AU FIL DES HOMELIES

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QU'IL RETOURNE DANS SON MONDE !

Sg 2, 1+10-22

(15 mars 2002)

Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

I

l y a une symétrie très profonde entre les deux textes que nous venons d'entendre. Le premier, c'est le Livre de la Sagesse, c'est le complot de ceux qu'on appelle les méchants, qui sont en réalité une bande de jouisseurs, violents, et qui ne supportent aucune limite, et qui donc refusent les exhortations à la Sagesse de celui qui se réclame de Dieu. Dans l'autre, celui de saint Jean, nous avons l'amorce de ce dialogue qui va conduire à la mort de Jésus. Jésus explique que ce qu'il fait, Il ne le fait pas de Lui-même, que s'il est là, Il ne vient pas de Lui-même, mais il se réclame de son Père, de la gloire que Celui-ci veut Lui donner, et donc, d'une réalité étrangère à ses auditeurs, puisque précisément ses auditeurs se réclament de Moïse mais de manière telle qu'ils en méconnaissent la véritable source.

       Dans les deux cas, la réaction est la même et c'est intéressant. Qu'il s'agisse des impies dans le Livre de la Sagesse, qu'il s'agisse des auditeurs de Jésus dans le texte de saint Jean, le raisonnement qu'ils font est toujours le même. "S'il nous parle d'un autre monde, s'il fait intervenir une réalité autre que celle que nous comprenons habituellement et qui est notre monde, alors nous allons le remettre dans son monde à lui, pour qu'il ne gêne pas notre monde". C'est cela le mystère de la mort de Jésus. C'est le fait que quand il vient, Il apporte une réalité qui "n'est pas assimilable" parce qu'elle est radicalement autre, et ceux qui sont appelés, interpellés, par la Parole de Jésus qui dit : "Je ne viens pas de Moi-même, mais Je viens d'ailleurs", ne supportent pas qu'il y ait comme une sorte d'intervention de l'extérieur dans leur propre monde. Ils ont leur compréhension de Moïse, ils ont leur compréhension de la Loi, ils ont leur compréhension de la manière dont il faut guérir ou ne pas guérir. Et par conséquent, quand Jésus dit : "Quand Je fais cela, Je le fais avec une autorité qui est celle du Père, Celui qui m'a envoyé, Celui dont Je dépends", alors la réponse est : alors, nous allons te renvoyer là-bas !

       C'est là que commence à se tramer dans l'évangile de saint Jean tout le sens de la mort de Jésus. En fait la mort de Jésus est lisible à deux niveaux. D'abord, elle est lisible en partant de ce monde, qu'est-ce que la mort de Jésus ? C'est le mettre hors de ce monde, c'est le tuer, le détruire, et de l'autre côté, mais la même réalité, le même acte, en voulant le détruire, d'une certaine manière, on l'exalte, on le met à sa place dans le monde d'où Il vient. C'est-à-dire qu'il est exalté : "Quand Je serai élevé de terre, J'attirerai tout à Moi " ! C'est exactement là l'ambiguïté de la Passion. Apparemment du point de vue de l'Histoire, du point de vue des évènements, c'est simplement repousser, refuser Celui qui vient d'ailleurs et le repousser par la violence vers ce monde d'où Il vient, précisément par ceux qui le refusent et considéré comme n'existant pas. Donc, c'est un acte de négation, c'est la mort, c'est la destruction. Mais ce que saint Jean nous fait voir au fur et à mesure de toutes les pages que nous allons lire jusqu'à la fin de ce Carême, et qui culmine dans la Passion, c'est qu'au moment même où on le repousse, où l'on croit l'exclure de ce monde, en réalité le Christ trouve sa véritable dimension, sa véritable place qui sera manifestée par la Résurrection.

       Cette approche peut nous aider à comprendre certains aspects de notre vie personnelle. Dans notre relation avec Dieu, avec le Christ, il y a toujours les deux aspects. Il y a toujours un peu la peur, le refus, que le Christ intervienne dans ce monde tel que nous le pensons, le concevons, le réalisons au fur et à mesure, au jour le jour. A ce moment-là, c'est affectivement cette œuvre de mort en nous qui veut comme exclure le mystère de la Présence de Dieu de notre propre vie. Mais en même temps, et c'est cela le mystère de la miséricorde, c'est que là même où nous refusons, là même où nous n'acceptons pas cette Présence de Dieu, Dieu est capable par sa miséricorde de le transformer comme une nouvelle manière d'être présent en nous, de manifester sa puissance et sa résurrection. Le moment même, et c'est valable aussi bien pour le procès et la mort de Jésus que pour ce procès intérieur qui se réalise chaque jour en nous par rapport à la mort et à la résurrection de Jésus, là où nous faisons une oeuvre de mort, Dieu est capable, Lui, par miséricorde et par désir de nous sauver, de faire une œuvre de vie.

       AMEN

 

 

 
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