AU FIL DES HOMELIES

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LE SIGNE BIBLIQUE DES QUARANTE JOURS

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la quatrième semaine de carême – C

(27 mars 2001)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Q

uarante jours, durée du carême, depuis le début de ce temps, la liturgie nous propose un grand nombre de figures qui toutes soulignent ces quarante jours : les quarante jours de jeûne de Jésus au désert, luttant contre le diable, les quarante jours de Moïse sur le mont Sinaï, recevant la Loi, les quarante jours d'Elie en marche vers l'Horeb pour y rencontrer Dieu dans la brise légère, les quarante jours de jeûne des Ninivites qui se convertissent à la prédication de Jonas. Aujourd'hui, ce sont les qua­rante jours et les quarante nuits du Déluge, car "Dieu dit à Noé : Je vais faire pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. " Et plus loin : "La pluie tomba sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits". Ainsi, cet évènement du Déluge prend place parmi les figure du carême.

Que nous apprend cette image prophétique du Déluge ? Le Déluge, c'est la suppression de toute l'humanité pécheresse, de toute l'humanité dévoyée, devant les fautes de laquelle Dieu, nous dit la Bible s'est repenti d'avoir créé l'homme. Devant le péché, Dieu est pris par une sorte d'horreur, car le péché, c'est le contraire même du dessein d'amour de Dieu, c'est le refus de la création, c'est le refus de l'appel que Dieu nous adresse. Cependant, au sein de cette humanité dévoyée et pécheresse, un homme, Noé, se trouve juste devant Dieu, et grâce à l'arche que Dieu lui a commandé de construire, il va être sauvé des eaux du Déluge et il sera l'origine d'une humanité nouvelle. A travers ces traits qui ont quelque chose de légendaire, même s'ils font allusion à un événement qui s'est produit dans les temps primitifs, à travers cette image, c'est donc l'eau comme destructrice du mal et l'eau comme moyen de salut, ce qui est une double image du baptême, et plus encore Noé, seul Juste dans cette humanité dévoyée, est une image du Christ, seul Juste au milieu de l'humanité pécheresse porté par le bois de la croix, comme Noé est porté par le bois de l'arche, traversera les eaux de la mort et sera le principe de cette humanité nouvelle à laquelle nous sommes tous appelés par le baptême, dont le Déluge est ainsi l'image. Ce baptême qui est purifica­tion des péchés, destruction du mal, écrasement de Satan, triomphe du dessein d'amour de Dieu, qui mal­gré notre refus est plus fort que notre péché, et nous ressuscite d'une certaine manière pour être une huma­nité nouvelle.

En même temps, l'évangile nous propose une autre image du baptême. C'est celle de cet homme malade, dont la maladie est aussi un symbole du pé­ché. Cet homme malade qui n'a par lui-même aucun moyen d'être sauvé, d'être guéri. Jésus le nouveau Noé, vient lui donner, lui restituer la vie, la santé. Jésus est ainsi le principe de ce Salut, la piscine de Bézatha évoquant ici encore la piscine baptismale, et même si Jésus sauve cet homme sans qu'il soit plongé dans la piscine de Bézatha, c'est quand même le bap­tême qui est évoqué par toutes ces images. On peut dire, on a dit que cette image légendaire d'un ange qui venait agiter l'eau était une sorte aussi d'annonce, de symbole de l'Esprit Saint qui vient sur la piscine bap­tismale pour lui donner la vie et lui donner la capacité d'être source de la vie. Dans ces deux images, c'est donc surtout la purification du péché qui nous est manifestée comme étant le sens du baptême. Ce n'est certes pas le sens complet du baptême, lutte contre le mal, purification du péché, même si les catéchumènes renonceront solennellement à Satan, à ses œuvres, à toutes ses tentations, pour s'avancer vers la piscine de la vie, le baptême n'est pas seulement purification du péché, mais il est plus encore don de la vie nouvelle. C'est cela que nous entrevoyons avec Noé et l'arche, ou à travers la toute-puissance de Jésus qui guérit. Jésus ne se contente pas de nous délivrer du mal, Il nous donne la Vie nouvelle, Il nous redonne la Vie. Comme avec Noé, Il crée en nous une humanité nou­velle, au-delà du péché, au-delà du pardon, et cette humanité nouvelle, c'est celle de sa résurrection. Car le Déluge est aussi comme une sorte d'image de la mort, du tombeau dont le Christ se relèvera vivant, pour nous communiquer sa Vie.

Frères et sœurs, que ce carême soit pour nous l'occasion de revivre en profondeur cette grâce du baptême que nous avons reçu, il y a longtemps, mais qui ne cesse d'être active en nous, "car le Christ res­suscité ne meurt plus", et cette vie nouvelle ne cesse de nous être donnée, ne cesse de nous être communi­quée, pour que nous soyons transformés, transfigurés, ressuscités, renouvelés, reconstruits à neuf, comme cette humanité issue de Noé.

 

AMEN


 

 

 
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