AU FIL DES HOMELIES

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FACE À L'INNOCENT

Sg 2, 1+10-22

(30 mars 2001)

Homélie du Frère Jean-François NOEL

I

l n'est pas certain que nous l'aurions aimé d'emblée, le pur, Celui qui est pur au milieu de nous. Il aurait fallu pour cela, pour que nous l'aimions, surmonter un sentiment difficile à décrire qui est très bien analysé dans le Livre de la Sagesse, et que nous avons l'habitude de déballer par cette formule : il est comme un reproche vivant parmi nous. Nous avons plus de complicité que d'amitié et d'admiration. Les deux choses peuvent se conjuguer, mais il nous est très difficile celui qui n'est pas comme nous, mais qui en l'air. L'Innocent le pur, Jésus, l'incarne de façon magistrale, excellente, les impurs que nous sommes et qu'ils étaient le reçoivent comme une violence. D'ailleurs, la fin du texte de la Sagesse invite les impies non pas à le reconnaître comme pur, mais à l'éprouver pour qu'il révèle sa douceur.

       Le Livre de la Sagesse dit : laissons éclater cette violence que provoque en nous cette figure du pur et de l'innocent et nous verrons qu'il n'y répondra pas par la violence mais qu'il répondra par la douceur et qu'il éteindra ainsi ce qui faisait de lui à nos yeux un reproche vivant. C'est pour cela qu'il n'est pas si simple quand on suit pas à pas la montée vers Jérusalem, la montée dans la Passion de se situer pour nous du côté de ceux qui auraient défendu Jésus. Nous le verrons et nous le relirons, combien même Pierre qui est plein de zèle se trouve très embarrassé dans cette défense. En fait, le Juste n'a pas besoin de défenseur, mais le dernier obstacle qu'Il a à surmonter c'est cet effet contraire, paradoxal qu'Il provoque en nous. C'est le premier aspect qui n'est pas si simple à expliquer. 

       Le deuxième aspect consiste à ne pas confondre le pur et l'idéaliste. Il y a des gens, parce qu'ils sont fraîchement dans l'évangile, et ce n'est pas de ma part un reproche, sont très idéalistes, et ils vivent un peu comme on dit "tout feu tout flamme". L'évangile, pour nous les vieux routards ou routiers (cela dépend de quel côté nous nous situons, si nous allons en camion ou à pied), nous avons pris l'habitude non pas de composer, mais d'apprendre et de savoir que le chemin laborieux, pénible, semé d'embûches ou d'échecs, parfois de déceptions, mais que notre foi a cette ténacité, cette tenue de route, et est la garantie non pas de notre réussite, mais de la continuité. Nous sommes bardés de pardons, nous allons de réconciliations en réconciliations, et plus nous avançons, moins nos mérites sont épinglés et plus la grâce et la liberté de Dieu sont manifestes.

       L'idéaliste lui, il fait fi du pardon de Dieu, il se veut pur, c'est celui qui caricature l'évangile. On a besoin, à un moment donné quand on découvre l'évangile de l'idéaliser pour s'y projeter, pour avoir envie de vivre, et il vient un moment où cette idéalisation laisse la place à une autre forme qui me paraît plus réelle tout en ne niant pas la première étape, et qui nous permet de nous composer, de nous recevoir nous-mêmes, tels que nous sommes, impurs, face au pur. Et cette seconde formule qui reconnaît Jésus comme un pur, un innocent parmi nous, nous remet dans cette confrontation : il faut que nous ayons les yeux davantage braqués sur Lui que sur l'effet que nous fait la rencontre avec la pureté et l'innocence. Ce n'est pas si facile de rencontrer l'innocence.

       On peut imaginer que dans le complot qui va se tramer autour de Jésus dont Judas en est une forme dans le mystère même dont l'évangile le cache, peut nous indiquer qu'il n'était pas si commode de le reconnaître, de le suivre, de l'aimer. Il faut beaucoup d'humilité pour aimer quelqu'un qui est si innocent, alors que nous le sommes si peu, et ne pas Le recevoir comme une accusation. Dans ce chemin difficile que le Christ parcourt pour aller à Jérusalem, pour aller vers sa Passion, nous sommes amenés avec Lui, à l'accompagner et à éteindre la violence que nous croyons voir lorsque nous rencontrons celui aux mains innocentes et au regard pur qui s'offre à la mort et à la calomnie.

       AMEN

 

 
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