AU FIL DES HOMELIES

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GUÉRISON D'UN PARALYTIQUE

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la quatrième semaine de carême – C

(7 mars 1989)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

I

l y a dans cet évangile la trace d'une intention nette de la part du Christ de conduire pas à pas à la fois le paralytique ainsi que les interlocuteurs ou le public qui l'entourent vers une découverte. Tout n'est pas dit d'un seul coup. Jésus prend le temps de revenir. Par trois fois, Il rencontre ce paralytique à qui Il découvre progressivement qui Il est. Il est vrai que le paralytique ne sait pas qui est celui qui lui a dit : "Prends ton grabat !" prends ta misère, prends ton péché, prends ta blessure "et marche !" Il a entendu l'ordre, il a pris ce qui était signe de sa misère et qui l'attachait au sol, il a pris son esclavage dans ses mains et il s'est avancé, libre. En effet, l'homme qui parle ainsi au paralytique est Celui qui libère des chaînes qui retenaient celui qui était paralysé, qui l'empêchaient même de faire le geste de demander la guérison puisque personne ne pouvait le porter vers la piscine où parfois l'eau bouillonnait.

Ainsi Jésus se découvre progressivement et se déclare comme Celui qui commence à parler, à livrer une Parole, un Parole qui permet de délivrer. Il ne dit pas qui Il est. Ce qu'Il est va être dit derrière cette parole qui guérit.

C'est ce que nous disons tous ensemble, avant même de recevoir le corps du Christ, dans une révéla­tion totale : "Dis seulement une parole et je serai guéri !" La parole précède la révélation de l'être même de Dieu. Il y a comme une distance entre nous et Jésus, distance qui semble nécessaire. Il y a une singularité de cette distance qui signifie que, même si Dieu vient nous chercher nous délivrer, Il ne peut annuler cette distance qui est la condition nécessaire pour que nous ayons la foi.

En effet lorsque des athées, des incroyants, des "mal-croyants" (comme on dit puisque le terme est à la mode), invoquent comme argument l'absence et le silence de Dieu, nous ne savons que répondre car il nous semble que cette absence et ce silence de Dieu sont comme l'argument négatif le plus difficile à contrecarrer, à réfuter pour pouvoir pressentir et prouver l'existence de Dieu.

Or dans cet évangile il est la preuve que c'est un argument positif, il est la preuve même que Dieu ne s'impose pas mais que la façon dont il se révèle c'est dans une distance réelle qui respecte la liberté de l'homme et dans laquelle nous puissions nous aussi nous ébattre, prendre notre grabat qui nous lie à cette terre et marcher, afin que, dans cette liberté, lorsque nous prenons acte de notre péché, nous puissions reconnaître Jésus comme l'auteur de notre délivrance mais dans une seconde étape après la délivrance.

Cette absence ou ce silence que nous inter­prétons négativement est plutôt un argument positif de la force et de la puissance de Dieu qui ne s'impose pas contre la liberté de l'homme, mais qui vient comme en épouser le contour. C'est une autre façon de voir le silence de Dieu que de le croire absent ou indifférent par rapport aux maux ou aux malheurs de ce monde, mais qui en laisse le déploiement réel et non pas anarchique, afin que, dans ce déploiement, l'homme se tourne librement, sa chaîne dans ses bras, et reconnaisse Celui qui l'a délivré. Le salut est venu avant, mais la reconnaissance vient après et elle vient dans l'acte de foi qui nous est demandé de reconnaître en Celui qui est salut le visage même du Christ, Fils de Dieu. Jésus ne veut pas qu'on s'arrête à Lui-même. Il veut qu'on passe à travers Lui pour aller plus loin et pour revenir à la source, au Père. Et c'est la conclu­sion de l'évangile. C'est une nouvelle distance qui est ajoutée à la première car Jésus n'est que le chemin qui nous emmène un peu plus loin, vers ce Dieu que nous pouvons appeler Père grâce à Lui.

Ainsi, d'étape en étape, c'est comme le chemin de la vie qui est dessiné pour nous. A travers ses traits, à travers les actions qu'Il a faites pour nous, il nous est demandé de reconnaître les traits mêmes et l'action de Dieu, car Il est Dieu et Il révèle totalement Dieu.

Alors, dans une certaine nuit de notre foi que nous pouvons considérer à tort comme un poids, comme un manque, essayons de la voir plutôt positi­vement comme un moyen pédagogique que Dieu a déployé afin de nous exercer à la vraie liberté et donc à la vraie foi. C'est la perche tendue pour que nous nous prononcions, dans une foi réelle, pour Lui afin qu'Il soit vraiment l'auteur de notre salut. Demandons-lui ainsi d'avancer, libérés de nos péchés, de notre servitude de ce monde, et de reconnaître qu'Il est le seul Sauveur.

 

AMEN

 

 

 
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