AU FIL DES HOMELIES

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LA SOURCE DE NOTRE IDENTITÉ

Jr 11, 18-20 ; Jn 7, 37-52

Samedi de la quatrième semaine de carême – C

(24 mars 2007)

Homélie du Frère Christophe LEBLANC

 

F

rères et sœurs, vous l'avez entendu dans cet évangile, il s'agit du doute concernant Jésus, et plus précisément sur ses origines. En quelque sorte, son œuvre, sa vie, son action, ses paroles, sont mesurées à l'aune de son origine. Cela veut dire que je peux juger quelqu'un dans ses gestes et ses paroles à partir du moment où je sais d'où il vient, je sais qui il est. Ses origines marqueront définitivement et complètement toute sa vie. Il y a ce dialogue entre les pharisiens, les princes des prêtres et les gardes, et même à l'intérieur de la faction pharisienne, avec ce mot à la fin qui pourrait presque faire sourire : "Etudie" ! Etudie et tu verras que le Christ ne peut pas venir de Galilée.

Jésus se positionne à un autre niveau, non pas que son origine ne soit pas importante, mais ce qu'il veut signifier, c'est que ce sont les actes et les paroles qu'il prononce et qu'il pose dans sa vie d'homme qui disent son identité. Son origine est plus importante que de se conformer à la parole qui est dans les Écritures. Vous l'avez vu dans ce texte, l'origine de Jésus provoque une scission au sein des juifs, et nous vivons nous aussi par l'expérience de la mort une sorte de scission. Une question qui nous travaille peut-être encore plus profondément que la question de l'identité chez les juifs vis-à-vis de Jésus : la mort, son origine, le sens qu'elle peut avoir nous déchire. Très souvent, nous essayons de trouver un sens à la mort en allant puiser à son origine. Je parle d'une manière générale, de matin, je recevais un couple dont j'avais célébré le mariage, et ils venaient pour se préparer au baptême de leur enfant. Elle me racontait la grande souffrance qu'elle avait vécue au moment de son mariage quand des amis avaient perdu leur enfant. La mort d'un enfant, c'est terrible. Elle me disait quand je vois ma petite fille Coralie, s'il lui arrivait malheur je ne pourrais pas m'empêcher de me demander si je ne suis pas quelque part coupable. Nous nous sommes tous dit à un moment ou à un autre, est-ce que j'ai à voir quelque chose avec la mort de celui que j'aime ? Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu comme on dit, pour mériter cela ? ou pour que celui que j'aime mérite cela ? Or, Jésus veut donner un sens à la mort non pas en allant puiser à l'origine de la mort, comme si nous avions à ressasser : peut-être que je n'ai pas su, peut-être qu'il aurait fallu, peut-être, peut-être etc … mais Jésus nous montre que notre identité ne se fonde pas sur notre origine ou sur l'origine de la mort, mais sur le désir. Vous avez entendu au début de l'évangile cette parole extrêmement forte : "Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus debout, s'écria : si quelqu'un a soif, qu'il vienne à moi et qu'il boive, celui qui croit en moi, et selon le mot de l'Écriture, de son sein couleront des fleuves d'eau vive". Ce qui nous caractérise, frères et sœurs, au-delà du sentiment d'être limités par la mort, la maladie, c'est le désir, le fait que Dieu désire nous attirer à lui, que ce désir est complètement gratuit, et que lorsque nous allons vers Dieu, il nous donne sa vie sans compter, gratuitement, sans rien payer, quelle que soit notre origine, quel que soit le parcours que nous avons vécu, quels que soient nos doutes. Mais en même temps, vous l'aurez remarqué, cette source qui n'est pas celle d'où nous venons mais cette source vers laquelle nous allons nous abreuver, d'où vient-elle ? "de son sein couleront des fleuves d'eau vive". Déjà ici, Jésus fait allusion à sa mort.

C'est étonnant de voir comment notre fin, notre désir vient s'abreuver à la mort du Fils de Dieu et non pas à sa toute-puissance et à sa vie terrestre. C'est le Christ mort qui vient nous abreuver. Frères et sœurs, quand nous sommes réunis, pour vous plus spécialement la famille d'Auguste et la famille de Marylène, nous pourrions effectivement, je ne dis pas nous réfugier dans le passé, parce que je crois que la mémoire de ceux qui nous ont quittés est quelque chose de très important à laquelle nous avons à aller puiser. Mais je crois que ce que le Seigneur veut dire, c'est que paradoxalement sa mort, et par conséquent la mort de chaque être maintenant aujourd'hui, est là pour nous attirer vers Dieu. Nous attirer pour nous faire découvrir qu'au-delà de la douleur qui est tout à fait normale, la mort de ceux que nous aimons nous fait signe et nous montre que notre identité d'hommes et de femmes ne se fonde pas sur notre naissance et sur les limites que nous connaissons, mais notre identité se fonde sur Dieu vers qui nous allons.

C'est vrai, c'est facile à dire, c'est beaucoup plus difficile à vivre, et pourtant, je crois que quelles que soient les difficultés que nous rencontrons au cours de notre deuil, il y a ce lieu, l'Église, pas uniquement le bâtiment, la communauté chrétienne nous entoure mais aussi dans le bâtiment, l'autel. Sur cet autel coule l'eau, le sang et l'Esprit. Venir à l'église, ce n'est pas uniquement se souvenir de ceux qui nous ont quitté, venir à l'église en communiant au Corps et au Sang du Christ, c'est en quelque sorte, faire exactement la même démarche que ceux qui nous ont quittés et qui se sont précipités dans le sein de Dieu. C'est venir, pour chacun d'entre nous, nous abreuver à la source d'eau vive.

Frères et sœurs, que nous puissions vivre cette eucharistie, j'ose le dire, comme une action de grâces, parce que c'est cela l'eucharistie. L'action de grâces peut-être plus difficile à vivre aujourd'hui pour certains d'entre nous, et pourtant, croire que ceux que nous aimons nous ont quitté physiquement, ils sont partis pour s'abreuver à cette source d'eau vive, et dans leur mort, ils nous font signe pour éclairer le sens de notre vie qui est d'aller vers Dieu pour devenir Dieu.

 

AMEN

 

 

 

 
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