AU FIL DES HOMELIES

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MARCHE AVEC TON GRABAT

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la deuxième semaine de carême – B

(1er avril 2003)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

e ne connais pas une religion qui ait autant d'exigence et autant d'espérance en même temps, sur l'homme. Notre religion demande régulière­ment, notre relation à Dieu, nous demande régulière­ment une sorte de refonte personnelle de notre vie. Le temps du carême est le temps à la fois de lecture et d'ouverture de ce que nous sommes sans perdre de vue l'horizon, notre devenir de fils de Dieu.

L'évangile ne nous lâche pas, il stimule, il exige et dessine comme à l'avance ce que nous allons devenir et ce qui est déjà en puissance, en chacun de nous. Il est fort possible qu'au cœur de ce carême nous éprouvions ce découragement habituel et fina­lement bien connu et familier, que cela ne sert à rien, que nous nous heurtons aux mêmes problèmes, vis-à-vis de nous ou vis-à-vis des autres, et vis-à-vis du monde, et au fond, il y a une sorte de tentation de désespérance qui peut se glisser dans notre prière et dans notre relation avec Dieu.

Le fuit du "travail" évangélique, de cette conversion à laquelle Dieu nous appelle, il ne nous est pas permis de le goûter dès maintenant. Si nous vou­lons mesurer notre travail au fruit, nous gâchons notre propre conversion. Premièrement, parce que le travail que nous opérons sur nous, c'est-à-dire cette ouverture que nous faisons à la grâce de Dieu, ne nous concerne pas tout seul, mais concerne bizarrement et mysté­rieusement l'ensemble de l'humanité. Deuxièmement, comme ce fruit n'est pas uniquement l'action de nos mérites, mais de la conjugaison de notre ouverture à la grâce, il ne nous appartient pas de le posséder. Cela ne nous appartient pas.

On pourrait dire que l'homme ancien, comme ce paralysé au bord de la piscine, il n'appartient mal­heureusement qu'à lui-même. Il est sa propre géogra­phie, sa propre histoire, sa propre contrée. Il est là au "bord de …". D'ailleurs, quand le Christ lui dit : "Veux-tu guérir ?" il ne répond même plus qu'il veut guérir, il répond simplement l'impasse qu'il est lui-même, puisqu'il ne peut pas se déplacer et aller dans la piscine qui bouillonne. Mais il est là quand même !

Mais l'homme nouveau que nous allons deve­nir ne nous appartient plus en propre, il apophatique à la future communion que nous allons former, que nous commençons à former, que nous recommençons sans arrêt, que nous réamorçons dans l'Église, elle appartient à l'ensemble des hommes, des chrétiens, à l'ensemble de la communauté. C'est quelque chose non pas de public, mais de communion. Et cet homme de communion, de demain, nous n'en connaissons pas les effets à l'avance les uns sur les autres, et même de Dieu. Nous ne savons pas, pour le dire autrement, et heureusement d'ailleurs, nous ne savons pas quel est notre véritable charme, qui fait que Dieu nous aime, parce que Dieu a comme à l'avance, une idée de ce que nous pourrions bien faire pour les autres et pour nous-mêmes, et Dieu soit loué que nous l'ignorions, comme cela, nous avançons plus confiants.

Le carême, c'est le moment du "grabat". C'est le moment où nous avons à éviter ces espèces d'im­passes où nous sommes immobilisés au bord de la piscine, il nous faudrait "faire ça" pour aller mieux, et cela ne marchera jamais, et une phrase se fait entendre : "Prends ton grabat et marche !" Marche avec ! Je ne savais pas que je pouvais marcher avec ce grabat et j'avais mis comme condition préalable qu'on me débarrasse d'abord de cette paralysie et ensuite, je me mettrais à marcher et alors je pourrais guérir, mais Jésus dit : tu peux marcher avec ce que tu es ! Le carême, c'est cette dynamique intérieure que Dieu dessine et chante au fond de nos âmes pour nous dire : tu ne savais que tu pouvais marcher ? Mais tu peux marcher avec ! Ensuite cet homme n'appartient plus à lui-même puisqu'il va rendre compte de la présence de celui qui est venu vers lui : "Qui est celui qui t'a guéri ? C'est Jésus !" Et il le rencontre une deuxième fois après ce premier mouvement, rencontre de l'in­jonction définitive de Dieu : "Ne pèche plus car il t'arriverait pire encore". Va de l'avant, continue, as­sure cette marche et cela c'est Pâques. Le moment su carême, c'est le moment où nous avons à lever ces espèces d'impostures en nous-mêmes, dont nous pen­sons qu'elles sont définitives, immobilisantes, paraly­santes, et qu'au fond, tant qu'on n'aura pas levé ces obstacles-là, je ne pourrai rien penser, ni rien faire. Et pourtant, si …

Que cet évangile stimule et ouvre nos yeux sur la manière dont Dieu ne nous fait pas goûter for­cément les délices de Pâques avant terme, mais Il nous demande instamment de nous mettre en mouve­ment, et de ce mouvement-là, personnel, il dessinera le grand mouvement du salut pour tous les hommes et pour sa gloire.

 

AMEN

 

 

 
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