AU FIL DES HOMELIES

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LA RESPONSABILITE DE LA MORT DE JESUS

 Jr 20, 7-18 ; Jn 11, 45-57
Vendredi 18 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

 

F

 

rères et Sœurs, le passage que nous venons d’entendre de l’évangile de saint Jean est un passage terrible parce que la plupart du temps, la tradition chrétienne l’a lu comme la décision propre des prêtres juifs de mettre à mort Jésus. Et dans une vague d’antijudaïsme qui a beaucoup assombri l’histoire de l’Eglise antique, médiévale et même moderne, on est allé jusqu’à dire que c’étaient les juifs et eux seuls qui étaient responsables de la mort de Jésus. C’est ce qu’on a appelé le déicide.

 

 

Je ne vais pas entreprendre pendant les quelques minutes d’une homélie d’expliquer la manière dont doit être lu ce problème de la responsabilité, mais je vous rappellerai une réaction du cardinal Lustiger. Dans son livre Le choix de Dieu, il est interrogé sur le problème des juifs et de l’accusation que l’on porte contre eux d’avoir été les responsables de la mort de Jésus et dit simplement ceci : « S’il y a des gens qui sont responsables de la mort du Messie et d’autres qui ne le sont pas, il y en a donc qui ne sont pratiquement pas pécheurs puisqu’ils n’y sont pour rien. Ils seraient innocents et cela irait à l’encontre de tout ce qu’on dit concernant le statut de l’humanité face à Dieu : nous sommes tous pécheurs non seulement en Adam, mais aussi par rapport au fait que Jésus est mort en donnant sa vie pour nous. Par conséquent, vouloir dire que c’est telle personne ou tel groupe de personnes qui est responsable est une manière d’esquiver le problème de notre responsabilité personnelle. » Il n’y a là-dessus aucune hésitation et je pense que c’est dans cette perspective-là qu’il faut chercher.

 

 

J’aimerais également attirer votre attention sur un autre aspect de ce texte. Vous l’avez remarqué, saint Jean présente la décision du sanhédrin où sont rassemblées toutes les autorités spirituelles et religieuses de l’époque, c’est-à-dire les pharisiens avec une certaine manière d’interpréter la loi, et les saducéens avec la responsabilité de gouverner le peuple sous l’autorité et l’occupation romaine. Or, Jean n’insiste pas sur la question de la responsabilité. Il s’agit en fait d’une délibération dans laquelle les autorités disent des choses très justes, je crois qu’il est tout à fait vraisemblable que si Jésus n’avait pas été mis à mort au moment où il l’a été, et s’il avait eu du succès au milieu du peuple juif, c’est peut-être effectivement le peuple juif tout entier qui avec lui aurait été entraîné dans la mort. De ce point de vue-là, Jean lui-même rend hommage à une certaine lucidité de la part des autorités juives, et justifie le fait que les grands prêtres et les autorités aient pu envisager le problème sous cet angle-là. Ca peut être lui ou nous, mais ça peut être aussi nous avec lui. Cette lucidité absolue de la part de Jean est très intéressante.

 

 

Comment a-t-il pu savoir exactement comment s’était opérée la délibération prétendue secrète ? Il avait semble-t-il suffisamment d’entrées dans la cour du grand prêtre au moment du procès. Et c’est bien ce qui est important dans ce texte. Les responsables d’Israël disent « Si tout le peuple se laisse entraîner, ça peut être la fin du peuple. » Et donc à cause de la responsabilité qu’ils ont vis-à-vis du peuple, ils sont obligés de se demander : « Peut-on peut laisser continuer ce qui se passe actuellement depuis quelques temps, surtout avec la résurrection de Lazare ? ».

 

 

Par ailleurs, et c’est encore plus intéressant, Jean dit que la décision Ils résolurent de le faire mourir est prise sous caution prophétique. Il prend bien soin de dire : « Il était prophète et prophétisait car il était grand prêtre. » Il est vrai que le grand prêtre était censé porter une prophétie une fois par an. Le problème de Jean montre à quel point aujourd’hui nous lisons le texte immédiatement comme un procès et non à la hauteur à laquelle il doit être lu. Il s’agit de savoir qui est responsable et qui ne l’est pas. Et si Jean dit « Effectivement, il y a eu délibération de la part des autorités juives, et ces délibérations ont été comme cautionnées par une inspiration prophétique », c’est beaucoup plus difficile à avaler ; mais je crois que c’est beaucoup plus proche de la réalité.

 

 

Le traitement même de Jésus ne pouvait pas simplement se perdre dans les eaux d’une basse manipulation politique. Il s’agissait de savoir ce qu’allait devenir le peuple. Autrement dit, les autorités juives reconnaissent elles-mêmes que la prédication et les actes de Jésus mettent en jeu l’existence du peuple. Quand on commence à voir les choses sous cet angle-là, on se rend compte que dire purement et simplement « C’est eux qui l’ont condamné donc c’est eux qui sont coupables », relève d’une simplification extrême. Et Jean ne veut pas qu’on tombe dans le travers de désigner les coupables.

 

 

Alors, frères et sœurs, je pense que ce texte doit être lu avec la plus grande attention, avec la lucidité de Jean, et même avec celle des grands prêtres et des autorités juives. Dans le sort de Jésus est inclus le sort du peuple. Voilà ce qu’ils disent. Nous en sommes toujours là. Nous savons aujourd’hui que le sort du peuple dépend du sort de Jésus. Nous avons simplement l’avantage et la facilité que nous, nous voyons ça après. Mais le problème reste toujours le même. Croyons-nous vraiment que le sort du peuple de Dieu (que ce soit celui de l’Ancien ou du Nouveau Testament) et de l’Eglise est entre les mains du sauveur ? C’est cela que signifie ce texte. Et c’est à partir de ce point-là seulement que l’on peut essayer d’aborder ensuite la question d’une responsabilité dont la réponse est tellement complexe que nous ne pouvons pas en parler aujourd'hui.

 

 
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