AU FIL DES HOMELIES

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AMOUR JALOUX, AMOUR DE TENDRESSE

Si 48, 1-2 b ; Mc 6, 14-29

(15 mars 1983)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Élie, comme un feu …

L

 

e hasard de la liturgie, peut-être la providence de Dieu a voulu que pour ce dernier jour avant le carême, la lecture continue de l'évangile de saint Marc nous parle de Jean-Baptiste et de son martyre, au moment même où la lecture du cycle d'Élie se concluait par ce texte de l'Ecclésiastique qui était comme le résumé de la gloire et de la mission du grand prophète qui a traversé l'Ancien Testament.

Or dans la pensée juive contemporaine de Jésus, on attendait le retour d'Élie pour préparer les voies du Messie et Jésus Lui-même a dit de Jean-Baptiste qu'il était en vérité le nouvel Élie. Il y a donc entre ces deux personnages, Élie celui dont la personnalité a si profondément marqué l'âme d'Israël et Jean-Baptiste celui qui se tient à l'orée du Nouveau Testament, celui qui introduit le Messie, il y a entre ces deux personnages une parenté profonde. Cette parenté nous pourrions peut-être la définir par une image, celle que nous fournissait le livre de l'Ecclésiastique : "Élie se leva comme un feu !" Élie et Jean-Baptiste sont des âmes de flamme, des âmes dévorées par le feu de l'ardeur de Dieu.

D'abord le feu de la colère de Dieu car Élie a revendiqué ces droits imprescriptibles de Dieu, ce droit absolu de l'unique qui seul doit être adoré, qui seul a le droit de régner sur l'univers, devant qui toute chair doit se prosterner en tremblant. Élie, celui qui, au mont Carmel, a réduit à néant les prétentions des faux dieux et de leurs faux prophètes, Élie qui s'est impitoyablement opposé à toutes les injustices, à toutes les exactions, à toutes les fausses puissances des rois d'Israël, Élie qui a été emporté dans un char de feu, dans un tourbillon de flamme, symbole de cette prédication à la fois terrible et exigeante et qui allait jusqu'au fond du cœur de ses auditeurs, pour condamner, pour séparer les scories de l'or pur, pour permettre à chacun d'être délivré de ce mal qui, sans cesse ronge le fond des cœurs, afin qu'apparaisse la gloire de Dieu.

Et Jean-Baptiste, lui aussi, a été ce feu de la violence de Dieu, ce feu qui annonçait que toute chose allait être brûlée, que toute chose passerait sous la colère de Dieu, que tous les hommes seraient jugés et que la bale serait jetée au vent pour être dispersée aux quatre coins de l'univers.

Ce feu de la violence, ce feu de la colère, ce feu de la jalousie de Dieu, c'est aussi le feu de son amour, car l'amour de Dieu n'est pas un sentiment doux et facile. L'amour de Dieu n'est pas quelque chose qui serait à notre portée et qui ferait partie de cette mélodie douce et harmonieuse dans laquelle nous aimons confortablement installer notre vie spirituelle. L'amour de Dieu, cela nous est dit assez souvent est un feu dévorant. Et si c'est la même image qui désigne à la fois la colère de Dieu et son amour c'est peut-être parce que l'amour de Dieu a cette violence, cette puissance, cette exigence, cette force de la colère de Dieu, c'est parce que la colère de Dieu n'est qu'une image de cet amour jaloux, de cet amour exigeant, de cet amour qui nous appelle jusqu'au plus profond de nous-mêmes.

Je crois que nous aurions tendance à interpréter trop facilement la loi d'amour que le Christ est venu apporter, le renouvellement de toutes choses par le Nouveau Testament, comme si, à ce sentiment de force, de puissance de Dieu devait succéder de façon exclusive l'humilité, la douceur, une certaine tendresse de Dieu que nous aurions tendance à prendre pour quelque chose d'un peu douceâtre, à la limite. Non, je crois que l'amour de Dieu, celui que le Christ est venu nous dire, nous révéler quand il s'est incarné, cet amour qui est un amour passionné, cet amour est toujours le même amour exigeant, le même amour jaloux, le même amour violent dont Élie et Jean-Baptiste ont été les témoins. Et pour que nous comprenions toute la porté de ce message du Christ, il faut que nous ayons d'abord ce sentiment de l'adoration devant l'infini de Dieu, que nous sachions nous prosterner devant l'absolu de Dieu.

Dieu reste le tout autre, Celui qui est infiniment au-delà de toutes les limites de ce que nous pouvons non seulement désirer, mais même penser ou imaginer. Dieu est Celui dont l'immensité écrase la petitesse de nos pensées, de nos regards. Et c'est sur ce fond d'adoration, sur ce fond de prosternement, qui doit être la base de toute notre vie spirituelle, que prendra tout son sens la douceur, la tendresse de Dieu. Car cette douceur et cette tendresse ne sont pas faiblesse, ne sont pas sénilité, mais c'est le coté intime, infiniment proche de Celui qui infiniment autre que nous, infiniment mystérieux.

Et plus nous avons le sens du mystère de Dieu, plus nous avons le sens de la grandeur et de l'absolu de Dieu, plus nous serons prêts à comprendre, en profondeur, quelle merveille est cette douceur, cette tendresse, ce don que Dieu nous fait de Lui-même et ce désir qu'Il a de nous introduire dans l'intimité de son cœur.

Alors, préparons-nous à ce temps de carême dans l'adoration. Sachons nous prosterner devant Dieu, devant l'infini de sa gloire, afin que nous puissions, pas à pas, tout au long de ce carême, découvrir son pardon et sa miséricorde, sa tendresse et sa douceur et, finalement, nous prosterner devant sa croix où la gloire de Dieu se manifestera dans ce don infini qu'Il fera de Lui-même à chacun de nous.

 

AMEN


 
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