AU FIL DES HOMELIES

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LE TRAVAIL INCESSANT DE DIEU CRÉATEUR ET LIBÉRATEUR

Gn 7, 1+4-5+10-23 ; Jn 5, 1-18

Mardi de la quatrième semaine de carême – B

(28 mars 2006)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

L

es juifs n’en cherchaient que davantage à chercher Jésus, puisque non content de violer le sabbat, Jésus appelait encore Dieu son propre Père, se faisant égal à Dieu." J’aurais voulu frères et sœurs, m’arrêter un moment ce matin, sur la fin de cette phrase : "se faire égal à Dieu".

Evidemment, après deux mille ans de théologie chrétienne, quand nous lisons "se faire égal à Dieu", nous trouvons cela tout à fait normal et évident, puisque Jésus est le Fils de Dieu et qu’il est donc par conséquent, l’égal du Père. Je voudrais pendant un moment faire table rase de toute la théologie chrétienne et revenir en arrière, et essayer de comprendre comment cette phrase pouvait résonner dans le cœur des juifs qui entendaient Jésus à l’époque. Que veut dire : "se faire égal à Dieu ?" Je crois que pour les juifs, quand ils entendent cette phrase, ils pensent au début du livre de la Genèse, ils pensent à Genèse trois. Se faire égal à Dieu n’est-ce pas ce que le serpent a promis à Eve, en lui disant : Dieu ne te donne pas tout ce dont tu as besoin, et moi, je vais te permettre de devenir l’égal de Dieu, Par conséquent, quand un juif entend cette parole, qu’entend-il ? Il entend quelqu’un qui vient comme puiser au péché originel, et qui vient dire aux autres : voilà je suis à égalité de Dieu, c’est-à-dire que je refuse d’être en relation, je refuse de dépendre de Dieu. C’est cela ce que veut dire : être à l’égal de Dieu. Refuser de dépendre de Dieu chercher sa source dans sa propre source. Evidemment, qu’est-ce que cela veut dire : a est comme b, ou a=b ? On peut effectivement le lire comme je viens de le faire à l’instant, et y voir comme une séparation entre les deux termes.

Mais Jésus n’envisage absolument pas l’égalité avec le Père de cette manière. L’égalité est dans la dépendance. A=b, cela veut dire aussi que b prend sa source dans a. Cela veut dire, et je crois que c’est la raison pour laquelle l’image la plus parfaite est évidemment celle de la relation entre le Père et le Fils, c’est la manière dont le Fils prend ce que Dieu lui donne, comment le Fils vient puiser à la source du Père. Et j’en veux pour preuve, regardons la fin de l’évangile selon saint Jean : Jésus est le type parfait du Fils égal du Père dans sa dépendance avec le Père, et en même temps, que se passe-t-il à la fin de cet évangile de Jean ? Eh bien, cette égalité dans cette dépendance est donnée à chaque homme et à chaque femme après la résurrection. C’est ce qu’Il annonce à Marie-Madeleine quand Il lui dit : "Je remonte vers mon Père et vers votre Père". Cette fois-ci, l’homme qui s’était coupé de Dieu est à nouveau en communion avec Dieu, notre Père.

La deuxième chose c’est que, non seulement Jésus dit qu’Il est l’égal de Dieu, mais en plus, Il pose des gestes qui sont dignes de Dieu. Jésus fait les gestes de Dieu, c’est-à-dire qu’Il viole le sabbat. Le sabbat, c’est quand même une question assez compliquée, puisqu’il y a un comportement unique qui est demandé aux juifs : ne pas travailler le jour du sabbat. Mais en même temps, ce comportement provient de deux raisons différentes. La première raison elle est donnée dans le livre de l’Exode : tu ne travailleras pas, parce que Dieu est le créateur, et que le créateur s’est reposé le septième jour. C’est une première lecture, une première tradition à laquelle une partie des juifs était attachée. Ne pas travailler parce que nous célébrons le repos du créateur. Mais en même temps, il y a une autre tradition juive à l’époque de Jésus, qui puise sa source dans un autre livre, le livre du Deutéronome. Et dans le livre du Deutéronome, il est dit : tu ne travailleras pas et tu ne feras pas travailler ton prochain, ton serviteur, ton esclave, ta servante, etc … parce que je suis le Dieu qui t’a libéré d’Égypte. Cette fois-ci ce qui est célébré, ce n’est plus de Dieu créateur, c’est le Dieu libérateur. C’est essayer de rappeler que lorsqu’on travaille comme des esclaves, nous n’avons pas la possibilité d’écouter ce que Dieu dit. C’est très intéressant, parce que après l’épisode du buisson ardent, quand Moïse reçoit sa mission de retourner en terre d’Égypte pour faire sortir le peuple, il est dit : Israël était à bout de souffle, exténué par le travail, et il ne pouvait par conséquent écouter ce que Moïse venait lui annoncer. C’est-à-dire qu’à un moment donné, le travail est tel que nous subissons, et nous ne pouvons plus écouter ce que Dieu veut nous dire.

Le sabbat selon Jésus c’est cela. Dieu, mon Père et moi, travaillons à chaque instant. Et quel est ce travail dont il est question ? C’est ce travail de la création qui nous tient à chaque instant, mais c’est aussi le travail de libération. Car enfin, pour que quelqu’un puisse véritablement célébrer le sabbat, encore faut-il qu’il soit libre de toute contrainte pour pouvoir justement se tourner vers son Seigneur. Je crois que la figure type de cette libération, c’est effectivement et évidemment ce pauvre paralytique qui est comme assommé, subissant cette maladie depuis tente huit ans, et qui ne peut pas, par conséquent célébrer le sabbat, à tel point qu’il n’est pas sur le parvis du temple, parce que de toute manière, il ne peut pas y être parce qu’il est malade, donc, il est impur, mais il est là à côté de la source, attendant le bon vouloir de quelqu’un qui va le prendre. De toute façon, il ne pense même pas à être guéri. D’ailleurs, il ne demande pas à Jésus, il est là et c’est Jésus qui vient vers lui. Ensuite, il est rétabli dans sa dignité, et c’est après qu’il peut véritablement célébrer les œuvres de Dieu.

Frères et sœurs, je crois qu’à travers cette question de l’égalité du Père et de la dépendance, et d’autre part du sabbat, fête célébrant la libération de notre prochain, nous sommes inévitablement renvoyés au carême, à notre propre carême. Au cœur de notre péché, qu’y a-t-il ? Il y a le refus de dépendre des autres et de Dieu. Et au cœur de notre carême, il y a la possibilité ou le refus de vouloir libérer notre prochain pour le faire accéder dans le sabbat, dans le repos de Dieu. Que cet épisode soit pour nous l’occasion de méditer sur notre péché, et sur cette libération que nous pouvons donner à notre prochain avec la grâce de Dieu.

 

AMEN

 

 

 

 
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