamment celle-ci qui me paraît assez évidente : cet homme avait une approche de son existence et de sa guérison, qui était quand même assez limitée. Il faisait partie un peu  du nombre de ces malades (au risque de caricaturer), qui vont à Lourdes uniquement pour guérir. C'est un peu ce qui se passait. 

       Certains historiens, certains archéologues se demandent ce qu'était exactement cette piscine de Bezatha. On en a retrouvé les vestiges, juste à côté de la très belle église Sainte Anne, église des français à Jérusalem. Quand on a fouillé, on n'a pas retrouvé les cinq portiques, mais on a trouvé le système de thalassothérapie qui existait à cet endroit-là. On a retrouvé les bassins, et toute une installation qui date de l'époque de Jésus.  Malheur, et c'est peut-être pour cela que c'est intéressant, c'est qu'on a retrouvé aussi un bon nombre de statues de dieux païens, Esculape etc… Ce lieu de la piscine de Bezatha était extrêmement ambigu. Elle était à quelque cent cinquante mètres du Temple, presque au bord de l'esplanade du Temple, juste au nord de cette esplanade. 

       Ce lieu n'était pas tout à fait kasher ! C'était une de ces subsistances, un de ces emprunts des cultes païens qui pratiquaient aussi des guérisons par les bains, comme à Aix-en-Provence, c'étaient des eaux minérales. L'ambiguïté de ce "sanctuaire" à moitié païen et à moitié judaïsé était assez troublante. Il n'est pas impossible que Jésus, précisément y ait réalisé un rite baptismal sous les yeux de ses disciples dans un lieu au moins ambigu. Dans ce lieu qui n'était pas sans rapport avec le paganisme, Jésus reprend le leitmotiv radical de ce qui constitue tout son ministère. Indépendamment du geste ici, puisqu'il demande au paralytique simplement de se lever et de prendre son grabat, il l'invite à faire un acte de foi. 

       On retrouve ici ce qu'on retrouve dans plusieurs autres passages de l'évangile, que c'est dans la correspondance de la présence de Jésus qui vient annoncer d'offrir le Royaume plus spécialement aux pauvres, aux malades et aux démunis, et d'autre part l'attitude de foi qui consiste à accueillir son Royaume, quel que soit le milieu, quel que soit le contexte, ici un contexte un peu équivoque, celui d'une tradition juive fortement mâtinée de traditions et de rites païens, la puissance du salut de Dieu s'y manifeste. 

       C'est pour cela que ce texte reste pour nous d'une grande actualité. Nous vivons aussi dans un monde assez fortement paganisé. On pourrait dire que ce monde avec son souci de guérir, d'enrichir, d'améliore, de faire toujours le mieux possible avec des moyens les plus prestigieux ressemble un peu à cette piscine de Bezatha. Mais ce qui compte, c'est le mouvement même de la foi de celui qui est interpellé par la venue du Royaume, interpellé par le Christ. 

       De ce point de vue-là, nous sommes chacun des grabataires, nous sommes chacun dans cette souffrance, cette incapacité à nous guérir nous-même, et ce que le Christ nous demande, c'est tout simplement d'accepter cette possibilité qui nous est ouverte d'entrer dans le Royaume de Dieu en lui faisant confiance. 

 

       AMEN


 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public