AU FIL DES HOMELIES

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MON PÈRE NE CESSE D'AGIR

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de Carême – A

(4 avril 1984)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

e discours du Christ fait suite au miracle de la guérison du paralytique sur les bords de la piscine de Bézatha dont nous avons entendu le récit hier. C'est précisément parce que Jésus avait accompli ce miracle un jour de sabbat que les juifs le lui ont reproché. Jésus a répondu en disant : "Mon Père ne cesse d'agir et Moi aussi j'agis " manifestant que l'action de Dieu n'est pas soumise aux lois des hommes et les dépasse, fût-ce la loi de Moïse, la loi du sabbat. C'est pourquoi ce discours tourne tout entier autour de cette identité d'action entre le Père et le Fils et de cette convergence de volonté que Jésus exprime en disant : "Je ne fais pas ma volonté mais la volonté de Celui qui m'a envoyé !" Jésus donne deux manifestations, d'ailleurs coordonnées l'une avec l'autre : "Comme le Père juge toute créature, ainsi Il a remis tout le jugement entre les mains du Fils" et "Comme le Père donne la vie et ressuscite les morts, ainsi à la voix du Fils de l'Homme, les morts surgiront du tombeau pour une résurrection de vie ou une résurrection de châtiment."

Ceci est donc le commentaire de la guérison du paralytique. Nous sommes familiers avec le fait que la guérison corporelle est toujours, dans l'évangile, le signe du pouvoir que le Christ a non seulement de guérir le corps mais aussi le cœur, de guérir l'âme, de pardonner les péchés. D'ailleurs, à ce paralytique, Jésus avait dit : "Va et désormais, ne pèche plus ! afin qu'il ne t'arrive pas un malheur plus grand !" Jésus prenait donc bien la guérison de ce paralytique comme le signe de sa guérison spirituelle, de la guérison de son âme, du pardon des péchés.

C'est pour cela que Jésus peut affirmer qu'Il a le pouvoir de juger, que le Père "a remis entre ses mains tout le jugement", car le jugement n'est-ce pas cette discrimination, ce regard qui va jusqu'au fond du cœur et qui, dans la lumière étincelante qu'Il manifeste, discerne le mal et le bien, le péché et l'amour, et fait éclater au grand jour le secret du cœur ? Le jugement du Christ, c'est ce regard d'amour qui, tout à la fois, pardonne celui qui ouvre son cœur et bute sur le refus de celui qui ferme son cœur et qui, ainsi, se condamne. Car Jésus le dit "Celui qui croit au Fils de l'Homme" qui ouvre son cœur au Fils de l'Homme "n'aura pas de jugement car il est déjà sauvé". Mais celui qui se ferme à la lumière du Fils de l'Homme, celui-là est déjà jugé, il se juge lui-même par le refus de son cœur. La fermeture de son cœur à l'amour de Dieu interdit, en quelque sorte, la possibilité du pardon, car Dieu ne peut pas imposer son pardon à celui qui le refuse.

Mais en même temps que Jésus affirme ainsi ce pouvoir divin de pardonner, ce pouvoir d'illuminer le cœur, d'aller jusqu'au fond des ténèbres d'un cœur pécheur pour peu que celui-ci s'ouvre à la lumière de la miséricorde de Dieu, en même temps Jésus revendique aussi le pouvoir de ressusciter les morts. Car la puissance d'amour de Dieu n'est pas seulement pardon des fautes, purification du cœur, purification de l'âme, elle est aussi vivification de l'être tout entier. Nous ne sommes pas temporairement des âmes unies à un corps, nous sommes des êtres d'esprit et de chair, nous sommes des êtres d'âme et de sang et Dieu, dans son amour, veut le bonheur et la restauration d'abord de notre âme, d'abord de l'intérieur de nous-même, d'abord de cette partie la plus précieuse qu'est notre cœur, mais aussi la restauration de notre être tout entier y compris de notre chair. Et c'est pourquoi le jugement et le pardon de Dieu sont inséparables de la Résurrection, car si Dieu apporte la vie à nos cœurs, c'est pour que la vie rayonne sur notre être tout entier et jusqu'aux extrémités les plus humbles de notre être. Dieu veut la vivification, Dieu veut la glorification, Dieu veut la béatitude de notre être tout entier, y compris de notre chair.

"L'heure vient et elle est là" dit le Christ. Cette heure est imminente car nous sommes aux portes du Royaume, car ainsi que le dit saint Paul : "les derniers temps sont venus. L'heure vient où les morts ressusciteront à la voix du Fils de l'Homme pour une résurrection de bonheur avec Lui", s'ils acceptent que son amour pénètre jusqu'aux extrémités de leur chair "ou une résurrection de condamnation" si eux-mêmes, par la fermeture de leur cœur, se condamnent, condamnant leur cœur à rester dans son péché, et condamnant leur corps à une résurrection de souffrance et de damnation.

En ce temps de carême, nous nous avançons vers Pâques qui est la fête de la Résurrection du Christ. Mais la Résurrection du Christ est aussi notre résurrection la résurrection de nos cœurs d'abord, car en cette nuit de Pâques, nous allons nous aussi sortir du tombeau de nos péchés, pardonnés, vivifiés, ressuscités dans la pureté intérieure de notre cœur, si nous acceptons que l'amour de Dieu vienne nous envahir. Cette fête de Pâques est aussi la fête de la résurrection de notre chair, cette résurrection qui nous est promise, que nous attendons dans l'espérance, qui viendra pour l'humanité tout entière et pour tout l'univers, quand, à la fin des temps, toutes choses seront restaurées, toutes choses seront glorifiées et transfigurées. Que nous célébrions cette fête de Pâques dans cette espérance, dans cette confiance, dans cette certitude que l'amour de Dieu est prêt, si nous le voulons, à envahir notre être tout entier, âme et corps, cœur, esprit et chair.

 

AMEN

 
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