AU FIL DES HOMELIES

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 LE FILS NE PEUT RIEN FAIRE DE LUI-MÊME

Os 6, 1-6 ; Jn 5, 19-30

Mardi de la quatrième semaine de carême- B

(23 mars 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Egales l'une à l'autre mais si différentes

 

D

 

epuis jeudi dernier nous lisons en continu l'évangile de saint Jean. Dès le début de la vie publique du Christ, saint Jean nous montre l'affrontement de Jésus avec ceux qu'il appelle les juifs, c'est-à-dire les chefs du peuple, les grands prêtres et les pharisiens. Le texte d'aujourd'hui fait immédiatement suite au miracle de la guérison du paralytique de la piscine de Bethesda, guérison opérée par Jésus le jour du sabbat, qui, ainsi semble violer la loi de Moïse et excite contre Jésus la colère des pharisiens, de ces juifs légalistes qui faisaient passer l'observance de la Loi avant la miséricorde de Dieu ému de compassion par un homme malade.

C'est pourquoi Jésus, dès le début de cette page, répond aux juifs que son Père ne cesse d'agir. Dieu est jaillissement de dynamisme et de vie et, Lui aussi, le Fils, agit comme le Père, c'est pourquoi il n'a pas à considérer les temps et les moments et à interrompre cette action divine sous prétexte que c'est le sabbat qui n'est qu'une loi donnée aux hommes. Et tout de suite les juifs comprennent que Jésus, parlant de son Père et identifiant son action à celle du Père, se fait l'égal de Dieu. C'est pourquoi, déjà, ils décident de le faire périr. C'est donc tout le drame de la Passion qui commence dés maintenant. Mais je voudrais particulièrement insister sur la double face de l'enseignement de Jésus dans cette page d'évangile.

Tout en se faisant l'égal du Père et affirmant que les privilèges du Père appartiennent également au Fils, puisque le Père qui est la vie, qui peut donner la vie même aux morts, a remis entre les mains du Fils ce pouvoir de donner la vie, ce pouvoir de ressusciter les morts, et Jésus affirme que c'est à sa voix que les tombeaux s'ouvriront et que les morts surgiront pour une résurrection de vie éternelle ou pour une résurrection de jugement, Dieu a remis entre les mains du Fils le pouvoir de donner la vie. Et dès maintenant, avant même que nous soyons passés par notre Pâque, c'est-à-dire par la mort pour arriver à la résurrection éternelle, dès maintenant le Fils nous donne la vie. Nous sommes sans cesse vivifiés par cette parole du Christ.

Également, le Père remet entre les mains du Christ le jugement, c'est-à-dire le jugement dernier, l'accomplissement de toute chose, quand l'univers tout entier sera introduit dans le monde nouveau, mais aussi de jugement qui, dés maintenant, s'accomplit au secret de nos cœurs, par lequel la Parole du Fils nous juge, c'est-à-dire sépare en nous ce qui adhère par la foi à sa Parole et ce qui la rejette et qui par là même se rejette et s'exclut du Royaume.

Le Fils donc, est en tout l'égal du Père. Il a reçu de Lui le pouvoir de ressusciter les morts et le pouvoir de juger les vivants et les morts. Mais, en même temps Jésus affirme également qu'Il n'est rien en dehors du Père. Si le Père lui a tout remis, Jésus n'a rien qui lui appartienne en propre. Sa volonté n'est pas sa volonté mais la volonté de Celui qui l'a envoyé. Et Jésus dit : "Je ne peux rien faire de moi-même". Je ne peux faire que ce que je vois, ce que le Père me montre, ce que j'entends de Lui. Ainsi Jésus est entièrement dépendant du Père, entièrement suspendu à ce regard d'amour du Père qui le fait être tout ce qu'Il est. C'est donc le mystère de l'intimité du Christ avec son Père qui nous est révélé dans cette page d'évangile. Intimité qui fait que Jésus est totalement issu du Père et qu'Il n'a en Lui rien qui ne vienne du Père, et qu'Il ne peut en aucune manière se glorifier en dehors du Père, car Il se reçoit totalement. Et en même temps, se recevant totalement du Père, le Père se donne totalement à Lui. Et Jésus est tout ce qu'est le Père. Et il n'y a rien que le Père se réserve en propre et qu'Il ne communique à son Fils. C'est pourquoi son Fils lui est parfaitement égal, et Il est Dieu comme le Père est Dieu.

Mystère de cette intimité, de cette dépendance, qui étant dépendance d'amour n'établit pas une infériorité du Fils à l'égard de son Père, mais au contraire qui fait du Fils l'égal en tout de son Père. Car le véritable fruit de l'amour est de parvenir à la parfaite identité, à la parfaite égalité entre celui qui aime et celui qui est aimé. C'est dans ce mystère d'amour qui ainsi, fait du Fils et du Père un unique Dieu en plusieurs personnes, parce que ce sont des personnes étroitement unies par cet amour infini c'est dans ce mystère d'amour que nous sommes appelés, que nous sommes attirés, que nous devons être introduits.

Si le Christ est venu sur la terre c'est pour nous entraîner, avec Lui, dans l'amour du Père. Et c'est cela qu'Il accomplira par ce chemin de la croix qui déjà, dans cette page d'évangile se prépare. Déjà, en quelque sorte, les ennemis de Jésus commencent à fourbir leurs armes pour pouvoir l'anéantir, ou comme ils le croient. l'anéantir. Mais Lui, dans ce chemin de la croix, dans ce chemin de passion et de mort, apportera la Vie, apportera la Résurrection, nous apportera l'entrée dans le Royaume l'entrée dans l'intimité du Père, la plénitude de l'amour.

Que ce temps du carême soit pour nous cet apprentissage de l'amour de Dieu, cet apprentissage de l'amour que Dieu nous donne, que Dieu met en nous et que nous devons, à notre tour, répandre autour de nous pour que l'amour de Dieu remplisse tout l'univers.

 

AMEN

 

 
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