AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA SOURCE D'EAU VIVE

Jr 17, 13-18 a ; Jn 7, 37-52

Samedi de la quatrième semaine de carême – B

(27 mars 1982)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

 

omme vous venez de l'entendre, il y a, dans cette page d'évangile, deux parties qui s'enchaînent au niveau des faits mais dont la portée est bien différente. Il y a d'abord cet oracle du Christ, cette parole jaillie à pleine voix, de son cœur en ce jour de la fête, devant toute la foule quand Il s'écrie prophétiquement : "Si quelqu'un a soif, qu'Il vienne à moi !" Et l'évangéliste commente en nous disant que cette parole du Christ accomplissait l'Écriture disant :"De son sein couleront des fleuves d'eau vive." Et il nous renvoie à cet événement ultérieur de la glorification de Jésus où sera effectivement donné le fleuve d'eau vive de l'Esprit qui n'était pas encore ouvert au moment où Jésus parlait, parce que Jésus n'avait pas encore été glorifié. C'est donc au moment où Jésus entrera dans sa Pâque, la Pâque de sa mort et de sa résurrection, au moment où Il passera "de ce monde à son Père", au moment où la gloire de Dieu entrera, à travers sa Passion, jusqu'aux dernières fibres de son corps et de sa chair, c'est à ce moment-là que, du sein de Jésus, jailliront ces fleuves d'eau vive qu'est l'Esprit, comme Saint Jean nous le précisera lorsqu'il verra couler du côté de Jésus transpercé du sang et de l'eau. Du sang, le sang de son sacrifice. De l'eau, cette eau vivifiante, cette eau vive, cette eau qui, depuis le début de la Bible, est le symbole de l'Esprit vivifiant de Dieu, de l'Esprit Saint. Oui, c'est bien du cœur de Jésus transpercé, offert en sacrifice pour nous, du cœur de Jésus transfiguré et glorifié par l'amour même qui l'a poussé jusqu'à la croix, c'est de ce cœur du Christ que jaillira pour nous la source vivifiante de l'Esprit Saint, la source du baptême, cette source dans laquelle nous avons été plongés au début de notre vie chrétienne, ou dans laquelle bientôt plusieurs enfants de notre paroisse seront plongés, au cours de la nuit de Pâques, cette source du Christ ressuscité qui donne l'Esprit, qui donne la vie, la vivification, la résurrection.

Puis il y a cette deuxième partie, cette discussion sur les origines de Jésus qui, de façon assez originale pour nous qui avons lu les évangiles de l'enfance est comme une preuve supplémentaire de la divinité et de la messianité de Jésus, puisque les juifs se méprennent en croyant que Jésus vient de Galilée. Effectivement c'est là qu'Il a vécu toute son enfance et c'est de là qu'a commencé sa prédication. L'objection que font les juifs, c'est que le prophète, le Messie ne doit pas venir de Galilée puisqu'il est de la descendance, puisqu'il est l'objet de la promesse faite à David et qu'Il doit donc sortir de sa lignée et de Bethléem, la ville de David. Ce que les juifs ne savaient pas, nous le savons par l'évangile de saint Matthieu et de saint Luc, puisque au hasard d'un évènement, d'un recensement c'est bien à Bethléem que Jésus est né et c'est bien de la race de David qu'Il est issu, par cette filiation que Joseph lui a donnée en étant son père adoptif, en étant aux yeux des hommes et selon la loi, le père de Jésus.

Oui, Jésus est bien le Messie promis et nous voyons à quel point se ferme le cœur de ses auditeurs. Alors que la foule est émerveillée devant les paroles du Christ, les grands prêtres, les pharisiens ferment volontairement leur cœur. Et le signe de cette fermeture des cœurs c'est, non seulement qu'ils refusent les paroles de Jésus, mais c'est le mépris dans lequel ils tiennent leurs propres frères, "cette foule qui ne connaît pas la Loi, ce sont des maudits !" Quel abîme d'égoïsme, d'orgueil, de fermeture à la lumière que de pouvoir ainsi traiter de maudits des hommes dont le seul tort était de ne pas avoir eu le temps, le loisir d'étudier suffisamment à fond les termes de la Loi. Au fond, les pharisiens se considéraient comme les seuls justes, comme au-dessus du reste de l'humanité, comme les élus parmi le peuple élu, comme des privilégiés. Et ceci, déjà, manifeste combien leur cœur est inaccessible à l'évangile, car il n'y a pas d'évangile pour ceux qui se croient au-dessus des autres. L'évangile c'est la loi de l'amour, de l'ouverture du cœur, c'est ce qui nous rend proches les uns des autres, proche des plus pauvres, proche des moins savants. Jésus Lui-même, ne s'est-il pas écrié un jour, sous l'action de l'Esprit Saint : "Père, je te rends grâce d'avoir caché cela aux savants, aux habiles et de l'avoir révélé aux tout-petits !" Oui, ces tout-petits que les pharisiens traitaient de maudits, c'est à eux que l'évangile est annoncé.

En ce temps de Carême, laissons-nous conduire par le Christ Jésus, dans la voie de cet amour de l'évangile. Considérons-nous, nous-mêmes comme les plus petits d'entre nos frères pour pouvoir recevoir la révélation de Dieu.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public