AU FIL DES HOMELIES

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C'EST AUJOURD'HUI LE JOUR DU SALUT

Is 49, 8-16 ; Jn 5, 19-30

Mercredi de la quatrième semaine de carême – C

(28 mars 2001)

Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

O

ù en êtes-vous de votre carême ? C'est une sorte de sondage que je fais auprès de vous, vous pourrez me donner vos réponses à la fin de la messe si cela vous plaît. Quand je dis "où en êtes-vous de votre carême", c'est parce que peut-être comme moi, au départ, vous vous dites que cela commence un peu à durer. Il y a la mi-carême, d'ac­cord, tout cela c'est du temps qui passe, on s'est peut-être appesanti sur ce chemin, on s'est essoufflé, du coup on attend les œufs de Pâques, les lapins et les cloches, parce que c'est bien sympathique l'ascèse, la pénitence, la mortification de la chair, comme le di­sent toutes nos oraisons de carême, il ne faut pas se voiler les oreilles, il faut les écouter et les entendre. On peut être comme quelqu'un qui attend que ça passe.

Aujourd'hui, je pense que les lectures que nous avons faites sont véritablement comme un nou­veau coup de fouet qui nous est donné pour reprendre du cœur à l'ouvrage sur ce chemin de carême. Quand on considère notre carême, on lui voit un début, le mercredi des Cendres, on est tout feu tout flamme, on veut faire plein de choses, peu cela commence à se "dealiter", on voit l'avenir de Pâques, en se disant que de toute façon, cela ne servira à rien, Pâques arrive, on oublie tout et l'on fait la grande lessive. Cette pers­pective linéaire dans le temps est toujours la même : le mercredi des cendres, on avance, et il y aura Pâ­ques ; mais le problème c'est que du coup nous vivons notre carême parfois sans relief. Vous me direz que parfois Dieu se charge de nous faire un bon carême, ça arrive qu'Il nous donne des pénitences qu'on n'avait pas prévu. Mais dans l'ensemble, on finit par trans­former le carême en temps ordinaire, c'est-à-dire fi­nalement, rien de plus que d'habitude, R.A.S., rien à signaler, comme écrivait Louis XVI le 14 juillet sur son journal de bord.

Le carême c'est un temps exceptionnel, c'est un temps, et c'est la Parole de Dieu qui nous le dit pour aujourd'hui : Isaïe dit : "C'est le temps de la fa­veur et Je t'ai exaucé, c'est le temps du Salut et je t'ai secouru". Trop souvent nous disons : c'est pour de­main, ou c'était hier, je crois que la perspective est fausse, c'est pour aujourd'hui. L'originalité du carême, c'est de replonger dans le présent, c'est chaque jour de faire l'expérience fondamentale de ce salut, c'est-à-dire de voir comment déjà la Pâque se réalise au jour le jour avant d'en fêter solennellement le cœur, l'essence que sera le jour de Pâques. Mais le carême, c'est faire cette expérience su salut tous les jours, c'est aujourd'hui, 28 mars, le jour du salut, le temps favorable. Du coup, ce que nous chantons dans la liturgie : "Voici le temps favorable, voici le temps du salut", ce ne sont pas simplement des mots qui passent pour faire bien et broder sur la trame violette du carême, mais c'est bien pour dire qu'aujourd'hui, effectivement, j'ai fait l'expérience du salut, aujour­d'hui, j'ai fait l'expérience du temps favorable.

C'est un aujourd'hui, et c'est cela aussi l'origi­nalité de toute la vie chrétienne, qui peut d'appuyer, se fonder et s'enraciner sur un évènement qui a déjà eu lieu, sur la Pâque que Jésus a déjà réalisée C'est aussi ce qu'on trouve dans le même Isaïe lorsqu'il dit : "Vois, je t'ai gravé sur les paumes de mes mains, tes remparts sont sans cesse devant moi". Cela nous ren­voie tout de suite à l'évènement pascal par excellence, qui est la Pâque du Seigneur, sa Passion, lorsqu'Il meurt sur la croix et que les clous entrent dans les paumes de ces mains, c'est la réalisation de ce verset : "Vois, je t'ai gravé sur la paumes de mes mains". Jé­sus est crucifié en-dehors des murs de Jérusalem, et avant de mourir Il baisse peut-être les yeux sur les remparts de Jérusalem : "Vois, j'ai toujours mon re­gard sur tes remparts". Je crois que c'est cela qui est vrai encore aujourd'hui, parce qu'en Dieu, tout acte prend valeur d'éternité, ce qu'on entend dans l'évan­gile de Jean : "je fais les œuvres de mon Père, qui voit mes oeuvres, etc ..." cela a l'air un peu compliqué, mais c'est cela l'œuvre de Jésus, quand on grave quel­que chose, et à plus forte raison quand c'est gravé dans la chair, cela ne part plus, et l'acte de la Passion de Jésus, c'est un acte inscrit dans l'éternité. Il ne cesse pas de contempler les murs de Jérusalem, il scrute Saint Jean de Malte, les pierres vivantes que nous sommes, Il ne cesse d'avoir ce regard porté sur nous. Dans ces cas-là, et c'est la troisième dimension de toute la vie chrétienne qui est celle que nous ouvre ce carême, cela nous ouvre un avenir.

Faire l'expérience aujourd'hui du Salut à partir de cet événement éternel inscrit dans un mémorial, dans notre mémoire même comme celle de Dieu, cela nous ouvre cet avenir et nous pouvons écouter cette Parole : "Ils n'auront plus faim ni soif, ils ne souffri­ront plus du vent brûlant, ni du soleil, car Celui qui les prend en pitié les conduira vers les eaux jaillis­santes. De toute montagne, je ferai un chemin, et mes routes seront relevées. Les voici, ils viennent de loin, ceux-ci du Nord et de l'Occident, ceux-là du pays de Sinim". Là, on pourrait prendre le quartier que chacun habite, et l'on dirait, voici, ils viennent de la butte des trois moulins, voici, ils sortent de leur hôtel particu­lier du quartier Mazarin, voici, ils viennent de la Zup et de la Zac, et cela ouvre un avenir. Alors, l'évangile d'un seul coup résonne à nos oreilles. Jésus dit que ceux qui sont morts entendront la voix du Seigneur, ceux qui sont dans les tombeaux se relèveront. Mais qui sont ces morts, qui sont ceux qui habitent les tom­beaux ? C'est nous. Et nous étant relevés et écoutant la voix du Seigneur déjà la Pâque s'accomplit en nous. C'est l'œuvre du carême, c'est cette expérience de l'aujourd'hui du salut.

 

 

AMEN

 

 
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