AU FIL DES HOMELIES

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LA FENÊTRE SUR LE TOIT

Gn 7, 1-23

(12 mars 2002)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

Montmort : Arche de Noé

E

n écoutant le récit du déluge dont nous avons lu un extrait, je me posais la question de savoir à quel mythe, quel rêve correspondait cette construction, archétype symbolique, puissante, d'engloutissement dans la mer, de rangement à l'intérieur de cette étable flottante, de cette tour de trois étages, qu'est l'arche de Noé, la "caisse" comme le dit l'hébreu, cette espèce de maison avec des petits détails de symbolique assez intéressants. Il y a une fenêtre qui est au-dessus de l'arche et qui ne permet que de voir le ciel mais pas l'horizon. Et j'imagine que cette caisse, ce bateau, cette maison, est secouée de part en part, que les animaux tremblent sur leurs pattes grêles, (les éléphants ce n'est pas le cas …) et que tous ces animaux se tiennent comme au chaud. Comme si Dieu avait mis à l'écart un petit morceau de terre, un petit morceau de création bien trié, bien exemplaire, avec Noé, ses fils et les femmes de ses fils, comme s'Il allait penser à reconstruire la création.

On peut y lire quelque chose de nous-mêmes qui sommes secoués par les évènements de la vie, nous sommes comme à l'abri ici dans l'église, en quelque sorte, comme si on y avait rassemblé un petit bout de la création, et Dieu y reconsidère tout l'ensemble de la création. C'est vrai que l'engloutissement du bateau dans l'eau, ou le fait de sa fragilité sur le haut des vagues les plus monstrueuses, a toujours effrayé notre imaginaire et en même temps l'a enrichi (en référence au Titanic, sous-jacent à mon texte !) et vous trouvez derrière toutes ces symboliques profondes de l'eau, de la nuit, de l'arche, du déchaînement de la violence, en fait quelque chose qui est dit de façon très simple sur la condition de l'homme face au Mal. On retrouve d'ailleurs cette même symbolique dans les psaumes de façon plus étalée, mais elle est ici comme rassemblée. Ce texte a été conçu pour frapper notre imaginaire, pour s'y inscrire, pour qu'il reste vivant comme une image active qui ensemence notre imaginaire et qui nous ouvre à l'idée que c'est de cette manière que Dieu nous tire, et tisse avec chacun de nous une Alliance sur laquelle Il ne reviendra pas.

Nous sommes à la fois hors de l'Arche et dans l'Arche, nous sommes tirés des eaux, sauvés et en même temps, nous sommes encore dans cet édifice flottant, menacés par les vagues du Mal qui risquent de nous submerger. Mais, c'est étanche. Ce qui ne veut pas dire que nous soyons à l'abri des autres, cela veut dire qu'il y a une sorte de protection voulue par Dieu. Au fond, Il nous préserve. Le Mal ne pourra pas nous atteindre autant qu'il a atteint peut-être Job, du moins c'est ce que dit le texte pour l'instant, d'autres passages viendront contredire. La Bible joue sur les images et nous retrouvons en chaque image quelque chose qui nous permet de nous représenter Dieu. Nous représenter Dieu, c'est nous permettre de reprendre fermement le chemin que nous avons à mener vers Lui. Nous ne pouvons pas aller comme cela dans le vide. Il faut bien que des images viennent enrichir, nourrir, activer notre envie de Dieu. Cette image de l'Arche que nous entendons aujourd'hui nous assure que nous sommes choisis, emmenés. Cela n'empêche qu'à l'extérieur c'est remuant, largement, et les textes de la tempête apaisée peuvent faire écho du texte de Noé. Nous sommes emmenés, choisis vers une Alliance qui elle, n'aura pas de fin.

Que ce texte continue dans l'imaginaire, à nourrir notre regard vers le ciel, comme cette fenêtre que Dieu avait mise au sommet de l'Arche, car c'est de ce ciel que vient l'espérance, et que vient la Présence de Dieu, réelle, bénie, et fidèle à jamais en chacune de nos vies.

 

AMEN

 

 
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