AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA MORT, NAISSANCE AU MONDE NOUVEAU

Jr 11, 18-20 ; Jn 7, 37-52

Samedi de la quatrième semaine de Carême – B

(8 avril 2000)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

F

rères et sœurs, à mesure que nous nous avan­çons vers la fête de Pâques, cette lecture de l'évangile de saint Jean nous montre l'étau qui se resserre autour de Jésus. Les pharisiens sont dé­chaînés : "Aucun prophète ne peut venir de Nazareth" La foule qui est séduite par Jésus n'est qu'une racaille, et même l'un d'entre eux, Nicodème qui veut faire entendre l'équité est renvoyé: "Étudie, et tu verras que de Galilée il ne peut pas sortir de prophète".

Et c'est au milieu de cette haine qui s'accu­mule, c'est alors que Jésus, comme Jérémie, est conduit vers l'abattoir, comme un agneau innocent, qu'il s'écrie : "Si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive. Si quelqu'un a soif, de leur sein couleront des fleuves d'eau vive, et il disait cela de l'Esprit que recevraient ceux qui croiraient en Lui". Cet Esprit qui, comme un fleuve d'eau vive coulera de son côté transpercé sur la croix, cet Esprit qui se répandra su l'Église comme le fleuve de l'eau du baptême, cet Esprit dans lequel sera communiqué aux hommes, le salut. C'est cet Agneau innocent, conduit à la bouche­rie, c'est cet homme méprisé, rejeté, qui va être cruci­fié, c'est cet homme abandonné qui est le Salut du monde. C'est de son côté transpercé, de son Corps crucifié, de sa chair meurtrie, c'est de sa mort que va jaillir pour nous la vie. Tel est le cœur même du mystère de la Pâque du Christ auquel nous nous pré­parons jour après jour, c'est dans cette eau vive qui jaillit de son côté, c'est dans ces fleuves d'eau que vont être plongés dans la nuit de Pâques, les catéchu­mènes. C'est dans ce fleuve d'eau vive que sont plon­gés tous les chrétiens, et plus particulièrement au moment où nous passons de ce monde au Père, comme le Christ, plus particulièrement au moment de notre mort, nous sommes emportés par ce fleuve d'eau vive jailli de la mort du Christ.

La mort du chrétien n'est pas la fin de cette vie. La mort du chrétien n'est pas l'écroulement de son existence, mais elle est un passage à travers les eaux de la Vie, avec le Christ, comme le Christ. Il y a de la mort, un mystère, certes, elle est pour nous le déchi­rement de notre être, séparation de l'âme et du corps, déchirement de nos liens d'affection, séparation d'avec ceux que nous aimons, le mort est le moment le plus redoutable que nous puissions connaître, mais nous sommes invités par le Christ qui lui-même a affronté la mort, qui lui-même s'est laissé conduire à la mort par ses bourreaux, par tous ceux qui l'ont trahi, haï, nous sommes invités par le Christ à découvrir au fond de cette mort, la source même de la Vie. Ceci n'est pas facile à découvrir, à pressentir, à vivre, pour nous qui restons sur la terre et qui sommes séparés de ceux que nous aimons, et pourtant, c'est là le mystère que le Christ nous invite à découvrir et dans lequel Il nous invite à pénétrer avec Lui. La mort, est comme une mise au monde nouveau, la mort est comme une nais­sance, une naissance de l'esprit, une naissance dans laquelle notre baptême va s'accomplir, va prendre tout son sens, sa plénitude, nous ne sommes pas baptisés seulement pour ce temps, mais pour la vie éternelle. Et cette vie éternelle déposée au plus secret de notre existence, comme un germe qui va grandir, et au jour de notre mort, cette vie qui n'a pas de fin, la vie du Christ lui-même, la vie du Christ ressuscité, cette vie va surgir au fond de notre tombeau, de notre exis­tence. C'est à cela que nous sommes conviés et appe­lés. C'est un acte de foi, et le Christ qui a proclamé ces paroles au moment où lui marchait vers la mort, vers le supplice et vers l'échec apparent, le Christ à juste titre, veut nous inviter à le suivre, à marcher avec Lui, à mettre nos pas dans ses pas, à traverser avec Lui cette mort pour entrer dans la Vie promise.

Aujourd'hui, nous nous préparons à la Pâque du Christ et beaucoup d'entre nous ont vécu cette Pâ­que du Christ dans la Pâque d'un être cher qui lui aussi est passé par la mort. Recueillons-nous pour atteindre le cœur de ce mystère, pour nous laisser prendre par cette Parole du Christ qui n'est pas une Parole facile, mais exigeante, qui nous demande à travers l'expérience de la mort et de la fin apparente d'entrer dans cette vie nouvelle qu'Il nous apporte, qu'Il nous donne, qu'Il a lui-même trouvé au fond de son tombeau, au fond de sa Passion, et qui est sa Ré­surrection Pascale.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public