AU FIL DES HOMELIES

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LA MISÉRICORDE DE DIEU

Is 49, 8-16

(5 mars 2008)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, "le Fils a reçu tout jugement du Père, et c'est pourquoi ceux qui auront fait le bien iront pour la vie éternelle et ceux qui auront fait le mal pour une résurrection de jugement". C'est la première caractéristique fondamentale de Dieu d'être celui qui fait régner la justice. Sur terre, ceux qui font le mal profitent de la vie comme ceux qui font le bien. L'expérience humaine sait qu'il n'y a pas de justice sur terre, et c'est pourquoi les hommes depuis toujours ont recours à Dieu  pour qu'Il rétablisse la justice. C'est pourquoi dans l'Ancien Testament, il nous est dit constamment, que Dieu récompense le juste et punit le méchant. C'est la fonction primordiale de Dieu, celle à laquelle Dieu ne peut pas manquer, sans quoi l'injustice règnerait définitivement sur toutes choses et en particulier sur la terre. 

      Le peuple hébreu a fait cette expérience et l'Ancien Testament en est constamment rempli, l'expérience que Dieu rétablit la vérité en donnant sa grâce à ceux qui ont le cœur ouvert au bien, et en donnant le jugement, la punition à ceux dont le cœur est tourné vers le mal. Le peuple d'Israël, conscient d'être le peuple choisi a dans un premier temps, pensé que les méchants, les injustes, les pécheurs, c'étaient les ennemis de Dieu et qu'il était lui, celui qui accomplissait la volonté de Dieu, et qui par conséquent avait droit à sa bénédiction. 

       Il s'est passé un événement assez bouleversant, et qui remettait en question toute cette façon de voir, c'est que le peuple s'est rendu compte qu'il était perdu lui aussi, ce n'étaient pas seulement ses ennemis qui étaient pécheurs et qui se dressaient contre Dieu en se dressant contre le peuple de Dieu, mais le peuple de Dieu ne marchait pas toujours selon les voies du Seigneur, il lui arrivait de chercher les faux-dieux, de chercher son intérêt de poursuivre la richesse et l'argent, de persécuter le pauvre de négliger la veuve et l'orphelin. C'est pourquoi les prophètes se sont élevés contre le peuple de Dieu au nom de Dieu lui-même. L'expérience d'Israël a été puisque lui-même, tout peuple choisi qu'il était manquait à la fidélité à Dieu, à l'obéissance à Dieu, il était normal qu'il soit lui aussi puni.

       Un des textes majeurs sur cette punition que Dieu va infliger à son propre peuple, c'est celui que nous lisions au début de ce carême, le texte des lamentations de Jérémie : "Vous tous qui passez par ce chemin, regardez et voyez s'il est une douleur semblable à la mienne, cette douleur dont le Seigneur Dieu m'afflige au jour de sa brûlante colère. D'en haut le Seigneur a fait descendre un feu qu'Il a fait descendre dans mes os, il a tendu un filet sous mes pas, Il m'a renversé Il m'a rendu désolé, malade tout le jour". Voilà donc l'expérience d'Israël, c'est que la colère de Dieu ne s'exerce pas simplement à l'égard de ses ennemis, qui seraient supposés être méchants, mais aussi à l'égard d'Israël lui-même quand il manque à la fidélité à l'égard de Dieu. 

       Un nouvel événement  se produit, c'est que Dieu est déchiré dans son cœur. Dieu est obligé de punir son peuple parce qu'il est pécheur, mais Dieu aime son peuple d'un amour infini et par conséquent, Il ne peut pas se résoudre à le punir. A travers les prophètes nous allons entendre aussi cette nouvelle découverte que Dieu ne peut pas punir ceux qu'Il aime. Voici ce passage du prophète Jérémie : "Ephraïm est-il pour moi un fils si cher un enfant tellement préféré que chaque fois que j'en parle je veuille encore me souvenir de lui ? C'est pour cela que mes entrailles s'émeuvent pour lui, que pour lui déborde ma tendresse". Dieu  ne peut pas punir son peuple parce que c'est son peuple bien-aimé. 

       Nous entendions tout à l'heure dans le prophète Isaïe un écho, et c'est pour cela que je vous dis tous ces textes, de cet  amour de Dieu pour son peuple. Voici le passage qui terminait le passage du prophète Isaïe : "Une femme peut-elle oublier son petit enfant ? Est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? même s'il s'est trouvé une femme pour oublier son enfant, moi, je ne t'oublierai jamais". Dieu pour son peuple choisi est un Père, et même une mère, et même quand ce peuple a péché, "car Sion disait, le Seigneur m'a abandonné, le Seigneur m'a oublié". C'est là que Dieu lui dit : "Je ne peux pas t'oublier, car une mère ne peut pas oublier son enfant". Et finalement, le prophète Osée va comprendre que cette tendresse de Dieu pour son peuple est aussi une tendresse de Dieu pour tous les hommes. "Quand Israël était enfant, je l'ai aimé, je lui apprenais à marcher, je le prenais par les bras, mais ils n'ont pas compris que je prenais soin d'eux Je m'inclinais pourtant vers lui, le faisait manger. Mais parce qu'ils n'ont pas compris, Assur deviendra leur roi, l'épée sévira dans ces villes, elle anéantira tous ses verrous, elle dévorera à cause de leurs desseins, car mon peuple est cramponné à son infidélité".  Voilà donc que le prophète Osée dit que Dieu est révolté par la révolte de son peuple et qu'Il va donc le punir et puis tout à coup, les paroles changent : "Comment t'abandonnerai-je ? Comment te livrerai-je Israël ? Comment te traiterai-je comme les villes de Sodome et de Gomorrhe ? Mon cœur en moi est bouleversé. Mon cœur se retourne dans ma poitrine, toutes mes entrailles frémissent je ne donnerai pas cours à l'ardeur de ma colère. Je ne détruirai pas car je suis Dieu et non pas homme, et je suis au milieu de toi comme le saint. Je n'aime pas détruire".

       Voilà la découverte de la miséricorde de Dieu. Non seulement Il doit assurer la justice, mais au-delà de la justice, ses entrailles frémissent pour ces pécheurs que sont le peuple d'Israël et pour ces pécheurs que nous sommes, Il ne peut pas donner libre cours à sa colère malgré nos fautes et nos péchés. La miséricorde de Dieu va nous prendre sous ses ailes pour nous sauver de la punition que nous mériterions à cause de notre manque d'amour. 

       Que l'amour de Dieu compense toute la pauvreté de notre amour et qu'il nous entraîne par sa seule miséricorde dans le chemin du salut. 

 

       AMEN 

 

 
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