AU FIL DES HOMELIES

Photos

L'EAU VIVE DE LA SAGESSE ET DE L'AMOUR DE DIEU

Jr 11, 18-20 ; Jn 7, 37-52

Samedi de la quatrième semaine de carême – C

(31 mars 2001)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

D

e mon sein couleront des fleuves d'eau vive". Frères et sœurs, dans l'évangile de saint Jean, on trouve dans ces quelques mots sans doute, une des prophéties les plus audacieuses de Jésus. "De mon sein couleront les fleuves d'eau vive". Dans la tradition juive, cela voulait dire que la Sagesse, cette puissance mystérieuse qui était auprès de Dieu Sagesse créatrice, Sagesse qui accompagne la vie de tout homme, Sagesse qui inspire les rois, les prophètes, cette Sagesse faisait couler d'elle-même une vie, une intelligence, une compréhension des choses qui était proprement divine. Et Jésus, ce jour-là, alors qu'il est à Jérusalem et qu'il se sent déjà me­nacé, reprend cette parole en disant : "Celui qui a soif, qu'il vienne à Moi", et l'évangéliste ajoute : "Il voulait faire allusion à cette parole : de mon sein, du sein de la Sagesse, couleront des fleuves d'eau vive". Par cette parole, Jésus annonce ici clairement que de son côté transpercé sur la Croix, ce n'est pas simplement le Sang et l'eau au sens physique, biologique dit terme qui vont être donnés et répandu, c'est en même temps, indissolublement sa vie divine, la Sagesse divine, le Salut de Dieu. Jésus ce jour-là a annoncé aux foules qui L'écoutaient que nous recevrions tous et chacun, à condition d'avoir cette soif de croire, nous recevrions cette Sagesse de Dieu qui est Vie, Amour, Puissance de Dieu dans notre propre existence.

C'est une chose étonnante que ce soit au mo­ment de la mort qu'est communiquée cette Puissance de Dieu, cette Vie de Dieu. C'est au moment de la mort de Jésus que commence la communication de l'Esprit de Dieu, de la Sagesse de Dieu à tous les hommes. C'est par la mort même que Jésus donne la Vie. Je crois que pour beaucoup d'entre nous qui sommes ici aujourd'hui rassemblés dans cette église, ces paroles doivent résonner avec plus de profondeur et d'intensité parce que nous venons d'être témoins de la mort d'un être cher. Précisément, pour nous habi­tuellement, la mort c'est le moment où le souffle s'en va, où un être que nous aimions, tout ce qu'il portait de vie, d'amitié, d'affection, de bonheur, de sourire, tout cela semble irrémédiablement perdu. Et pourtant, ce que nous enseigne la prophétie que Jésus a faite de Lui-même ce jour-là, nous apprend précisément que nous-mêmes, au moment de notre mort, c'est comme le dernier élan : celui qui croit en Jésus s'avance, s'ap­proche, et vient boire à la source du Salut. Il a fallu que Jésus se rende proche de nous jusque dans notre mort, pour que nous aussi dans notre mort, nous puis­sions nous avancer vers Lui et recevoir définitivement et en plénitude le souffle de l'Esprit et de la Sagesse de Dieu.

C'est vrai que Jésus dit bien : celui qui croit, Il ne dit pas que c'est une affaire d'opinion, où certains pensent comme ceci et d'autres comme cela, non, Il dit que c'est une affaire de foi, c'est-à-dire de confiance. Et c'est vrai que cette confiance en Dieu nous permet de nous approcher de cette source qui est le Christ mort, ressuscité, comme dit saint Jean : "Le Christ glorifié, entré dans la gloire".

Quand nous prions pour nos défunts, nous ne nous contentons pas d'en raviver le souvenir dans notre mémoire, dans notre imagination ou dans notre vie intérieure. Si c'était cela, la prière serait un exer­cice de compensation, de consolation, qui serait tou­jours décevant. Mais lorsque nous prions pour nos défunts, je crois que nous faisons comme eux, nous nous approchons de la source, avec foi, nous nous approchons de ce lieu même où coule la Sagesse de Dieu. C'est pourquoi tout à l'heure, nous recevrons le Corps livré pour nous, le Sang versé pour nous. Ce que nous allons faire dans le geste eucharistique c'est vraiment de nous approcher du Christ comme la source de Vie, pour l'Église, pour ceux qui ont besoin jour après jour de sa force, de sa puissance, de sa Sa­gesse et de son Amour. Mais en communiant, c'est le geste par excellence qui peut non pas nous faire sou­venir mais nous rapprocher dans une véritable com­munion de ceux et celles qui sont déjà parvenus au cœur de la source, au cœur de Dieu.

Frères et sœurs, que cette Eucharistie que nous célébrons ensemble aujourd'hui nous ramène au cœur même de notre foi, au cœur même de notre dé­sir. Quand nous perdons quelqu'un, cela nous ramène aussi à l'essentiel de notre désir. Nous découvrons que nous aimions cette personne comme jamais nous n'avons pu le supposer quand elle était vivante auprès de nous. Nous découvrons tout à coup la mesure de notre désir : nous aimions, et nous étions aimés de façon incroyable. Aujourd'hui, que ce désir soit le mouvement, le dynamisme qui nous amène au cœur de Dieu, c'est la manière la plus sûre de réaliser cette communion, cette véritable communion d'amour par­tagée dans le cœur même du Christ qui ne cesse d'abreuver notre désir et de le faire grandir.

 

 

AMEN

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public