AU FIL DES HOMELIES

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DÉPENDANCE ET CONFIANCE

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de carême – C

(17 mars 2010)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

Dépendance et confiance

 

F

rères et sœurs, l'évangile que nous avons entendu fait directement suite à celui qui a été lu hier, la guérison de cet infirme à la piscine de Bethesda. Comme je le rappelais pour introduire l'évangile d'aujourd'hui, suite à cette guérison, Jésus a été accusé de vouloir se faire l'égal de Dieu.

Dans le discours que nous venons d'entendre de Jésus, adressé à ses accusateurs, il est intéressant de souligner une chose et d'en tirer les conséquences. Pour expliquer aux juifs pourquoi il est l'égal de Dieu, Jésus prend l'exemple de la relation de père à fils. Jésus est le Fils de Dieu et Dieu est son Père. La grande question sous-jacente pour les juifs et c'est une question qui est très contemporaine, c'est la question de l'égalité : être l'égal de Dieu. Je vous signale que c'est un très vieux problème, puisque nous revenons au chapitre troisième de la Genèse et la tentation d'être l'égal de Dieu. Nous ne sommes toujours pas sortis de cette problématique, la plupart de nos contemporains, et nous aussi, nous pensons que le seul moyen pour être l'égal de Dieu c'est d'acquérir notre propre autonomie. Il y a Dieu et il y a moi. Ce que dit Jésus dans ce discours, ce n'est pas uniquement son discours, mais ce sont aussi les actes qu'il vient de poser juste avant et le fait qu'il ait fait ce miracle un jour de sabbat le discours de Jésus a pour but de réorienter la relation entre Dieu et l'homme expliqué à travers la relation entre le Père et le Fils unique. Ce que Jésus est venu dire et expliquer aux hommes sur la terre, c'est l'égalité que nous recherchons et désirons, être comme des dieux, cette égalité paradoxalement ne passe pas par l'autonomie mais par la dépendance. La dépendance n'est pas le fait que Dieu veuille nous garder sous sa coupe pour que nous puissions être ses objets et ses marionnettes, mais comme le dit Jésus, le plus grand plaisir, et son plus grand désir c'est de donner ce qu'il est à son Fils, et le plus grand plaisir et le désir du Fils, c'est d'obéir à son Père. C'est ce modèle de dépendance vécue dans la confiance entre le Père et le Fils, c'est ce modèle qui nous est proposé à nous qui sommes les enfants par adoption de Dieu, par le baptême. Ce modèle nous est donné dans la relation directe entre Dieu et nous, mais il doit aussi nous servir pour régir nos relations les uns avec les autres.

Je fais une incise rapide par rapport à ce fameux sabbat et le fait que Jésus a l'air de prendre un malin plaisir de guérir les gens le jour du sabbat. Ce n'est pas qu'il soit antisémite, il est quand même juif, mais il faut rappeler que le sabbat a deux significations. Première signification qui est directement reliée au récit de la création : le samedi on ne travaille pas parce que Dieu s'est reposé après la création. Mais il y a un autre passage dans l'Ancien Testament où il est dit que le sabbat doit être honoré parce que c'est le moment où Dieu a créé mais il a aussi sauvé.

Ainsi, quand Jésus guérit un jour de sabbat, ce n'est pas pour remettre en question le sabbat en tant que tel, mais c'est pour rappeler que le sabbat ce n'est pas uniquement Dieu créateur, mais c'est Dieu créateur attentif à sa création, venant à chaque instant pour recréer sa création et pour réinstaurer la relation entre la personne blessée et Dieu. C'est ce qu'il fait qu'en guérissant la personne paralysée à la piscine de Bethesda et l'on pourrait élargir à l'expérience du pardon et de la réconciliation. Car qu'est-ce que la réconciliation ? C'est une réinstauration qui fait découvrir que je peux devenir moi-même en m'opposant à la figure paternelle qui par définition est toujours méchante, insupportable, et j'entends de la part du prêtre à travers le sacrement que ce n'est pas du tout cela ! Ce qui me libère et ce qui fait de moi le fils ou la fille de Dieu, c'est une relation d'obéissance vécue sur la confiance entre Dieu et moi-même.

Frères et sœurs, cette petite incise sur le sabbat c'est aussi pour rappeler tout simplement que Dieu nous libère du poids du péché, et que nous sommes invités aussi vers nos frères pour leur montrer ce visage de confiance, d'amour, ce visage de fils et de fille de Dieu. Frères et sœurs, que cet évangile soit pour nous l'occasion de méditer sur la relation que nous avons avec Dieu. Nous pensons trop souvent que pour devenir ce que nous sommes, c'est-à-dire que nous avons à nous construire contre Dieu, alors que là-dessus nous sommes dans la droite ligne du péché originel. Alors qu'en fait, le Christ est venu manifester une autre relation, qui nous invite à vivre avec notre Père, c'est-à-dire être avec Dieu et non pas à côté ou contre Dieu.

 

 

AMEN

 

 

 
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