AU FIL DES HOMELIES

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LE JUGEMENT

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de carême – C

(12 mars 1986)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette page d'évangile suit la guérison de l'in­firme à la piscine de Bethesda, guérison qui aboutit à une première opposition entre le Christ et les chefs des juifs. Jésus a été amené à leur répondre : "Le Père agit sans cesse, et Moi aussi j'agis", voulant manifester ainsi que son action n'est pas un travail humain mais l'action créatrice de Dieu Lui-même. C'est pourquoi les chefs des juifs ont voulu le tuer parce que non seulement Il violait le sabbat, mais encore Il appelait Dieu son Père, se faisant ainsi l'égal de Dieu.

C'est dans la suite de cette affirmation de Jé­sus, se faisant effectivement l'égal du Père dans l'ac­tion créatrice, que se situe le discours que nous ve­nons d'entendre. Dans ce discours Jésus affirme es­sentiellement deux choses : que le Père a tout remis entre les mains du Fils et que le Fils est l'égal du Père. Le Fils est l'égal du Père non seulement parce qu'Il participe à son action créatrice, non seulement parce qu'Il est donateur de vie, ainsi qu'Il vient de le mon­trer en guérissant ce paralytique, donateur de vie cor­porelle, de vie temporelle, mais aussi de vie éternelle, mais le Fils est aussi l'égal du Père parce qu'Il est le juge. C'est Lui qui porte le jugement sur le monde.

Le jugement c'est-à-dire le discernement. L'image du jugement n'est pas à prendre de manière trop puérile comme si le Christ siégeait sur un tribu­nal pour séparer les bons et les méchants, pour punir les uns et récompenser les autres. Cette image de ju­gement est à prendre de façon plus profonde. Cela veut dire que c'est le Christ qui apporte la lumière jusqu'au tréfonds de l'être de chacun d'entre nous et qui, par cette lumière, établit le discernement profond de ce que nous sommes. Ce jugement est d'abord une révélation. C'est la révélation de notre réalité pro­fonde. Sommes-nous de la lumière ou sommes-nous des ténèbres ? c'est-à-dire, est-ce que notre cœur s'est ouvert à la lumière de Dieu ? Est-ce que cette pré­sence révélatrice du Christ va illuminer notre cœur en son plus profond, va le rendre ouvert à la vie de Dieu ? ou est-ce que cette présence du Christ va révéler notre fermeture, notre refus, notre péché, nos ténè­bres, et par conséquent l'impossibilité pour la vie de nous restaurer, de nous ressusciter.

Jésus avait déjà abordé la question du Juge­ment : "La lumière est venue dans le monde, mais les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière." "Celui qui fait le mal déteste la lumière", il reste dans les ténèbres pour que son être profond ne soit pas révélé. Jésus avait dit aussi une parole apparemment contra­dictoire de celle d'aujourd'hui : "Le Fils n'est pas venu pour juger le monde mais pour le sauver, car le monde n'a pas besoin d'être jugé, il est déjà jugé. Le monde se juge par lui-même, celui qui croit n'a pas à être jugé car il est déjà passé à la lumière, celui qui ne croit pas n'a pas à être jugé car il est son propre jugement. Il s'est déjà jugé lui-même en ne croyant pas au Fils de l'Homme."

Ainsi cette image du jugement est à prendre dans toute cette profondeur, elle est la révélation de ce que nous sommes réellement. Ou bien nous avons adhéré au Fils de Dieu, ou bien nous avons dès main­tenant, humblement, quotidiennement, dans tous les actes de notre vie, laisser la lumière pénétrer dans notre cœur, laisser l'amour de Dieu remplir notre être, et ainsi nous nous sommes, déjà, orientés vers cette lumière, orientés vers cet amour de Dieu, un peu comme les plantes qui spontanément s'orientent vers la lumière car elles en ont besoin pour vivre, ou bien nous nous sommes durcis sur nous-même, sur notre égoïsme, sur notre refus et nous nous sommes enfer­més dans nos ténèbres, et nous nous jugeons déjà nous-mêmes.

C'est pourquoi le Christ termine en disant : "L'heure vient où le Fils de l'Homme dominera la vie en ressuscitant des morts", mais Il ressuscitera chacun selon son être profond. Ceux qui ont vécu dans l'amour seront ressuscités pour la vie, ceux qui ont vécu dans le refus, Dieu ne peut pas les forcer, et ils seront à eux-mêmes leur propre damnation. C'est de­vant ce drame de notre vie profonde que nous som­mes placés. Nos actions semblent parfois anodines, superficielles, nous vivons souvent à la surface de nous-mêmes, ballottés par les évènements, et pourtant à travers ces actions quotidiennes, c'est tout le sens de notre vie, toute notre éternité qui est en train de se préparer et de se décider. Le Fils nous apporte la lu­mière pour essayer de faire en nous la lumière. Lais­sons la lumière du Christ pénétrer dans notre cœur, laissons-nous envahir par cette lumière qui est vie, afin de pouvoir ressusciter pour la vie, ressusciter avec le Christ et non pas vivre éternellement dans la damnation que nous aurons préparée pour nous-mê­mes en nous fermant à son amour.

 

AMEN

 

 

 
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