AU FIL DES HOMELIES

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MA VIE NUL NE LA PREND

Jr 11, 18-20 ; Jn 7, 37-52

Samedi de la quatrième semaine de carême – C

(15 mars 1986)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

e texte que nous venons d'entendre est une suite de ce procès de Jésus qui, à l'intérieur d'Israël, précède la condamnation officielle par les grands prêtres dans la nuit du Jeudi au Ven­dredi Saint. C'est Jésus qui est livré au jugement de son peuple, mais l'évangéliste s'attache surtout à nous faire comprendre comment Jésus se donne.

En effet, nous avons toujours plus ou moins envie de penser que la condamnation et le procès de Jésus, puis sa mort, ont été provoqués par le déroulement normal des événements, même si ce déroulement est choquant, Jésus aurait été pris, puis conduit au Sanhédrin, jugé, condamné et mis à mort. Ce procès ressemble par certains côtés à des événements de notre propre vie. Pourtant, précisément, ce que Jean veut nous montrer, c'est qu'en réalité c'est bel et bien le Seigneur de l'histoire qui est ainsi jugé et condamné, et qu'en aucune façon, on ne peut penser que Jésus subissait passivement les événements qui se déroulaient autour de Lui.

La première parole qui nous est rapportée dans le texte d'aujourd'hui nous le signal : "Si quel­qu'un a soif, qu'il vienne à Moi et qu'il boive !" Au cœur même de ces événement qui se déroulent dans un temps déterminé de l'histoire, dans un lieu précis, la ville de Jérusalem, Jésus, parce qu'Il est Fils de Dieu, reste la source qui vient étancher toute soif d'homme. Par conséquent, tous ceux qui se meuvent autour de Lui sont en rapport à Lui comme à la source. Ils ne sont pas seulement en rapport à Lui comme quelqu'un qu'ils ont envie de saisir et dont ils veulent s'emparer, mais ils sont d'abord en relation avec Lui comme le Seigneur qui donne l'Esprit. A aucun moment, le Christ ne sera écrasé par les évé­nements, mais toujours Il sera la source du don de l'Esprit. C'est pourquoi Jean prend soin de noter que ce don de l'Esprit, de cette eau vive, à toute soif, est conforme à l'Écriture c'est-à-dire au plan du Père, et que ce don n'est pas encore accompli, mais qu'il se fera en plénitude au moment de la Pentecôte, c'est-à-dire lorsque Jésus Lui-même aura été glorifié.

Le deuxième aspect de ce don c'est précisé­ment qu'on ne peut pas l'arracher au Christ, C'est, je pense le sens du contre-point de cette tentative d'ar­restation par les gardes qui disent tout simplement : "On ne peut pas mettre la main sur Lui!" Non seule­ment Il est la source de toute vie, mais le moment même où Il donnera effectivement sa vie ne peut être déterminé que par Lui. Dans tout l'évangile de Jean court le thème de "l'Heure" : "Mon heure n'est pas encore venue." Ici c'est la même chose. Quand, par l'histoire, les hommes veulent anticiper l'heure du don de l'Esprit, ils ne le peuvent en aucune manière, et les gardes reviennent en disant : "Nous ne pouvons pas avoir d'emprise sur Lui !"

Enfin la troisième chose, c'est toujours ce dé­bat sur l'Écriture. Ici Jean nous montre comment le peuple lui-même, dans son application de l'Écriture au Messie, échoue chaque fois pour discerner la vérité de Jésus-Messie, uniquement à partir de sa propre intel­ligence des Écritures. Comme je vous le disais hier, l'Écriture n'est pas une sorte de procédé de vérifica­tion mis à notre disposition pour savoir si le Christ est bien conforme ou non. L'Écriture n'est pas, dans la bouche et dans l'esprit des hommes, une sorte de label de conformité. L'Écriture, elle est dans le cœur même de Dieu, et c'est le Christ Lui-même qui, à travers l'Écriture, nous dit qui Il est. C'est pourquoi Nico­dème lui-même dit : "Ne mesurons pas l'Écriture seulement à nos propres idées, mais essayons de voir si Lui-même nous pouvons Le juger, L'appréhender, et voyons si la Loi dit quelque chose qui soit en Lui répréhensible." Et dans ce débat, les hautes autorités du sacerdoce de Jérusalem perdent même le moyen qu'elles croyaient se donner de juger le Messie selon les Écritures car à ce moment-là, elles s'engagent sur un chemin qui les rend aveugles, même au sujet des Écritures. Ce que demande Nicodème, c'est que Jésus soit jugé selon l'Écriture, mais le Sanhédrin refuse même cela. Et c'est à ce moment-là que s'enclenche tout le processus de cet isolement, de cette rupture, de cet abîme entre Jésus et les responsables de Jérusalem, car le moyen qu'ils croyaient avoir pour juger de Jésus comme Messie leur file entre les doigts. En réalité la manière même dont ils se servent de l'Écriture pour parle de Jésus ne sert qu'à couvrir un refus qui est déjà plus profondément dans leur cœur.

Ce qui est arrivé là peut nous arriver à tous et à chacun. La manière même dont nous sommes chrétien c'est au fond la manière même dont, à travers l'Écriture qui nous est livrée, qui nous est donnée, nous essayons de déterminer le visage du Seigneur. Contrairement à ce qu'on pourrait penser cet exercice n'est pas sans risque. Il s'agit toujours de lire la vérité de l'Écriture, non pas en fonction de ce qu'on voudrait y trouver, mais il s'agit de reconnaître la vérité du Christ tel qu'Il se donne Lui-même dans les Écritures. Et cela demande de notre part un effort incessant de conversion. Cela demande de notre part de savoir qu'il est difficile de déchiffrer et de connaître le véritable visage du Seigneur. Cela demande de notre part une très grande docilité.

Que ce temps qui nous prépare à Pâques soit pour nous un temps où nous renouvelons nos cœurs, à la fois aux sources des Écritures, aux sources de l'Esprit, de cette eau vive qui a coulé du côté du Christ, pour qu'un jour nous le reconnaissions en vérité.

 

AMEN

 

 

 
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