AU FIL DES HOMELIES

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LE SALUT DE DIEU

Gn 7, 1-23

(31 mars 1992)

Homélie du Frère Michel MORIN 

 

Pyrénées : Pont d'Espagne 

N

oé, sa femme et les autres n'avaient rien demandé à Dieu et ils furent presque malgré eux sauvés, sauvés du Déluge et de la destruction. Noé était un juste, un homme droit, mais ce n'est pas pour cela qu'il a été sauvé car avec sa justice et sa droiture, sous la pluie, dans le déluge, il aurait péri au milieu de tous les animaux noyés.

Le salut de Dieu ne vient que de Dieu. Le salut de Dieu s'étend à toute l'humanité à toute la Création. Le salut de Dieu est un don gratuit. Celui qui le reçoit ne l'a peut-être pas demandé. Ce salut de Dieu n'est pas individuel, il ne fut pas donné uniquement à Noé, mais à toute sa famille et à toute la terre, tout le monde est sauvé.

       Le paralytique de Betzatha demandait, demandait, demandait que quelqu'un puisse le balancer dans la piscine au moment du plongeon de l'ange. Une scène un peu curieuse à vrai dire, si on la prend selon les termes mêmes. Je ne sais pas si un exégète pourrait se lancer sur cette piste mais, personnellement sans être exégète, j'aimerais bien regarder un peu ce qui se passe, mais avec un regard un peu poétique. Donc cet homme attend le salut et rien ne vient. Il est là depuis trente-huit ans. C'est la longueur d'une vie humaine au temps de Jésus. C'est la longueur de l'Exode de quarante ans. Il est là, avec son mal, au milieu des autres, paralysé, menant un peu une vie de "rampant". Et il sera guéri, mas pas en tombant dans l'eau. Il sera guéri simplement, sans le vouloir lui-même, ou plus exactement sans qu'il l'attende vraiment, lorsque Jésus paraîtra devant Lui et lui dira : "Veux-tu être guéri ?" et le paralytique répondra : "Oui, je le veux !" Alors Jésus reprit : "Lève-toi, prends ton grabat et marche !" Entre dans la terre des vivants !

       Ces quelques notations sont importantes pour nous. Le salut de Dieu est un don. Tout homme en est destinataire, même s'il ne le demande pas, parce que Dieu sait que tout homme en a profondément besoin pour ne pas être emporté dans les eaux du mal, du déluge et de la mort. Ce baptême, nous l'avons reçu nous-même au début de notre vie, mais l'évangile de ce jour nous signifie que ce baptême ne sera vraiment achevé que dans le face à face avec Jésus, car un jour, nous qui sommes au bord des eaux sans toujours en vivre pleinement, nous qui sommes déjà quand même "mouillés" par la grâce de Dieu, nous le savons bien, si nous avons un peu de lucidité sur nous-même, que notre vie est souvent celle d'un grabataire, que nous souvent plus souvent parmi le monde des morts que des vivants, que nous sommes toujours paralysés, que nous sommes toujours malades, que nous sommes toujours à la mort. Il y a dans notre vie un goût de mort. Et cela durera trente-huit ans, symboliquement, c'est-à-dire jusqu'à notre dernier jour. Non pas que la grâce baptismale soit inefficace, mais au contraire, Jésus le dit : "Mon Père travaille toujours et Moi aussi Je travaille!" Ce travail de la grâce n'est pas toujours visible ni toujours sensible et il est bien souvent ralenti par notre propre inertie, par nos propres obstacles. Cependant, au bout de ces trente-huit ans, au bout de ce terme, nous apparaîtra le Christ Vivant. Et Lui nous dira : "Veux-tu être vraiment guéri ?"

       Nous avons reçu le baptême, vous et moi, sans le vouloir, mais nous n'entrerons pas au paradis, à la fin, sans le vouloir. "Veux-tu être guéri ?" Notre vie chrétienne, c'est cet apprentissage extrêmement lent, plein de patience, plein de persévérance, en attente que quelqu'un, enfin, vienne nous chercher, nous relève et nous emporte dans la terre des vivants. La leçon du paralytique c'est au fond une leçon d'infinie patience pour nous, une leçon de persévérance, une leçon de constance. Nous ne serons sauvés définitivement et totalement que lorsque cette grâce du baptême s'accomplira en nous. Et son accomplissement c'est l'apparition du visage même de Jésus Ressuscité.

       Que cette eucharistie nous rappelle ce chemin fondamental qui nous mène de notre baptême dans l'eau jusqu'à l'apparition du Seigneur Jésus. Ce sera alors notre pâque, quand nous nous lèverons, vivants parmi les vivants. Alors le Christ Lui-même portera notre grabat comme Il a porté sa croix. Et c'est ainsi qu'avec Lui, pour l'éternité, nous pourrons vivre de cette justice, de cette sainteté, de cette vie.

       AMEN


 

 

 
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