AU FIL DES HOMELIES

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LE SIGNE DE L'EAU

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la quatrième semaine de carême – B

(12 février 1991)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

N

ous avons entendu tout à l'heure une partie du récit du déluge. Ce texte est lu au titre de la préparation des catéchumènes au baptême. L'eau qui est le signe utilisé par l'Église, à la suite de Jésus et de Jean-Baptiste, pour le sacrement du bap­tême, l'eau est riche de signification symbolique. L'eau, parce qu'elle lave dans le bain est signe de puri­fication, l'eau, parce qu'elle est indispensable à la vie soit qu'on arrose les plantes, soit que les hommes et les animaux boivent, l'eau est symbole de la vie que Dieu veut nous communiquer.

Mais l'eau est aussi symbole de destruction et de mort car il y a l'orage, la tempête, le raz-de-marée, l'inondation et le déluge est un exemple typique de ces récits où l'eau nous apparaît comme symbole de mort et de destruction. Pour les sémites, l'eau est le lieu des puissances de mort. Ils n'étaient pas des marins, ils n'avaient pas l'habitude d'affronter la mer et par conséquent les vagues, la marée, les tempêtes venaient s'ajouter pour eux à tout ce symbolisme de l'eau dangereuse. L'eau était le lieu où les démons, où les puissances de la mort, se donnaient libre cours. Les eaux équivalaient à ce que sont pour nous les enfers, le lieu du mal. Et ceci explique que, au moment de la sortie d'Egypte, les Hébreux ont été affrontés aux eaux de la mort. Et la traversée de la mer Rouge est en quelque sorte une expérience de la mort dont on est miraculeusement libéré pour rentrer dans la vie et la liberté au-delà de la rive de la mer Rouge. Le déluge, ce sont les eaux de la mort, c'est le déchaînement des puissances du mal.

Dans la Bible qui est un livre très ancien, écrit dans une mentalité encore primitive, on attribue sou­vent à Dieu ce qui est le fait des créatures. Parce que Dieu est le Créateur, Il est en quelque sorte la cause tout à fait première de tout ce qui se passe dans l'uni­vers et c'est pourquoi, dans le déluge, il est dit : "Dieu va faire tomber la pluie ! Dieu va détruire toute chair !" En fait c'est l'eau du Déluge qui détruit toute chair. C'est elle qui a envahi le monde et ce n'est pas direc­tement Dieu qui a déchaîné le Déluge. Plus exacte­ment c'est le péché de l'homme qui entraîne la mort. C'est le péché de toute chair qui a entraîné la destruc­tion de l'humanité car le péché engendre l'autodes­truction du pécheur par lui-même. Les eaux de la mort du déluge sont le signe de cette prolifération du péché qui, peu à peu use, détruit, consume tout ce qui est atteint par le péché comme une maladie, comme une lèpre et qui l'amène à son anéantissement. Le déluge c'est donc le déploiement, en mort, des conséquences du péchés.

Alors, en quoi cela nous parle-t-il du baptême ? Dans le baptême aussi nous sommes affrontés à ces puissances de la mort, à cette puissance du péché qui est en nous et qui a ce pouvoir d'autodestruction, le péché qui nous ronge, qui nous creuse mais de l'in­térieur. Et si l'homme n'était pas sauvé de ces puis­sances du mal, si, dans le combat contre Satan et les forces du mal, il n'était pas assisté par une puissance supérieure, l'homme succomberait comme toute chair au moment du déluge et il serait anéanti. Oui, le péché est en nous une force de destruction Et précisément par le baptême nous sommes amenés à participer à un combat contre le mal. Le baptême est une lutte contre les puissances du mal, mais une lutte dans laquelle l'homme ne se trouve pas seul affronté à ces puissan­ces du mal. Il est soutenu, renforcé par la puissance de Dieu.

Dans l'événement du déluge, cette puissance de Dieu va sauver Noé par le moyen de l'Arche. La symbolique chrétienne a vu dans cette arche qui sauve non seulement Noé mais aussi un couple de tous les animaux qui sont sous le ciel afin que puisse naître une création nouvelle après le déluge, la symbolique chrétienne a vu dans cette arche une figure de l'Église qui est le lieu du salut qui permet de traverser l'expé­rience du péché et de la mort en étant victorieux par la force et la grâce de Dieu. Les eaux qui portent l'arche sont les eaux du baptême qui permettent d'accéder à une vie nouvelle que Dieu Lui-même nous communi­que.

Voilà comment ce récit du déluge qui nous présente à la fois les eaux de la mort et du salut nous présente aussi le baptême dans toute sa complexité et dans toute la richesse de son symbolisme. Ceci nous invite à accompagner nos frères catéchumènes qui se préparent à leur baptême dans la nuit de Pâques. Et ce baptême est une lutte contre la tentation, contre le péché, mais il est aussi une force de la puissance de Dieu qui nous en délivre.

Nous qui revivons notre baptême en les ac­compagnant, nous savons bien que toute notre vie chrétienne qui est une vie baptismale est une vie de lutte contre le péché, l'égoïsme qui sans cesse ronge notre cœur. Confions-nous à la forte puissance de Dieu qui nous est communiquée par l'Église pour que nous puissions, tous ensemble, lutter victorieusement contre les puissances de mort et parvenir à la résur­rection du Christ.

 

 

AMEN

 

 
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