AU FIL DES HOMELIES

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LE BAPTÊME, PLONGÉE DANS LA VIE TRINITAIRE

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la quatrième semaine de carême – C

(16 mars 2010)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Bethesda : choeur de l'église des croisés

 

F

rères et sœurs, vous le savez, dans l'Antiquité, le symbolisme de l'eau a beaucoup d'entrées. Il couvre à peu près toutes les significations de l'existence humaine depuis la mort jusqu'à la plénitude de la vie. Cette eau du déluge est évidemment l'eau de la mort et ce qui est intéressant, c'est que pour échapper à cette eau de la mort, Dieu invente un subterfuge pour Noé. Il en fait le premier armateur et le premier constructeur de chantier naval puisqu'il fabrique une arche qui n'a aucune valeur commerciale. Ce n'est pas encore les transports maritimes, mais l'arche a une sorte de valeur purement protectrice et de conservation de la création. En fait, je pense que les écologistes aujourd'hui devraient prendre l'arche de Noé comme le logo qui symbolise leur action : jouer avec les puissances difficiles à maîtriser de la nature, et notamment de l'eau pour pouvoir par l'astuce et l'intelligence humaine qui joue de ses possibilités non pas contre, car Noé n'empêche pas le déluge, mais il se laisse porter par le déluge. C'est ainsi qu'une puissance évidente de mort et de châtiment qui pèse sur toute l'humanité, par l'astuce de la construction de l'arche par Noé devient le gage d'un avenir pour l'humanité et pour le monde des vivants.

Dans tous ces cas-là, et c'est cela qui m'intéresse, il faut se tenir au sec ! c'est-à-dire dans l'extériorité par rapport à l'eau : celle qui se déchaîne du ciel, les fleuves qui gonflent, les mers qui montent de niveau, etc … tout l'imaginaire du danger de bouleversement total dans l'ordre de la création est comme conjuré par cette espèce d'esquif de presque rien, un petite coque de noix qui vogue à la surface des eaux, et pour l'écrivain sacré c'est le défi de l'humanité qui, accompagnée par la grâce de Dieu, à travers les eaux de la mort, à travers les eaux du déluge, et finalement trouve le salut et la protection divine. Bien entendu, c'est dans la mesure où l'on est à l'intérieur de l'arche puisque tout ce qui est à l'extérieur est censé périr, être englouti et aller à la mort.

Dans le deuxième récit celui de ce pauvre paralytique qui voulait se plonger dans l'eau, la symbolique de l'eau est assez différente. Ce n'est plus la symbolique du bateau qui protège de l'eau, mais c'est l'eau qui est le lieu de conjonction de deux choses : d'une part l'homme qui ose se plonger dans la piscine, c'est-à-dire qu'ici on retrouve tous les symboles de l'eau familière, de l'eau qui lave, de l'eau qui rafraîchit, de l'eau qui purifie le corps, et l'homme ose se plonger dans ce milieu qui n'est pas son milieu normal, mais dans une sorte d'acte de confiance, il se plonge dans la piscine, et d'autre part, l'ange lui-même descend dans la piscine. La plupart du temps, quand on regarde certains motifs iconographiques, on a l'impression que l'ange agite avec une sorte de balai de palme, agite l'eau comme de l'extérieur. Mais non, dans le texte il est dit : "L'ange descend dans la piscine". L'eau est la rencontre de la puissance divine guérisseuse de l'ange et de la faiblesse de l'homme qui a besoin d'être lavé, purifié et guéri.

Ici, l'eau prend une tout autre signification, ce n'est pas l'eau de l'extériorité dont il faut se protéger parce que sinon elle vous apporte la mort, c'est plutôt l'eau de l'intimité : vous êtes plongé à la fois dans l'eau et dans l'ange. Saint Jean dans son récit prend soin de montrer que l'eau a une tout autre valeur. Elle a la valeur d'une conjonction de la puissance divine de l'ange qui va guérir et de la pauvreté et de la détresse humaine qui est l'homme qui désire le premier se jeter dans la piscine.

C'est là que le miracle prend tout son sens. Même sans être jeté dans l'eau bouillonnante en attendant que l'ange arrive et agite l'eau, l'homme est comme saisi dans cette nouvelle piscine qui est la présence du Christ, qui est la Parole du Christ, qui est la présence du Verbe de Dieu, qui, jeté dans l'humanité comme l'ange qui vient dans la piscine, enveloppe de la puissance de son Verbe de guérison, de son Verbe de salut, enveloppe ce pauvre homme qui de toute façon n'arrivait jamais à se plonger le premier dans l'eau.

Cela donne une perspective sur le baptême tout à fait remarquable. Le baptême ce n'est pas simplement d'être plongé dans l'eau, mais c'est d'être plongé dans l'eau qui est le Verbe, agitée par l'Esprit, c'est d'être plongé véritablement dans la Trinité. Je ne sais pas si vous vous souvenez de la première visite que Jean-Paul II avait faite en France en 1980. Il avait prêché sur le baptême, c'était l'époque où l'Église de France était un peu flageolante, et il avait pris comme thème de son voyage : "France, qu'as-tu fait de ton baptême ?" Il avait dit cette chose très belle : quand on est baptisé, on est plongé dans la Trinité. Il n'avait pas fait allusion à ce passage de l'homme paralysé et qui est sur le bord de la piscine, en vérité, il aurait pu le faire. Précisément, c'est là qu'on voit qu'au moment où le Christ le visite, il est encore plus plongé dans la vie de Dieu que les autres malades qui pouvaient plonger les premiers et qui étaient saisis par la puissance guérissante à travers l'ange qui venait agiter l'eau de la piscine.

Je crois que c'est une manière pour nous de reconsidérer le sens même de notre baptême. A travers ce geste de l'eau, c'est vraiment le fait d'être plongé dans la vie même du Verbe, dans la puissance de l'Esprit, pour entrer dans la plénitude de la vie Trinitaire qui est notre véritable piscine baptismale, qui est notre véritable lieu de renaissance au mystère de Dieu et du salut.

 

 

AMEN

 
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