AU FIL DES HOMELIES

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DOUCEUR CONTRE VIOLENCE

Sg 2, 1+10-22

(11 mars 2005)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

F

rères et sœurs, le passage du livre de la Sagesse que nous lisions tout à l'heure est un merveilleux passage qui nous annonce d'une façon étonnement concrète la passion du Christ au point qu'on pourrait dire presque que c'est une sorte de premier évangile. D'ailleurs, dans le récit de la passion du Christ, les grands-prêtres et les passants devant la croix reprendront presque mot pour mot les paroles de ce livre de la Sagesse. "Il a dit : Je suis le Fils de Dieu, Il en a sauvé d'autres. Qu'Il se sauve lui-même et qu'Il descende de la croix et nous croirons en lui". Et dans le livre de la Sagesse nous lisions: "Il se vante d'être fils de Dieu. Si le juste est fils de Dieu, que Dieu le délivre puisque d'après ses dires, Il lui rendra visite"

       C'est donc tout le drame du juste qui est injustement persécuté. C'est tout le thème de ce passage : "Les impies dans leurs faux calculs se disent, opprimons le juste parce qu'il est pauvre. N'épargnons pas la veuve, soyons sans égards pour les cheveux blancs chargés d'années du vieillard". Tout ce qui est pauvre, tout ce qui est faible, est méprisé. "Que notre force soit la loi de la justice, ce qui est faible est inutile". C'est le grand drame de la violence humaine de considérer ce qui est faible, pauvre, fragile, petit comme négligeable, comme inutile. Mieux encore de considérer ce qui est différent comme dangereux. C'est ce qui est écrit d'ailleurs toujours dans ce texte : "Son genre de vie ne ressemble pas au nôtre, ses senties sont différents, alors opprimons-le, détruisons-le". Détruire ce qui est différent, détruire ce qui est faible, détruire ce qui est pauvre, détruire ce qui est sans défense. 

       C'est toute l'histoire de l'humanité. De guerre en guerre, de haine en haine, de jalousie en jalousie, depuis le meurtre d'Abel par Caïn, jusqu'à toutes les guerres qui ravagent notre monde, ceci sans discontinuer, c'est toujours la même histoire. C'est toujours la violence qui prend pour objet celui qui est autre qui est différent, ou celui qui est fragile, qui est pauvre, qui est petit. Sans cesse les hommes sont tentés d'imposer leur loi par la force, par la violence, et tout au long de l'histoire, nous voyons sans cesse des hommes innocents, être injustement mis à mort par les autres pour que leur force soit la loi de la justice. 

       Le Christ a accepté de briser cette histoire des hommes, de briser cette fatalité de la violence qui régulièrement se déchaîne aveuglément, qui privilégie ceux qui sont sans défense pour se déchaîner contre eux. Il a voulu être "le" pauvre. Il a voulu être l'innocent. Il a voulu être le juste qui est injustement condamné, injustement persécuté. Il a voulu être celui en qui se rassemblent tous ceux qui ont été ainsi condamnés et mis à mort par la violence de leurs frères. Il a voulu être celui en qui tout le sang versé se résume dans ce sang qu'Il va répandre du haut de sa croix. Il a voulu laver en quelque sorte toute cette fatalité de la violence, de la haine qui se déchaînait et qui continue à se déchaîner, mais maintenant, nous savons que cette mort du juste, cette mort librement acceptée, cette mort qu'il a voulue pour récapituler en lui toutes les morts injustes, cette mort nous délivre. Parce que quelqu'un s'est élevé contre la violence, non pas par une violence réciproque, mais par l'acceptation de cette souffrance, parce que quelqu'un a voulu, lui qui était le Fils de Dieu, prendre sur lui toutes nos peines, nos épreuves, toutes nos injustices, alors, nous avons un salut possible, il y a une issue. La violence n'est plus fatale, nous pouvons avec lui, nous opposer de façon efficace, par la douceur. D'ailleurs, ils le raillaient : "Nous verrons sa douceur"

       Nous avons vu sa douceur, chantions-nous tout à l'heure. Nous avons vu la douceur du Fils de l'Homme, et cette douceur qui accepte de souffrir non seulement pour ceux qui sont persécutés, mais aussi pour leurs persécuteurs : "Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font". Cette douceur du Christ est le triomphe de l'amour et de la vie. 

 

       AMEN 

 

 
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