AU FIL DES HOMELIES

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LA PISCINE AUX CINQ PORTIQUES

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la quatrième semaine de carême – B

(15 mars 1994)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

N

ous sommes à peu près dans les années trente après la naissance de Jésus, à Jérusa­lem et à cette époque précise, on trouve au nord du Temple deux édifices mis à jour par l'ar­chéologie moderne. Le premier surplombe l'ensemble du Temple construit par Hérode, c'est la forteresse Antonia qui abritait la garnison romaine ce qui per­mettait à l'occupant de vérifier et de contrôler l'ordre dans le Temple, certes sans y rentrer, à moins d'es­carmouches imprévisibles au moment des grandes fêtes comme la fête de Pâque où toute la diaspora juive se rassemblait à Jérusalem.

En contre-bas de cette forteresse, il y avait dans les arcades mêmes qui soutenaient l'escarpement du lieu, une sorte de piscine, et même plusieurs pisci­nes, appelée "la piscine aux cinq portiques" puisque, de fait, cinq portiques semblaient supporter l'édifice. Il semblerait qu'à l'origine cette piscine, d'ailleurs plutôt un bassin qu'une piscine, alimentée par une source d'eau, servait à laver les animaux qui devaient être immolés dans la nuit de Pâque. Ce n'était donc pas un endroit très agréable et les juifs de bonne condition préféraient loger de l'autre côté du Temple, du côté d'où l'on voit la vallée du Cédron. Le nord du Temple était réservé à la manutention et à l'inten­dance qui circulait autour du Temple. De plus on pense que cette piscine était construite sur les fonda­tions d'un ancien sanctuaire païen puisque, comme le paralytique le dit à Jésus, les malades attendent que l'eau bouillonne. On pense que ce bouillonnement résultait d'une convergence de résurgences d'eau au moment d'une crue, le bassin inférieur se remplissant ou se vidant provoquait l'agitation du volume d'eau dans le bassin supérieur. C'est l'hypothèse la plus simple de cette agitation de l'eau. Ce sanctuaire païen devait aussi dégoûter un peu les juifs qui ne fréquen­taient pas ces lieux. C'est donc pour toutes ces raisons que les pauvres, les paralytiques, les estropiés, les exclus, les lépreux le fréquentent le plus souvent.

Je dis tout cela parce que Jésus va fréquenter ce lieu pour y rencontrer un des exclus et pour souli­gner que la seconde fois ou Jésus rencontre ce paraly­tique guéri, ce n'est plus dans cet endroit "marginal", mais dans le Temple. Il a réintégré cet homme dans sa propre religion, dans sa propre démarche religieuse. D'ailleurs la démarche religieuse qui semblait motiver la guérison du paralytique n'est pas très conforme à la Torah et Jésus semble aller chercher ces juifs hors de la saine religion pour les ramener au cœur même de la Torah. C'est comme si Jésus voulait amener cet homme à une démarche qui le prend comme en amont, au-delà même de la Révélation que Dieu a faite à Israël, pour l'amener dans cette Révélation et l'emmener encore plus loin au-delà même de cette Révélation, à Lui-même, à la personne du Fils qu'Il est. C'est la première leçon que nous pouvons recevoir de ce texte.

La seconde leçon c'est que ce paralytique, immobilisé au bord de la piscine miraculeuse, res­semble un peu à l'homme moderne coincé dans sa propre conscience. Quand les gens contestent la confession en disant qu'il est plus facile de se confes­ser à soi-même ou du moins de se confesser à Dieu sans parler à un prêtre, de se confesser à voix basse, à l'intérieur comme un murmure, j'ai un peu le senti­ment qu'ils ressemblent à cet homme paralysé quand on est pris dans le mal, dans les filets du mal, il est difficile, au regard de sa propre conscience, de trouver un partenaire qui vous éclaire et qui vous libère de ce mal, qu'il soit subi ou voulu. Et lorsque les gens pré­fèrent être jugés par leur propre conscience que par Dieu, ils s'enchaînent eux-mêmes à l'immobilité totale et définitive. Car le seul qui libère, le seul qui défait les liens, le seul qui met en mouvement, c'est quel­qu'un qui est à l'extérieur de la conscience et qui n'est pas notre propre conscience. C'est pourquoi dans cet évangile il est à la fois question d'un Jésus qui va chercher les hommes dans et hors de la Révélation et en même temps Celui qui libère l'homme emprisonné dans sa propre conscience pour l'amener à marcher sur les voies du Seigneur et donc recevoir le salut.

Nous qui sommes "dans" la Révélation mais qui pouvons cultiver en nous-mêmes des aspects hors de la Révélation, nous avons à recevoir de cet évan­gile un ordre de mise en marche pour que nous puis­sions entendre la voix de Dieu, prendre notre grabat et suivre le Christ.

 

 

AMEN

 

 
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