AU FIL DES HOMELIES

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LA MÉCANIQUE DE LA HAINE

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de carême – A

(28 mars 1990)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

'homme qui hait n'est pas un homme libre, il est enfermé dans sa haine. Et la haine a ceci d'horrible que non seulement elle enferme mais elle engendre. Il y a à l'intérieur du mal et de la méchanceté qui peut sortir du mal comme une méca­nique presque fatale. Quand on lit les écrits de ceux qui ont connu les tortures ou subi des châtiments de la part des autres hommes, on constate toujours que le bourreau, que celui qui semblait être libre, est celui qui est le plus enfermé et le moins libre, et que l'inno­cence de celui qui était en face de lui, loin de désar­mer sa haine ou sa violence, ne faisait que l'armer davantage. Aucun innocent qui proclame, par cette même innocence, la vérité de son être et la liberté indestructible de son être profond, ne réussit, dans ces moments intenses où deux hommes s'affrontent, à désarmer le chemin de haine et de violence qui s'est introduit dans le cœur de celui qui offense.

C'est un fait psychologique, permanent, que celui qui a commencé à se mettre dans le chemin de la haine, du soupçon ne peut pas s'en sortir par lui-même. Et que même un homme innocent en face de lui, un enfant même parfois, ne fera que durcir le cœur qui a commencé à se cristalliser face à l'inno­cent. Ce propos pour montrer que dans l'évangile les hommes qui entourent Jésus, qui sont agacés par ses déclarations qui ne correspondent pas à ce qu'on leur a enseigné, qui ne correspondent pas à la vérité qu'ils se sont donnée la vérité de la recherche de Dieu, la méthode pour l'accueillir et en vivre chaque jour. Cet agacement loin de les amener à réfléchir, à se désar­mer, à redécouvrir ou à s'éveiller à la vérité du Fils de l'Homme qui est en face d'eux, les enferme. Il faut comprendre, à travers cet évangile, non pas en re­poussant la faute sur ces pharisiens qui deviennent "les ennemis de Dieu", il faut comprendre cet enchaî­nement presque inéluctable de cette mécanique de la haine. Si les pharisiens sont, en soi, ceux qui vont pousser les sadducéens et tout le corps des juifs à provoquer l'arrestation du Christ et du point de vue purement humain responsables, il y a derrière cela le signe voulu par Saint Jean que tout léger aveugle­ment, toute légère faute, tout léger durcissement du cœur peut toujours féconder et engendrer une partie plus grande de durcissement et d'aveuglement. Et qu'il n'y a aucune possibilité pour l'homme, par lui-même, de se dégager de cette mécanique-là.

Seul, quelqu'un d'autre, radicalement diffé­rent, quelqu'un qui sera plus fort que ce durcissement peut en arrêter l'enchaînement. Quelqu'un qui connaît cet enchaînement du mal peut enrayer cet engrenage qui commence à prendre naissance dans le cœur lors­que le péché l'a atteint. Alors, quand au cours des jours qui vont suivre, nous entendrons les discussions sévères et violentes entre les pharisiens et le Christ dans l'évangile de Saint Jean, ne repoussons pas de l'autre côté de la barrière la responsabilité de la mort du Christ, à ceux qui, en ce temps-là, vivaient en face de Lui. Au contraire, sentons que nous sommes tous des gens capables de participer à cette mécanique fondamentale du mal, qu'il y a en nous cette capacité à développer, à agrandir cette grande roue.

Demandons au Seigneur de nous faire décou­vrir à quel point nous participons, parfois du bout des doigts, à cet enchaînement et que nous avons à de mander au Seigneur, à l'Innocent par excellence qu'Il nous en dégage pour nous en sauver.

 

AMEN

 

 

 
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