AU FIL DES HOMELIES

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BOIRE À LA SOURCE

Jr 11, 18-20 ; Jn 7, 37-52

Samedi de la quatrième semaine de Carême – A

(7 avril 1984)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Sichem : église de la samaritaine

D

 

ans ce passage de l'évangile de Jean, la situation devient de plus en plus tendue et dramatique. D'une part, le Christ déclare, de plus en plus ouvertement, ce qu'Il est venu faire. Il promet l'eau vive : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à Moi, et qu'il boive !" Et saint Jean prend soin de préciser : "selon le mot de l'Écriture : "De son sein couleront des fleuves d'eau vive." Dans la tradition de l'Ancien Testament, cette parole était appliquée à la Sagesse de Dieu, à la Torah. Celui qui vivait selon la Loi était comme l'arbre planté près du cours des eaux. Il pouvait survivre grâce, précisément à l'eau vive qui était là pour lui donner la vie. Accomplir les commandements, c'était boire à la Loi, c'était se rassasier de la vie que Dieu veut donner par la Loi. Or, précisément, le Christ reprend pour son propre compte ces prérogatives de la Loi. Désormais, ce ne sera plus la Loi qui fera vivre le juif observant, mais c'est Lui qui fera vivre tout homme qui a soif. Quiconque voudra aller au Christ pourra puiser de l'eau et boire.

Et l'évangéliste prend soin de nous préciser que cette eau, c'est l'Esprit car ce que le Christ va nous donner, cette Eau Vive que nous allons recevoir par Lui c'est précisément l'Esprit Saint. Jésus prophétise cette annonce car c'est au moment même où Il mourra que "couleront de son sein" le sang et l'eau et qu'Il donnera, qu'Il livrera son Esprit. C'est alors que tout homme pourra venir puiser et boire à la source du salut.

Mais le problème se complique car, pour les autorités du Temple, la question est loin d'être réglée. Cette prédication se passe au moment de la fête, au moment d'un grand concours de foule, et c'est une sorte de première manœuvre pour essayer d'arrêter Jésus et de dresser contre Lui un complot. En effet, ce que pensent les autorités, c'est qu'il faut le faire disparaître discrètement. C'est pourquoi ils envoient les gardes, mais les gardes sont eux-mêmes subjugués par la parole de Jésus et, quand ils reviennent, ils rendent témoignage. C'est un peu comme s'ils avaient déjà bu à cette Eau Vive. A ce moment-là, la discussion reprend sur la conformité de Jésus avec les exigences données sur le Messie. Le Messie, étant de la lignée de David, devait naître à Bethléem. Or Jésus était tenu pour originaire de Nazareth, ce qui ne concordait pas avec les Écritures. Et Nicodème, qui sent bien que, dans leur cœur, la décision est déjà prise, leur dit : "Pour le juger, il faut d'abord l'entendre". Alors, on le renvoie brutalement en l'accusant : "Alors, tu es aussi de Galilée !"

C'est là où nous touchons quelque chose d'extrêmement mystérieux, de ce qui a dû probablement se passer dans la conscience des autorités juives de l'époque. A la fois pour reconnaître, il faut l'Écriture, mais l'Écriture ne suffit pas. Pour reconnaître Jésus, il faut, effectivement que ce soit l'Esprit Lui-même qui nous donne la possibilité de lire l'Écriture et d'y reconnaître Jésus tel qu'Il a été annoncé par les prophètes. Et c'est probablement cette sorte de mauvais raisonnement que les juifs ont dû faire au moment de la mort de Jésus. Ils ont dû penser qu'ils étaient les maîtres de l'Écriture et qu'ils pouvaient établir le lien entre l'Écriture et Jésus. Or Jésus est la Parole de Dieu. L'Écriture lui appartient à Lui d'abord, et non pas à ceux qui croient qu'ils ont des droits sur elle.

Ainsi pour nous encore aujourd'hui. Nous pouvons toujours nous fabriquer un Christ selon les Écritures, et même parfois, selon nos Écritures. Mais en réalité, il faut que nous lisions l'Écriture comme quelque chose qui nous est donné par le Christ. C'est parce que le Christ nous donne l'Écriture qu'à travers cette Écriture Il nous livre vraiment qui Il est ... C'est comme cela que nous devons lire la Parole de Dieu, pas autrement. Nous devons la lire en la recevant des mains du Christ, en la recevant de la bouche du Christ qui nous la commente et qui l'accomplit sous nos yeux. C'est exactement la différence entre Saint Jean qui nous dit : "Lorsque le Christ parle cela veut dire "De son sein couleront des fleuves d'eau vive, ainsi que le dit l'Écriture". Alors il lit l'Écriture en fonction de ce que le Christ a suggéré, en fonction de ce que le Christ a éclairé dans son cœur, tandis que les autorités, au lieu de lire les Écritures dans le Christ, la lisent de façon extérieure à Lui. C'est là leur source d'erreur.

Demandons au Seigneur qu'à travers ce temps qui nous achemine vers la Pâque, nous lisions vrai­ment les Écritures comme des disciples fidèles, sans nous les approprier d'abord pour ensuite juger le Christ, mais à l'inverse, pour les recevoir du Christ lui-même.

 

AMEN

 
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