AU FIL DES HOMELIES

Photos

GUÉRISON A LA PISCINE PROBATIQUE

Gn 7, 1+4-5+10+23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la quatrième semaine de Carême – A

(3 avril 1984)

Homélie du Frère Michel MORIN

Bethesda : Marche !

U

 

ne guérison de plus qui conduira Jésus à la mort sur la croix puisque, après que les pharisiens aient connu le nom de l'homme qui avait guéri ce paralytique, ils décidèrent, de façon encore plus ferme, sa mort. Cette mort, elle ressemblera d'ailleurs très fort à ce qui s'est passé ce jour-là à la piscine de Bézatha. Cet événement est une figure, une approche, une annonce de ce qui va bientôt s'accomplir dans la Pâque du Christ.

La piscine de Bézatha est située hors de l'enceinte de la ville, tout près du Temple. Elle était alimentée par les eaux de pluie. Elle était construite en deux grands bassins avec cinq portiques : quatre sur les côtés et un au milieu séparant les deux bassins. Elle était appelée piscine des brebis parce que les brebis, les boucs, les béliers qui étaient amenés, morts, de Jérusalem pour l'offrande des sacrifices au Temple, étaient purifiés, lavés, nettoyés dans ces eaux avant que les grands-prêtres ne les offrent en holocauste.

Sous les portiques de cette piscine gisaient donc une immense foule de boiteux, de paralytiques, une foule qui ressemblait à ces multiples brebis qui sont "accablées et malades et frappées parce qu'elles n'ont pas de berger" selon la parole même du Christ. Et l'ange du Seigneur descendait régulièrement dans ces eaux et le premier qui descendait dans le bouillonnement était guéri. C'est là, je pense, que s'ouvre pour nous l'annonce du mystère du Christ.

Saint Augustin commentant cet évangile, reprend ce que disait Isaïe en parlant de l'ange du Grand Conseil, et affirme que cet ange c'est le Christ Lui-même qui descendra dans les eaux de la mort, ces eaux où étaient plongés les cadavres des moutons. C'est le Christ qui est l'Agneau de Dieu offert en sacrifice sur la croix, qui descendra dans les eaux de la mort pour que ces eaux ne soient plus celles où sont enfouis des cadavres, mais celles d'où jaillissent des vivants.

Le Christ est venu pour accomplir la Loi. Saint Augustin dit encore que les cinq portiques de cette piscine sont l'image des cinq livres de la Loi de Moïse. Dans ces cinq livres sont scellées les premières alliances, et de ces cinq livres jaillira, un jour, dans la personne du Christ "l'alliance nouvelle et éternelle" scellée dans son sang et dans sa mort. Mais de façon encore plus forte et plus mystique, saint Jean Chrysostome dit que ces cinq portiques sont les cinq plaies du Christ. C'est dans l'humanité du Christ que l'humanité malade, pécheresse, abandonnée gît. C'est des blessures du Christ qu'elle attend son salut. C'est en entrant dans ce sang qui coule des blessures du Christ que ces brebis que nous sommes, abandonnées et près de la mort, retrouveront le Pasteur et la Vie.

Le Christ, c'est Celui qui est plongé dans l'eau. C'est aussi cet ange du Grand Conseil qui, comme le dit Isaïe, vient pour que cette eau ne soit pas une eau de mort mais une eau bouillonnante de vie, une eau jaillissante de vie. Et non seulement nous y serons lavés, comme les brebis pour le sacrifice, mais nous y serons guéris. Ces eaux sont, bien sûr, l'image de celles du baptême dans lesquelles nous sommes descendus parce que le Christ Lui-même nous y a plongés et dans lesquelles nous trouvons le salut, la guérison et le pasteur.

"Prends ton grabat ! Marche !" et désormais "Suis-Moi !". Je ne suis pas venu seulement te laver comme les eaux. Je ne suis pas venu seulement te guérir comme un médecin. Je suis venu comme un pasteur pour te conduire. Et te conduire là même où je suis passé, te conduire dans la Jérusalem nouvelle. Car c'est non plus à l'extérieur de Jérusalem, dans la piscine où le malade a été guéri, mais c'est au cœur même de la ville, dans le temple que Jésus le rencontre et lui dit : "Désormais, marche, lève-toi !" Ne sois plus un paralysé, mais sois un vivant dans le Royaume de Dieu.

Le Christ passera par ces eaux de la mort, ces eaux qui vont bouillonner sous la force de sa Résurrection, dans laquelle, nous-mêmes, nous sommes désormais plongés et où nous trouvons notre guérison et notre guide pour la vie. Et c'est dans la Jérusalem Nouvelle que nous aurons, désormais, à marcher vers cette Jérusalem où le Christ, dans sa mort et dans sa résurrection, nous attend.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public