AU FIL DES HOMELIES

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EAU QUI GUÉRIT, EAU QUI DÉTRUIT

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la quatrième semaine de carême

(19 mars 1985)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

L

 

es deux textes que nous venons d'entendre ont trait au mystère du baptême. Dans l'évangile, il nous est présenté l'eau comme source de vie. C'est l'eau qui bouillonne sous l'action de l'Esprit, c'est l'eau qui guérit, c'est l'aspect positif du baptême qui nous donne l'Esprit bouillonnant, vivifiant, qui vient guérir, restaurer, renouveler notre être, qui nous est ainsi proposé.

Dans l'autre lecture, le récit du Déluge nous présente un tout autre symbolisme de l'eau : c'est l'eau qui détruit, c'est l'eau de la mort. En effet si, d'une façon naturelle l'eau est bien ce qui arrose les plantes, qui étanche la soif et qui est nécessaire à la vie, l'eau c'est aussi la tempête, le raz-de-marée, l'inondation, la force des vagues qui détruit. C'est pourquoi, dans la mémoire de l'homme, l'eau est tout à la fois symbole de vie et symbole de mort.

L'eau du déluge, c'est celle qui détruit le pé­ché, qui détruit les forces du mal et qui, ainsi, purifie la terre de tous les germes de péché et de mal qui la rongent. C'est aussi un aspect du baptême que d'être, en nous, purification du péché, destruction des forces du mal, lutte contre Satan l'ennemi et toutes les puis­sances de mort qu'il déploie. De même que, par le Déluge, tous les êtres pervers qui étaient sur la terre, ont été détruits, de même, par le baptême, toute se­mence de mal est fondamentalement arrachée du fond de notre cœur.

A vrai dire, ce texte du Déluge a une signifi­cation plus profonde et plus complexe, car non seu­lement l'eau détruit le mal, mais en même temps l'eau est aussi ce qui sauve. Elle a en même temps une ac­tion positive puisque, par le moyen de l'Arche, Noé se trouve sauvé par les eaux. Il est à la fois sauvé par les eaux de la destruction des eaux. Le baptême est à la fois ce qui sauve et ce qui détruit. Le baptême est à la fois force de mort et force de vie. Force de mort à l'égard de ce que Saint Paul appelle en nous "le vieil homme", l'homme pécheur, à l'égard de ces monstres qui sont dans les eaux et qui dans la Bible sont la fi­gure de Satan et des anges diaboliques, force de mort à l'égard du péché, mais aussi force de salut et de vie de l'homme nouveau, entrée dans la vie nouvelle et dans la vie éternelle.

Mais, plus encore que juxtaposition d'un symbolisme négatif et d'un symbolisme positif, plus encore que juxtaposition d'une force de destruction et d'une force de guérison, plus encore que juxtaposition de la mort et de la vie, le baptême est le mystère de la vie qui jaillit de la mort. Saint Paul nous le dit :"Le baptême nous fait entrer dans la Pâque du Christ" dans ce mystère du Christ qui a voulu se soumettre à la mort, subir la mort, souffrir jusqu'en sa plus grande profondeur la destruction de la mort, pour faire jaillir, de cette mort, la vie. La Pâque du Christ c'est le mys­tère de ce retournement que l'amour de Dieu opère au plus profond de l'abîme. C'est au moment où le Christ a pris sur Lui tout ce qu'il y avait de plus dramatique, de plus négatif, de plus mortel dans notre condition et dans notre histoire, c'est au moment où le Christ a pris sur Lui, même notre péché, source de tout ce qu'il y a de mal, c'est à ce moment-là qu'Il a fait de cette mort la source de la vie. Parce qu'Il est mort non pas en subissant la mort, mais en la choisissant librement et par amour, Il a porté au cœur de cette mort la seule force qui était capable de la vaincre et qui est cet amour plus fort que la mort, source de la résurrection.

Par le baptême, nous entrons dans ce mystère de la mort et de la résurrection du Christ et Saint Paul dit :"Ceux qui sont baptisés sont plongés dans la mort du Christ", plonges dans la Pâque du Christ, pour pouvoir ressusciter, sortir vivants, avec Lui de la pis­cine baptismale. Et ainsi tous ces symbolismes si an­ciens, qui datent de générations antérieures au Christ, dont certains sont purement naturels, viennent converger dans cet ultime mystère qui merveilleuse­ment, les rassemble et qui est celui de la Pâque de Jésus. Ce qui finalement donne son sens ultime au symbolisme de l'eau et au baptême, c'est la Pâque de Jésus, c'est l'amour de Dieu qui porte la vie au cœur même de la mort. Nous tous qui sommes baptisés, nous vivons chaque jour, ce mystère de la vie qui est plus forte que la mort, de la vie qui jaillit de la mort, de la force de Dieu qui est plus forte que les forces du mal.

 

AMEN

 
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