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L'ŒUVRE DU FILS

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de carême – B

(16 mars 1994)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

'évangile de saint Jean nous parle de l'œuvre du Fils dans le monde. Quand on le lit, au premier abord, on a toujours l'impression d'un texte difficile, compliqué avec des redites. On se de­mande parfois où le Seigneur Jésus veut en venir avec ce genre de discours qui apparaît plutôt comme un monologue un peu long. En fait il y a un enseigne­ment précieux dans ces paroles de Jésus : "Le Père M'aime et tout ce que Je vois faire du Père Je le fais également."

Ce qui est important, me semble-t-il, c'est que le Christ Lui-même révèle le principe de son action de salut sur la terre, principe d'action qui ne vient pas de Lui-même mais qui vient du Père, qui lui permet d'agir parce qu'Il est en communion avec le Père dans ce principe d'amour qu'est l'Esprit Saint. C'est parce que le Père L'aime que le Fils peut agir. D'ailleurs il est symptomatique de voir combien dans l'évangile, tout au long d'une certaine confrontation entre Jésus et les pharisiens ou le peuple, les pharisiens ne vont pas cesser d'opposer le Fils au Père. En effet ils vont pousser Jésus pour le mettre en quasi opposition avec Dieu. Un des épisodes qui illustre ce fait est celui de la femme adultère où si Jésus se prononce pour la mort de cette femme Il n'apporte rien de plus que la Loi de Dieu et donc le peuple n'a pas à le suivre et à l'écouter, ou au contraire, s'Il dit non, il ne faut pas tuer cette femme, Il s'oppose à la Loi de Dieu. C'est vrai pour beaucoup de passages d'évangile où l'on essaie de l'opposer à son Père.

Et dans ce discours de l'œuvre du Fils, il y a un principe essentiel qui est le principe de commu­nion qui fait agir le Christ, principe de communion de ce que nous appelons la Trinité qui est relation inter­personnelle dans l'amour qui les unit. D'ailleurs notre manière d'aborder Dieu reste parfois un peu trop terre à terre ou en tout cas trop humaine, parce qu'on divise trop, à l'intérieur de notre vision de Dieu ce qui au contraire unit le Seigneur en Lui-même et qui est cette capacité de relation dans l'amour et cette capacité de communion. Cette manière d'appréhender Dieu doit nous rappeler que nous-mêmes nous sommes faits pour cette relation avec Dieu, relation personnelle puisée dans une relation d'amour.

C'est pourquoi il est important de saisir que ce que nous devons vivre c'est ce principe de commu­nion, c'est ce principe d'amour. Ce qui nous oppose à Dieu c'est notre péché et il doit sortir, être extirpé de notre cœur, car il est en nous principe de division et nous oppose à l'union avec Dieu. Et ce qui est vrai personnellement l'est aussi communautairement. Peut-être avez-vous remarqué combien il est facile d'oppo­ser les gens. Les enfants savent très bien le faire : quand leur père leur refuse quelque chose, ils vont voir leur mère, ou vice-versa. Dans ces cas-là, ils sai­sissent très bien comment se servir des différences de l'un et de l'autre pour leur propre gain. Ce qui est vrai pour les enfants l'est aussi pour les adultes. Il nous est facile d'opposer des personnes que nous n'aimons pas beaucoup pour que le conflit qui en sortira puisse nous profiter. Il en est de même dans notre propre communauté paroissiale, on essaie parfois d'opposer les gens les uns aux autres, quand ce n'est pas les frè­res, en accusant leurs différences pour profiter d'un certain bienfait que l'on croit immédiat et qui, à long terme, tue la communion ecclésiale.

Il me semble qu'il y a pour nous un appel un peu pressant à comprendre et à ressaisir notre voca­tion dans l'Église et dans la communauté chrétienne mais pas de manière intellectuelle, pas d'une manière lointaine, mais d'une manière concrète, ici et mainte­nant. Quel est finalement le principe même de notre action ? Recherchons-nous de puiser dans l'amour du Seigneur, dans ce principe d'action que le Christ Lui-même a établi, dans lequel le Christ Lui-même a puisé humblement, en faisant la volonté du Père pour ap­porter le salut ? Ou au contraire, comme le principe du mal, comme Satan, le père du mensonge et de la division, profitons-nous de la différence pour opposer les uns aux autres ceux qui en principe doivent per­mettre de construire la communion ? Car c'est sur la différence que l'on construit la communion. Si tout le monde était pareil il n'y aurait plus de communion à construire, donc il n'y aurait plus d'amour à faire jail­lir de son cœur pour ras-sembler, unifier et rendre a la vie ce qui, en nous, est principe de mort, le mal, le péché, la division.

Que cette eucharistie soit pour nous la source où, quotidiennement, nous venons puiser la force de retrouver dans ce qu'il y a de plus intact, dans ce qu'il y a de plus fort et de plus grand, la présence sacra­mentelle du Christ, pain rompu, pain partage, pain divisé pour que notre unité se fasse. Sachons retrou­ver cet amour du Père pour le Fils, amour qui nous est donné et qui est cette œuvre "stupéfiante" qui est l'Es­prit d'amour qui déborde et jaillit tellement du Père et du Fils que malgré nos divisions, le Fils de 1'Homme nous aime et nous sort de notre mort pour la vie.

 

 

AMEN