AU FIL DES HOMELIES

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LA RÉSURRECTION ET LE JUGEMENT

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de carême – A

(1er avril 1987)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

L

e discours de Jésus que nous venons d'enten­dre est la suite immédiate de la guérison du paralytique. Aux juifs qui lui reprochaient d'avoir guéri ce paralytique le jour du sabbat, Jésus avait répondu : "Mon Père agit sans cesse, et Moi aussi j'agis !" Et c'est cette action du Fils, en commu­nion avec l'agir éternel du Père, dont Jésus va nous détailler aujourd'hui le contenu.

Cet agir du Fils c'est essentiellement le don de la vie, et plus précisément encore, le don de la vie éternelle, et donc la résurrection des morts. Et nous dit Jésus, cette résurrection prend la forme d'un juge­ment. D'un jugement au sens propre du terme, non pas que le Christ siégerait pour réprouver les uns ou ré­compenser les autres, mais au sens d'une révélation, d'une manifestation, d'une mise en lumière des œu­vres de chacun, ceux qui ont agi pour la mort seront manifestés, se destinant eux-mêmes par leur agir, à la mort, ceux qui ont agi pour la vie sont déjà remplis de cette vie. Et cette vie, le Christ la leur donnera d'une manière parfaite, comblante, une vie qui n'est pas seulement de la terre, mais qui est une vie éternelle.

Ce jugement, cette mise au jour, cette mise en lumière, cette révélation du fond du cœur des hom­mes, le Christ en est le ministre car Il est Lui-même la lumière. Il est à la fois la lumière qui vient éclairer nos cœurs, manifester au grand jour ce que contien­nent les cœurs des hommes, et en même temps Il est la vie. Il est la vie c'est-à-dire ce don jaillissant, bouillonnant dont nous parlait le prophète Isaïe, qui cherche à remplir notre cœur, à remplir notre être pour nous faire entrer dans la lumière de Dieu.

Mais ceux qui ont choisi la mort, ceux qui ont refusé, jour après jour, la vie, ceux-là ne peuvent pas échapper à ce jugement, à cette lumière du Christ qui manifeste leur cœur car Dieu ne peut pas nous donner la vie contre notre gré. Il ne peut pas nous combler malgré nous, contre nous, car cette vie c'est l'adhésion libre, joyeuse, spontanée, de chacun d'entre nous à ce dessein d'amour que Dieu nous propose. Et si nous ne voulons pas vivre, inlassablement, Dieu nous propose sa vie, mais Il ne peut pas nous contraindre à choisir cette vie contre notre liberté.

C'est pourquoi le jugement, c'est-à-dire cette manifestation au grand jour de ce que nous sommes, est juste, c'est-à-dire conforme à ce dessein de Dieu qui est de nous appeler à partager son amour, mais à ce dessein de Dieu qui est aussi respect de notre li­berté. Pour avoir la vie, il faut entendre la Parole du Fils de l'Homme, cette parole qui est l'appel du cœur de Dieu, cette parole par laquelle Dieu veut réveiller en nous le goût de la vie, cette Parole dans laquelle Dieu nous manifeste qu'Il ne nous oubliera jamais, que nous sommes "gravés sur la paume de ses mains" qu'Il nous aime comme une mère, ou plus encore qu'une mère aime ses enfants, cette parole dont Isaïe nous disait qu'elle consiste à s'adresser aux captifs pour leur dire : "Sortez ! Soyez déliés de vos chaînes!" cette Parole qui consiste à s'adresser à ceux qui sont dans les ténèbres du péché pour leur dire : "Montrez-vous à la lumière ! Venez ! Je veux vous secourir, vous relever, vous restaurer, vous donner pâturage, combler votre faim et votre soif, faire que vous ne souffriez plus de la brûlure du soleil ou du vent du désert !"

Cette Parole de Dieu qui sans cesse s'adresse à nous, à travers tout l'évangile, le Christ ne cesse de la crier à tous ceux qui l'entourent et elle retentit à travers toute l'histoire, elle s'adresse à nous aujour­d'hui, maintenant. Et c'est cette Parole qui est juge­ment parce qu'elle est appel d'amour et que, seul, le refus de l'amour peut empêcher cette Parole d'être efficace. Sans quoi elle emporterait toutes nos fautes sur son passage, nous délivrant de tous nos péchés si seulement nous acceptons d'entendre la voix du Fils de l'Homme et de nous relever du tombeau de nos péchés comme notre chair se relèvera du tombeau à la fin des temps pour cette résurrection de vie.

Ceci veut nous rappeler que la vie baptismale, la vie reçue au jour de notre baptême nous fait entrer dans le mystère de la mort et de la résurrection du Christ. C'est pour cette résurrection que nous avons été baptisés. Par le baptême, ce sont ces eaux jaillis­santes et bouillonnantes dans lesquelles nous avons été plongés qui ont leur source dans notre cœur. Et ceci nous conduit, si nous acceptons sans cesse cette voix du Christ, à la résurrection définitive. Le bap­tême est en nous la semence de la résurrection et nous sommes déjà des ressuscités si nous écoutons la voix du Fils de l'Homme. Ce temps est déjà le commence­ment du temps de Pâques et de la vie bienheureuse.

 

AMEN

 

 

 
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