AU FIL DES HOMELIES

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LE RITE, OUVERTURE VERS UN AILLEURS

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de Carême- B

(5 avril 2000)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

L

e point d'appui, le point de référence du Fils, est en-dehors du Fils. De même que dans un tableau de peinture, le point de fuite n'est pas visible, n'est pas dessiné, mais on peut le retrouver en voyant toutes les lignes de force qui de fait vont aboutir à ce point de fuite qui a servi un peu de réfé­rence de construction, de point de départ. On pourrait dire ainsi que ce point est le Père, hors du Fils et en est sa référence, de même pour nous. Si nous croyons en nous-mêmes, si nous trouvions en nous-mêmes nos lignes, elles aboutiraient ailleurs que nous et en même temps cet ailleurs de nous est fait pour nous, c'est une sorte de point qui est à l'intérieur de nous Dieu vivant en nous et en même temps, un point tout à fait exté­rieur, la référence de Dieu.

Une des choses les plus difficiles à faire pas­ser dans notre monde contemporain est de témoigner que nous savons, que nous sommes conscients de notre manque d'autonomie et que nous dépendons, et que cette dépendance nous rend vivants. Ce n'est pas une dépendance dont nous sortons amoindris, dimi­nués, mais c'est une dépendance qui vivifie, qui donne un sens, qui fait histoire. Et c'est vrai qu'un peu ins­tinctivement, un peu naturellement, malgré nous, cette notion d'autonomie, de suffisance précaire, mais suf­fisance quand même, fait son chemin dans la diffé­rence un peu latente.

L'Église est celle qui témoigne de cet ailleurs, de cet autre, de ce point de référence qui n'est pas inscrit dans le monde, même s'il en est à la fois le point de début et le point de la fin. Dans l'évangile que nous avons entendu, Jésus parle à la fois du temps présent, de l'heure : "Voici l'Heure, mon âme est trou­blée", et en même temps du point de départ de Celui dont Il vient et Celui vers où Il va, le point d'arrivée.

Le chrétien est celui qui en tendant les bras vers son Maître par la prière, par son ouverture, par l'adoration, par l'attente, étreint tout à la fois le début et la fin de sa vie, et plus encore, le début de l'huma­nité et la fin de l'humanité. Nous vivons à l'intérieur de nous dans une histoire singulière, la nôtre, mais dans une histoire qui est celle de Dieu et des hommes, et nous nous inscrivons mutuellement dans un registre qui est notre histoire et celle des autres, celle de tous ceux qui se référent à, qui font appel à. Et Dieu sera toujours comme une sorte d'aimantation, dont nous connaîtrions un peu le goût, l'étrangeté, mais dont nous ne sommes jamais rassasiés. Le sacrement, la liturgie, sont là pour nous éveiller à cet ailleurs, à cet autre, même si dans le rituel tout semble écrit d'avance, en fait il est signe comme un tonneau vide qui attend l'indicible, qui attend que se fasse sentir l'étrangeté de Dieu. Et le rite est là justement pour nous garantir en quelque sorte que Dieu, en ce qu'Il est se donne et se révèle et se dit, se fait sentir, s'ins­crit.

Alors, frères et sœurs, en ce chemin de ca­rême nous avons non pas à ronger les bords du cadre du rite, mais c'est par ce rite que nous sommes invités à aller plus loin. N'en restons pas là à l'entrée du rite, mais profitons de ce que le rite nous offre pour dé­couvrir que Dieu est Dieu, autre et en même temps envoyé vers les hommes, vers nous.

 

AMEN

 

 

 
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