AU FIL DES HOMELIES

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LOIS OU LIBERTÉ ?

Sg 2, 1+10-22 ; Jn 7, 14-30

(27 mars 2009)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

J

usqu'à la Passion, le jour du vendredi saint, on a vraiment l'impression que Jean est un auteur dramatique. Il sait redonner à travers un récit qui est quand même son œuvre, très bien mené, il sait évoquer cette tension terrible qui a dû exister au moment du dernier séjour de Jésus à Jérusalem. 

Peut-être que aujourd'hui, tout cela nous paraît un peu sclérosé comme des images d'Épinal, mais il faut bien réaliser que le moment où le Christ est arrivé à Jérusalem, et surtout en ces moments de fêtes, Jésus ne se gênait pas pour prêcher, pour annoncer ce qu'il avait à dire, pour former les disciples, mais aussi toucher les foules. C'était évidemment, comme vous l'imaginez un exercice périlleux. A l'époque, il suffisait d'une étincelle pour mettre le feu à toute la vile. C'est vrai que Jésus qui avait déjà fait parler de lui pendant son ministère en Galilée, n'arrivait pas tout à fait comme un inconnu dans la ville de Jérusalem. C'est pour cela que tant dans les évangiles de Marc, Matthieu et Luc, que dans l'évangile de Jean, on s'aperçoit que les dernières prédications de Jésus telles qu'elles nous sont rapportées et résumées, sont des prédications qu'on pourrait qualifier de polémiques. Il y a vraiment là une tension terrible entre ce qu'annonce Jésus, et les autorités de Jérusalem qui devinent l'importance décisive de cette parole, qui n'osent pas vraiment l'empêcher de parler puisqu'on se pose la question à la fin de l'évangile, vous l'avez entendu, n'est-ce pas celui qu'ils ont décidé d'arrêter ? Personne n'ose poser la main sur lui, le succès auprès de la foule est sans doute déjà trop grand pour que les grands-prêtres puissent faire une arrestation en plein jour, et c'est pour cette raison que Jésus sera arrêté dans la nuit à Gethsémani et non pas en plein jour. Jésus cependant, continue à réaliser la mission qu'il mènera jusqu'au bout. 

       Ce qui est intéressant dans le passage que nous venons d'entendre, c'est que nous aurions tendance à première lecture à opposer le conflit du bien  du mal, le mal est du côté des juifs, et le bien étant du côté de Jésus. Dans ce cas-là, c'est très simple : il y a le bon héros, et puis, il y a les méchants. En fait, quand vous relisez l'évangile de Jean, la parole que Jésus adresse à ses adversaires et à ceux qui pensent plus ou moins à l'arrêter, en tout cas qui le surveillent et l'épient, cette parole est extraordinaire et elle a encore beaucoup d'importance pour nous aujourd'hui. Jésus dénonce un certain nombre de travers de pensées chez ses adversaires. Le fond du problème, c'est qu'il les renvoie sans cesse à leur liberté. C'est cela la vraie tension dramatique de toute cette montée de Jésus et de ce séjour à Jérusalem : plus il s'affronte aux responsables du peuple, plus il prend un tour polémique en disant : vous avez tort, mais sans arrêt, il leur dit : si vous écoutiez Moïse, si vous écoutiez la Loi. Il y a toujours le "si" qui ouvre une possibilité. Rien n'est écrit dans cette situation. 

       Dans cet évangile il n'y a pas des gens qui sont prévus de toute éternité pour arrêter Jésus, et pour le tuer. Il y a véritablement un conflit ouvert, et aussi bien la liberté des foules dans leur adhésion, que la liberté des responsables du temple et du sacerdoce à Jérusalem, chacun est interpellé dans sa liberté pour pouvoir répondre à cette parole du Christ. 

       C'est exactement encore la même chose aujourd'hui. Lorsque nous sommes confrontés à la parole de Dieu, nous ne sommes pas nécessairement meilleurs que les grands-prêtres. Il y a toujours des raisons pour ne pas accueillir cette parole, il y a toujours de bonnes justifications pour ne pas faire ce qui nous est demandé. Et cependant, cette parole ne s'imposera jamais à nous. Cette parole ne sera jamais une contrainte. 

       Peut-être est-ce la manière dont Jésus essaie de faire évoluer ces hommes. Il leur dit : vous vous cachez derrière une Loi, mais qu'est-ce qu'une Loi ? Si c'est simplement un fardeau que vous vous imposez pour vous justifier, cette Loi est une servitude. Si en réalité la Loi parlait en vérité à votre cœur, vous vous rendriez compte très vite que cette Loi ne crée pas la servitude, mais qu'elle vous ouvre le cœur à ma parole. 

        C'est encore la même chose pour nous aujourd'hui. Que de fois nous essayons d'ériger des systèmes de lois pour justifier notre existence religieuse, nos comportements, nos manières de faire d'agir et de traiter les autres. Mais ce n'est pas de lois qu'il s'agit, c'est de la rencontre de l'autre dans sa liberté et plus spécialement quand il s'agit de Jésus et de sa parole, c'est la rencontre de Dieu dans notre liberté. 

       Frères et sœurs, que cette dernière étape que nous commençons à amorcer vers la semaine sainte et la fin du carême, soit l'occasion de nous réexaminer chacun  sur notre liberté, sur la manière dont nous la mettons en jeu, sur la manière dont nous osons la risquer dans la rencontre avec les autres et la rencontre avec Dieu, non pas pour essayer de la camoufler et de l'enfermer dans un système de lois qui nous réduit en servitude, mais au contraire pour qu'à la lumière de la loi et de la parole de Dieu, elle trouve elle-même sa plénitude. 

 

AMEN


 

 

 
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