AU FIL DES HOMELIES

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L'ŒUVRE DU PÈRE

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de carême – B

(20 mars 1985)

Homélie du Frère Michel-Pierre MORIN

Bethesda : marche !

C

 

e texte de l'évangile de Jean ne devrait pas être séparé de l'épisode qui le précède, où Jésus guérit un infirme dans la piscine de Bézatha et lui dit : "Lève-toi ! Prends ton grabat et marche !", car ce discours que nous venons de lire est une homélie du Christ sur cet évènement. Et si nous avions le cœur moins lent à comprendre, il ne faudrait pas faire une homélie sur l'homélie du Christ. Elle-même doit suffire. Cependant réfléchissons sur quelques aspects de ce discours du Christ.

Le premier c'est que l'œuvre que le Fils est venu accomplir, Il la contemple depuis toujours dans le cœur du Père : "Mon Père est à l'œuvre et Moi aussi." Et cette œuvre du Père, avant de s'inscrire dans le temps par l'œuvre du Fils, est écrite dans son cœur depuis l'éternité. Ce que Jésus est venu réaliser, c'est ce que le Père voulait depuis toujours, dans son cœur, pour les hommes, car le Père est à l'initiative et à l'origine de tout. C'est Lui qui donne la vie, c'est Lui qui ressuscite les morts et c'est Lui qui rend témoignage au Fils, parce que ce que le Fils accomplit, c'est ce qu'Il contemple, depuis toujours, dans le cœur du Père. Il ne faut donc pas avoir de l'œuvre du Fils une notion uniquement chronologique, ce qu'on appelle l'économie du salut, il faut aussi le contempler déjà à l'œuvre dans la tendresse, dans la miséricorde du Père, avant que le monde soit créé et aussi avant que le Fils ne vienne le recréer.

Le second aspect : ce texte est une annonce explicite de la résurrection du Christ. Les juifs sont étonnés de voir que Jésus a guéri un paralysé malade depuis quarante ans, mais parce que Jésus contemple dans le cœur du Père toute son œuvre, il peut dire à ces juifs : "Vous verrez des choses plus belles encore" et c'est le Père qui vous donnera de les voir, car c'est Lui qui ressuscite les morts et c'est Lui qui va rendre la vie au corps du Christ mort. La guérison de l'infirme de Bézatha n'est qu'une annonce de cette œuvre du Père.

Et le Christ annonce que l'heure de sa résurrection va venir et que cette résurrection ne sera pas simplement la sienne, mais celle de tous ceux qui entendront sa voix. "En vérité, l'heure vient, et c'est maintenant, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et tous ceux qui l'auront entendue vivront car le Père leur donnera la vie". Nous qui avons été baptisés, nous qui sommes inscrits sur les paumes des mains de Dieu depuis toujours, nous avons été placés dans cette œuvre du Père quand le Christ est venu l'accomplir. Mais déjà, parce qu'Il ne peut abandonner personne, pas plus qu'une mère n'abandonne son enfant, nous savons que cette œuvre du Christ s'accomplit, car elle porte, à l'intérieur même de sa réalisation historique, elle porte le sceau de l'éternité. Cette œuvre du Christ vient du Père en son éternité, et déjà son accomplissement est éternel Il ne reste plus qu'à écouter cette voix, qu'à nous laisser entraîner dans sa Pâque, dans son cortège triomphal, dans sa mort et dans sa résurrection. A ce moment-là, nous n'avons plus aucun jugement à craindre, nous n'avons plus aucune œuvre à faire.

Ceci est un point important. Trop souvent nous fondons notre propre conversion, notre propre Pâque sur nos propres œuvres mais nos œuvres ne sont rien. Nous nous en apercevrons à la fin de notre vie. Déjà, peut-être, si nous sommes un peu attentifs, nous savons bien que tout ce que nous faisons n'a pas d'intérêt. Nous ne pouvons pas ressusciter les morts. Nous ne pouvons pas nous pardonner. Nous ne pouvons pas nous guérir. Nous ne pouvons rien faire. Et le Christ nous l'avait dit : "Sans Moi, vous ne pouvez rien faire !" Il n'a pas dit : vous pourrez en faire un petit peu, pour vous consoler. Non, rien. Et nous ne pouvons rien faire de nous-mêmes, tout simplement parce que tout est déjà fait. Et tout est fait dans l'œuvre du Père, et tout est fait, tout est accompli, tout est réalisé en plénitude dans l'œuvre du Fils. Et ce que les juifs ont refusé, c'est cela. Ils n'ont pas accepté que tout soit déjà fait et qu'eux n'aient plus rien à faire, si ce n'est à se laisser entraîner dans la Pâque du Christ, en écoutant sa voix, cette voix qui est celle du Père qui porte témoignage pour Lui et pour nous.

Que cet évangile nous inscrive plus profondément dans la foi que notre Pâque, notre pardon est véritablement accompli, pas simplement dans la mort du Christ où elle l'est de façon historique, mais dans l'amour du Père, dans la tendresse du Père depuis toujours. Cette œuvre est accomplie, le Père travaille toujours et nous n'avons qu'à nous laisser façonner, qu'à nous laisser travailler pour être remplis de l'œuvre du Christ, pour être récréés à son image et à sa ressemblance. En définitive, l'attitude chrétienne est extrêmement passive mais de cette passivité qui a les mains ouvertes, qui a le cœur ouvert de l'enfant pour tout recevoir de son Père, car il sait que tout ce que le Père fera sera pour son bien et qu'il n'a aucune inquiétude à avoir. C'est cela la foi.

 

AMEN

 
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